dimanche 20 octobre 2019

Mon avis sur "Soif" d'Amélie Nothomb

Il n'y a pas de rentrée littéraire qui vaille sans un nouveau roman d'Amélie Nothomb. Pour sa vingt-huitième rentrée, l'auteure nous revient avec le roman de sa vie, Soif. Il est disponible chez Albin Michel et sélectionné pour le Prix Goncourt.

"Pour éprouver la Soif, il faut être vivant." 
Soif raconte l’histoire de Jésus Christ quelques heures avant sa crucifixion. Amélie Nothomb lui donne voix et corps, mieux, elle nous propose une immersion totale dans son Esprit. Les voies du Seigneur ne seraient-elles plus impénétrables ?
Écrit à la première personne du singulier, Soif est une  invitation à la réflexion sur ce que signifie avoir un corps. "On n’apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps." Sans corps, point de Soifpoint de sentiments, point de mort. Après une parodie de justice, condamné à mort, Jésus est jeté en prison, il se livre alors à une introspection et à une analyse de ce qu'il a vécu et ce qu'il a réalisé. Loin d'être un Sage, Jésus se présente avec ses défauts et ses qualités. Ne serait-il qu'un homme comme les autres ? Il se dit faux calme, épicurien, amoureux de Marie-Madeleine. Serait-il L'homme qui devint Dieu comme l'a écrit en 1988 Gérald Messadié ? 

Toujours est-il qu'Amélie Nothomb le rend  profondément humain, son corps et sa souffrance, les relie à l'humanité. Ce Jésus selon Sainte Amélie se pose des questions existentielles et nous incite à nous en poser et c'est là tout le talent de l'auteure. Sous couvert de quelques bons mots d'humour et de ce qui peut être reçu comme de la dérision, elle interpelle, elle questionne sur la foi, sur cette haine du corps que la religion se plaît à entretenir, sur le sens de la vie, sur ce qu'il y a de plus important, l'amour, l'amour de son prochain mais également l'amour charnel. 

Bien que Soif  ne compte que cent soixante-deux pages, il est d'une telle densité qu'il est difficile d'en parler comme d'un simple roman. Il est bien plus que cela. Il est brillant, intelligent, percutant. S'il est vrai qu'un roman n'est pas parole d'Évangile, il faut lire Soif, le contraire serait un sacrilège. Allez-y, puisqu'on vous dit que c'est divin.

Belle lecture !

mardi 15 octobre 2019

Mon avis sur "Tous tes enfants dispersés" de Beata Umubyeyi Mairesse

Née d’une mère rwandaise et d’un père polonais, Beata Umubyeyi Mairesse a grandi à Butare, au sud du Rwanda. Lors du génocide des Tutsi, elle échappe à la mort. En passant par le Burundi voisin, Beata et sa mère arrivent en France le 5 juillet 1994. Hypokhâgneuse elle a publié des recueils de nouvelles et de poèmes avant d'écrire son premier roman, Tous tes enfants dispersés, édité chez Autrement et sélectionné par les 68 premières fois.

Peut-on réparer l'irréparable, rassembler ceux que l'histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d'exil, quand Blanche rend visite à sa mère Immaculata, la mémoire douloureuse refait surface. Celle qui est restée et celle qui est partie pourront-elles se parler, se pardonner, s'aimer de nouveau ? Stokely, lui, pris entre deux pays, veut comprendre d'où il vient. 
Ode aux mères persévérantes, à la transmission, à la pulsion de vie qui anime chacun d'entre nous, Tous tes enfants dispersés porte les voix de trois générations tentant de renouer des liens brisés et de trouver leur place dans le monde d'aujourd'hui. 

Sur fond de génocide, Tous tes enfants dispersés mêle les voix de  la grand-mère, la fille et le petit-fils pour raconter la tragédie rwandaise et ses conséquences psychiques, sur l'identité et la construction de soi. Rescapée du génocide Tutsi, la fille, Blanche, une métisse, a fui et vit à Bordeaux. Quelques années plus tard, elle rebrousse chemin et se rend dans son village d'enfance pour se confronter à ses fantômes et au silence de sa mère.

Loin d'être un énième livre sur le génocide, Tous tes enfants dispersés est avant tout un roman qui raconte comment la Grande Histoire impacte les liens du sang, comment elle disperse les membres d'une famille, comment elle conduit à la perte d'identité et à l'absence de transmission des traumatismes entre les générations. Au fil des pages, grâce aux mots et à la littérature, aux  allers-retours entre passé et présent, ici et là-bas, les maux, les rancœurs s’estompent, la famille semble être reprisée.

La plume de Beata Umubyeyi Mairesse est aérienne, poétique. La description de son pays natal, de son village est aussi flamboyante que ce jacaranda sous lequel mère et fille tentaient de prendre racine. Pour autant, je ne suis pas parvenue à m'ancrer à cette famille, à me laisser embarquer par la musicalité des mots de l'auteure. Je leur suis restée étrangère.

Belle lecture !

jeudi 10 octobre 2019

Mon avis sur "Rhapsodie des oubliés" de Sofia Aouine

Après des études de lettres modernes, Sofia Aouine est devenue reporter et documentariste. Quand elle était enfant, son père, travailleur de nuit, s’estimant incapable d’élever seul sa fille, la confiait à l’Assistance publique en 1980. C’était une procédure de placement volontaire dont elle est sortie en 1998. Rhapsodie des oubliés est son premier roman.

Abad a treize ans, il vit rue Léon, dans le quartier de Barbès, la Goutte d'Or, Paris XVIIIe. Il est malicieux et turbulent et rêve d’un avenir meilleur. La sève coule, le cœur est plein de ronces, l'amour et le sexe torturent la tête. Mais dans cette jungle urbaine où une population démunie et bigarrée tente tant bien que mal de cohabiter, ses aspirations sont vite reclassées au rang des illusions perdues. Pourtant, des échappées pour s’extirper de ce monde étouffant se dessinent et parmi elles, la découverte du désir et de la sexualité. Abad va donc devoir outrepasser les règles et en imposer d’autres pour réussir son apprentissage de la vie.

Rhapsodie des oubliés est un roman polyphonique à la croisée des tourments de la puberté et de la diversité d'un quartier populaire de Paris, celui de la Goutte d'Or. Un jeune garçon de treize ans témoigne de la vie vue de sa rue avec une odeur de poubelles. Il dépeint à la fois avec sarcasme et ce qui lui reste d'innocence, la dure réalité de ce monde cosmopolite qui l'entoure. Il ne devra sa résurrection qu'à la découverte du désir, du sexe et de la masturbation (la bagnette). Pour sauver ce qui peut encore l'être, cjeune garçon ira tâter l'aide sociale à l'enfance et sera sommé tous les mardis de rendre visite à la dame chargée d'ouvrir dedans, la psy.

Rhapsodie des oubliés c'est le récit de tranches de vie des habitants d'un quartier que l'on voudrait ne pas voir, de ceux qui utilisent leur corps pour survivre, de ceux qui se droguent pour rendre leur misère un peu plus supportable, de ceux qui hurlent parce qu'ils ne savent plus faire autrement, de ceux qui frappent pour décharger leur haine, de ces mômes qui préfèrent mater les seins des filles et jouer de la bagnette parce qu'ils n'ont plus que ça à faire pour tuer le temps. C'est dur, c'est cru, c'est abrupt, mais c'est la réalité de ce quartier.

Certainement parce qu'elle adoucit les mœurs, mais surtout parce qu'elle colle à cette jeunesse là, la musique telle que le rap, le hip-hop ou la soul, rythme les pages et l'écriture de Sofia Aouine. Dès lors, ce n'est qu'à voix haute que j'ai pu lire la première partie du roman. Loin d'être aisé, ce mode lecture combiné au langage familier voire cru, aux situations décrites, m'a quelque peu gênée. Rhapsodie des oubliés était pour moi la promesse non pas l'aube, (même si la référence à Romain Gary ou plus exactement à Émile Ajar soit présente tout au long du roman, tout comme celle à un autre Émile, Émile Zola), mais la promesse d'un moment inoubliable, la découverte d'une plume et d'une auteure singulière. Bien que la lecture de la seconde partie soit plus agréable notamment parce que la tendresse et l'humour du jeune Abad sont mis en avant, Sofia Aouine et moi, nous sommes ratées. Dommage j'aurais vraiment préféré que Rhapsodie des oubliés  soit pour moi inoubliable.

Belle lecture !

lundi 7 octobre 2019

Mon avis sur "La chaleur" de Victor Jestin

Victor Jestin est jeune. Il a vingt-cinq ans, est diplômé du Conservatoire européen d'écriture audiovisuelle et signe un étonnant premier roman, La Chaleur publié chez Flammarion. Et qui dit premier roman, dit sélection des 68 premières fois.

Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, dix-sept ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c’est le lendemain, alors qu’il s’attend chaque instant à être découvert, qu’il rencontre une fille.

La Chaleur est l’histoire d’un adolescent, Léonard, étranger au monde qui l’entoure, un adolescent mal dans sa peau. Il ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping. La légèreté, Léonard ne connaît pas. D'ailleurs, il n'aime pas les vacances, la plage, le soleil et encore moins les jeunes de son âge, qu'ils soient de sexe féminin ou masculin. Il tue le temps comme il peut au camping. Léonard n'attend qu'une chose, que son calvaire prenne fin ce, d'autant plus depuis qu'il a traîné le corps d'Oscar et qu'il l'a enseveli sur la plage. Rien n'explique son geste surtout lorsque l'on sait que cet adolescent n'a fait que peu de bêtises en dix-sept ans. Léonard n'est pas un criminel. Il est plutôt du genre timide, mal dans sa peau. Heureusement, il ne reste plus qu'une journée de vacances avant de boucler les valises et d'oublier. Mais La chaleur assommante rend cette dernière journée interminable et insupportable.

La chaleur est un court roman puissant particulièrement angoissant. Il se lit d'une traite et quasiment en apnée tellement le suspense est fort. Et c'est là tout le talent de Victor Jestin. Tenir en haleine le lecteur, faire grossir cette boule qui prend le ventre, coupe le souffle. Au fil des pages, Léonard agace, énerve mais attendrit également tant ce jeune homme est mal dans sa peau et maladroit. Même si finalement il ne se passe pas grand chose, peu importe, l'essentiel est ailleurs. Il est dans l'ambiance oppressante qui monte crescendo et qui est servie par la plume de Victor Jestin. Bien que simple son écriture est particulièrement visuelle. Pas étonnant au vu de la formation de l'auteur. Impossible de ne pas imaginer les scènes, de ne pas entendre la musique. Il y a du Ozon, du Rohmer, du Hitchcock dans La chaleur. L'ambiance est si bien rendue que c'est poisseux et les viscères complètement nouées que l'on referme ce roman. Tout est là et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle La chaleur figure dans les sélections du prix Renaudot, du prix Médicis et du prix Femina. 

Sous un soleil de plomb, quelque part dans un camping des Landes, un auteur est né. Belle lecture !

samedi 5 octobre 2019

Mon avis sur "L'Imprudence" de Loo Hui Phang

Née au Laos d'un père chinois et d'une mère vietnamienne, Loo Hui Phang a grandi en Normande où elle a suivi des études de lettres et de cinéma. Dramaturge, réalisatrice, scénariste, elle a publié une douzaine de bandes dessinées et romans graphiques auxquels le festival d’Angoulême a consacré une exposition en 2017. L'Imprudence est son premier roman et fait partie de la sélection automnale des 68 premières fois.

C’est une instinctive : elle observe, elle sent, elle saisit, elle invite, elle donne, elle jouit. Photographe, elle vit intensément, dans l’urgence de ses projets, de ses rêves, de ses désirs. Lorsque survient le décès de sa grand-mère au Laos, quitté à l’âge d’un an, elle prend l’avion pour Savannakhet, comme sa mère et son frère.
Là-bas, elle est étrangère. Pas tant en apparence qu’intimement : grandir en France lui a permis une indépendance, une liberté qui auraient été inconcevables pour une Vietnamienne du Laos. Son frère aîné brisé par l’exil peut-il comprendre cela ? Dans la maison natale, les objets ont une mémoire, le grand-père libère ses souvenirs, le récit familial se dévoile peu à peu. Plongée dans une histoire qui n’est pas la sienne, qui pourtant lui appartient, la jeune femme réapprend ce qu’elle est, comprend d’où elle vient et les différentes ardeurs qui la travaillent, qui l’animent.

L'Imprudence est un roman dense et charnel qui explore la question de l'exil, de l'identité culturelle et de l'intégration. L'héroïne accompagnée de sa mère et de son frère se rend au Laos pour faire ses adieux à sa grand-mère. Sur place, elle va découvrir une part de l'histoire familiale. À l'aide de photographies, d'anecdotes entrecoupées de silences, elle va mesurer le fossé culturel qui la sépare de ses parents, va comprendre l'origine du mal-être de ce frère avec lequel il est devenu impossible de communiquer. Ce n'est que mentalement qu'elle parviendra à s'adresser à lui. Au cours de ce séjour, elle va également nouer une relation plus intime avec ce grand-père qu'elle méconnaissait. Au gré des pages, l'héroïne chemine. Elle prend conscience de son imprudence pour étancher sa soif de liberté et de son réel territoire libre, son corps. Ce corps qu'elle offre à tout va et qui la rend insatiable. L'Imprudence est une quête, un retour salvateur aux racines. 

Malgré l'indéniable qualité d'écriture de Loo Hui Phang dont chaque mot semble soigneusement choisi, pesé, j'ai eu l'impression que l'auteure a souhaité instaurer une certaine distance avec le lecteur ou plus exactement qu’elle n'a pas su se départir d'une certaine pudeur. J'ai bien écrit "d'une certaine pudeur" parce côté pudeur, l'auteure n'a pas hésité à draper son héroïne d'une impudeur charnelle. 
À mon sens, l'emploi de la première et de la seconde personne du singulier selon que l'héroïne se dévoile ou qu'elle évoque son frère, ou encore le fait de ne pas nommer ses personnages, à l'exception cependant de cette grand-mère disparue, d'appeler ses parents,  père ou mère, son grand-père, grand-père auront suffi à me tenir éloignée de ma lecture. Comme s'il ne fallait surtout pas s'attacher. C'est dommage. Il m'a manqué la fibre émotionnelle pour que ma lecture soit vraiment complète. 

Quoi qu'il en soit, je n'oublie pas que L'Imprudence n'est que le premier roman de Loo Hui Phang. Belle lecture !

mercredi 2 octobre 2019

Mon avis sur "Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent" d'Alexandra Alévêque

Alexandra Lévêque est journaliste. S'appuyant sur son expérience professionnelle, elle a publié en 2017 le récit de ces souvenirs de tournage de la série documentaire 21 Jours. Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent est son premier roman. Un roman autobiographique découvert dans le cadre des 68 premières fois.

C'est pas Dieu possible d'être aussi conne. J'ai beau frapper la touche Eject de mon index, l'appareil ne veut rien savoir. Je pourrais m'y briser le doigt que cela n'y changerait rien. La cassette est là, sous mes yeux, coincée derrière le clapet en plastique transparent. La fonction lecture ne veut rien entendre non plus. La bande magnétique demeure immobile, agrippée aux bobines crantées comme si elle m'en voulait d'avoir mis près de trente ans à venir la récupérer. Sur l'étiquette verte derrière la paroi translucide, quelques mots écrits à la main il y a vingt-sept ans. A presque quarante ans, je pensais m'être suffisamment échauffée pour clore ce soir un lourd chapitre. Visiblement, mon antique ghetto-blaster en a décidé autrement. 

Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent est le récit d'une quête. Pour devenir une adulte à part entière, Violette n'a pas d'autre choix que celui de récupérer une cassette. Pour que l'enfant qu'elle était grandisse en paix. 
Qu'il est douloureux, enfant, de perdre un être cher, un être fondateur. Mais n'est-il pas plus dévastateur d'être écarté des funestes célébrations ? Dès lors, comment comprendre, comment accepter l'inacceptable ? Comment se construire sur un tel néant ? 

Avec une infinie tendresse, Alexandra Alévêque évoque cette douleur, le cheminement de cette petite fille devenue malgré tout femme, du travail qu'elle a dû entreprendre pour enfin laisser partir ce père, et une fois ce chemin réalisé, accepter tout simplement de vivre quand bien même elle vivrait plus longtemps que lui. L'auteure alterne les chapitres écrits à la première et à la troisième personne, le passé et le présent, les souvenirs d'enfance et ceux plus récents. Le tout est harmonieux, parfaitement construit. Il y a du rythme, de la délicatesse, de la justesse et de l'émotion dans Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent. Quant à la plume d'Alexandra Alévêque, elle est agréable, son style également. L'auteure n'a aucune volonté de faire pleurer, juste peut-être celle d'apporter un témoignage et de délivrer un message aux parents. Leur dire qu'à trop vouloir bien faire, ils finissent par faire mal. À trop vouloir protéger, ils détruisent. 

Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent est un roman touchant, attendrissant qui une fois ouvert capture. Mais que peut donc contenir cette cassette tout droit venue d'un autre temps ?

Belle lecture !

lundi 30 septembre 2019

Hors Concours, le prix de l'édition qui n'a pas de prix

Tous les amoureux de la littérature le savent, Septembre est le mois de la rentrée littéraire, Novembre celui des prix. Goncourt, Renaudot, Femina, Interallié, Médicis... autant de prestigieuses récompenses qui en font rêver plus d'un. Mais saviez-vous que depuis 2016, il existe un autre prix ? Un prix qui n'a pas de prix, le Hors Concours


Ce prix met en valeur l’édition indépendante auprès du grand public et des professionnels du livre en récompensant chaque année l'auteur d'un roman ou récit francophone, publié par un éditeur indépendant. En 2017, le prix Hors Concours a donné la possibilité aux lecteurs de participer aux sélections en intégrant l'Académie des lecteurs, j'avais alors participé à cette aventure. Cette même année, l'Académie a créé le prix Hors Concours des lycéens. Proposé par les enseignants ou les documentalistes à leurs élèves, le prix Hors Concours des lycéens s'appuie sur la même sélection que le prix Hors Concours, seul le calendrier change car adapté au rythme scolaire.

Le prix Hors Concours décerne donc trois prix : le prix Hors Concours, la mention spéciale de l'Académie des lecteurs, le prix Hors Concours des lycéens.

Et côté sélection ? Chaque éditeur indépendant doit proposer un titre de littérature adulte paru entre le 1er mars de l’année précédente et le 1er octobre de l’année en cours. Le titre présenté doit être un ouvrage de création (pas de réédition), francophone (pas de traduction). Il doit être publié à compte d’éditeur (pas d’édition à compte d’auteur ou d’auto-édition) au sein du catalogue d'une maison d'édition indépendante (n'appartenant pas à un grand groupe d'édition ou de communication, de moins d'un million de chiffre d'affaires). Parmi les propositions, l'Académie en sélectionne quarante. Des extraits de ces 40 textes sont publiés dans la Bibliothèque Hors Concours laquelle est ensuite adressée au jury composé de cinq journalistes, de trois cents professionnels du livre et de deux cents lecteurs. La sélection 2019 se trouve ici

Pour ma part, après lecture  du recueil, j'ai voté pour les cinq romans suivants : 

Hors d'atteinte : Mehdi Charef
Le Lamantin : Gilles Sevastos
Le Passage : Jean-Baptiste Maudet
Rue de l’Échiquier : Géraldine Collet
Tusitala : Martin Mongin

Les cinq romans pour lesquels j'ai voté

Courant octobre l'Académie Hors Concours annoncera les cinq finalistes du prix Hors Concours 2019. Les cinq journalistes du jury liront les cinq œuvres complètes et choisiront lors d'une délibération à huis clos leur lauréat. Pendant ce temps, les professionnels du livre et l'Académie des lecteurs liront également les cinq ouvrages et voteront en ligne pour attribuer les mentions spéciales. C'est en décembre que l'Académie Hors Concours divulguera le lauréat du prix Hors Concours 2019 lors d'une Cérémonie à la Société des Gens de Lettres, soirée à laquelle sont conviés les éditeurs, les auteurs, les professionnels du livre et les lecteurs.

Quand on vous dit que le Hors Concours est un prix qui n'a pas de prix, aucun autre ne peut l'égaler.

Belle lecture !

Mon avis sur "Ásta" de Jón Kalman Stefánsson

Jón Kalman Stefánsson est un romancier, poète et traducteur islandais. Son oeuvre a reçu les plus hautes distinctions littéraires de son pays, il est l'un des auteurs les plus importants. Ásta est son sixième livre traduit. Il est disponible en format poche chez Folio que je remercie. Grâce à vous, j'ai découvert non seulement un auteur, une plume, mais également un univers.

Pour tromper le monde, je m’habille avec élégance chaque fois que je sors. J’allume mon sourire. Je maquille un peu ma tristesse puis je mets mes lunettes de soleil pour que personne ne remarque ton absence au fond de mes yeux.
Reykjavík, début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur fille Ásta, d’après une grande héroïne de littérature islandaise. Un prénom signifiant, à une lettre près, amour et qui, croient-ils, ne peut que porter chance à leur fille... Mais amour ne veut pas dire bonheur, et les sentiments ne sont pas éternels. 

Difficile de résumer Ásta. Les quasi cinq cents pages renferment le récit de sa vie narré par son père mourant. Ásta a jadis été jeune, mais est nettement plus âgée au moment où ces lignes ont été écrites ou, plutôt hâtivement griffonnées. Mais comment raconter l'histoire d'une personne sans présenter l'univers qui la voit naître, sans évoquer cette atmosphère, cet air du temps qui retient le ciel ? Ásta est tel un puzzle géant mêlant présent et passé. On y croise outre ses parents, Sigvaldi et Helga qui se sont aimés passionnément des décennies durant, sa nourrice, sa sœur, sa famille, celles et ceux qu'elle a rencontrés, qu'elle a aimés. On traverse les époques, les lieux, les ambiances. Rien n'est linéaire. On emprunte des chemins incertains. On avance et recule. Nous vivons en même temps à toutes les époques.

Difficile de restituer son ressenti tant ce roman est singulier, lyrique, charnel. Ásta est un roman envoûtant à l'instar de l'Islande. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut accepter de se laisser porter par la narration, faire confiance à Jón Kalman Stefánsson qui a intelligemment construit son récit. Ásta raconte la vie ordinaire, l'urgence autant que la difficulté d'aimer malgré notre quête du bonheur.

Do I love you, do I ? Il est difficile de trouver plus grande question. Celle-là a sans doute la taille du soleil, ou peut-être d'un astéroïde incandescent qui s'apprête à tomber sur terre... (p. 151)

Un conseil, laissez-vous gagner par la plume à la fois mélancolique et intense de ce conteur d'exception qu'est Jón Kalman Stefánsson.

Belle lecture !

dimanche 29 septembre 2019

Mon avis sur "L'éternel printemps" de Marc Pautrel

Marc Pautrel est l'auteur de nombreux romans. Il publie en cette rentrée littéraire L'éternel printemps. Un court roman publié chez Gallimard que je remercie ainsi que son éternel complice, Babelio.

Il est auteur, elle est libraire. Ils se sont rencontrés lors d'un déjeuner entre amis. Elle a près de dix ans de plus que lui. Elle n'a personne dans sa vie actuellement. De son côté, elle sait qu'il est séparé. Elle a été mariée, a divorcé, n’a pas d’enfants. Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de ses grands plaisirs.
De déjeuners en promenades, ils apprécient échanger sur tout, sur rien, sur les livres, l'écriture, les généralités, leur intimité. La chaleur de la ville est étouffante, suffocante. 

L'éternel printemps est un monologue de cent douze pages. Au fil de longues discussions le narrateur tombe sous le charme de cette femme plus âgée, pas vraiment belle, mais terriblement attirante. Ils partagent l'amour des mots, des livres. Les jours passent. Ils échangent d'abord dans sa librairie à elle puis autour de déjeuners et enfin de dîners. Malgré la chaleur écrasante, ils marchent  comme ils discutent. Côte à côte. Sans but. Au gré de leurs promenades, une relation platonique s'installe. Inlassablement il la courtise, inlassablement elle esquive tout rapprochement. Il parviendra cependant à la ramener jusqu'à sa porte, sans toutefois la franchir. Si le printemps auprès de cette femme débordant de joie et d'énergie est éternel, ces discussions et rencontres peuvent-elles vraiment s'éterniser ? 

Marc Pautrel cultive l'art de la conversation à la française et de la séduction. La rondeur de son écriture poétique nous enveloppe jusqu'à nous faire oublier la passivité de cet amour naissant. Sa plume est aussi légère qu'un nuage, aussi douce qu'une caresse. L'éternel printemps se déguste plus qu'il ne se dévore. Au fil des pages, on se laisse gagner par cette chaleur qui envahit les corps et les cœurs.

Douce lecture !

samedi 28 septembre 2019

Mon avis sur "Baïkonour" d'Odile d'Oultremont

Après un premier roman qui a reçu en 2018 le prix de la Closerie des Lilas, Odile d'Oultremont revient avec un second roman, Baïkonour. Il est publié aux Éditions de l'Observatoire et fait partie de la sélection de la rentrée d’automne 2019 des 68 premières fois.

Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l'océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu'au jour où la mer lui ravit ce père qu'elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.
Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d'une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma. 
Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ?

Baïkonour est un roman entre ciel et mer, entre hauteur et profondeur. Grâce à sa plume aérienne, Odile d'Oultremont aborde toute en subtilité, douceur et mélancolie notre rapport au deuil, à l'héritage et à la renaissance ce, à travers des portraits de gens ordinaires. Le tout est baigné par la houle du Golfe de Gascogne. Baïkonour nous ballotte sur mer et dans les airs. Les personnages centraux que sont Anka et Marcus sont délicatement touchants. L'une l'est parce que bouleversée par la perte de ce père que la mer a englouti, par cette mère qui se réfugie dans le déni. L'autre l'est en raison de sa timidité qui le fera trébucher et le mènera inerte sur un lit d’hôpital. Entre ciel et mer il y a la terre. C'est donc là que deux êtres se trouveront, parviendront-ils ensemble à un certain bonheur ?

Et justement, du bonheur il y en a dans BaïkonourBercée par les flots, par les mots, par la poésie d'Odile d'Oultremont, j'ai aimé me promener cheveux au vent sur le port de cette petite ville de Bretagne, côtoyer ces marins pêcheurs, enfiler une blouse à fleurs, me faire chahuter par ces bourrasques du haut de cette grue de chantier. Au fil des pages, l'iode, l'odeur de soupes, de l'ammoniaque, de l’éther m'ont enveloppée. Puis, lorsque l'horizon s'est éclairci, je suis partie.

Beau voyage, belle lecture !

jeudi 26 septembre 2019

Mon avis sur "Animal" de Sandrine Collette

J'en avais envie, Polar'Osny l'a fait. En effet, voici quelque temps que je voyais passer son nom, que son univers semblait faire mouche auprès des lecteurs, alors lorsque dans le cadre du festival du roman policier qui se déroulera à Osny du 12 au 30 novembre prochain, on m'a demandé de chroniquer un des auteurs parmi les invités. Sans hésitation, j'ai choisi Sandrine Collette. Animal est son dernier et septième roman. Ambiance...

Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher. Elle les a baptisés Nin et Nun. 
Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d’animal. Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même.

Animal est un roman qui réunit noirceur et tension. Dès les toutes premières pages Sandrine Collette plonge le lecteur dans une jungle faite de misère et d'un ailleurs. Une singulière cellule familiale se compose pour se décomposer quelques pages plus loin. Vingt ans ont passé. Le lecteur impuissant est propulsé en Extrême-Orient russe et assiste à une grande chasse. Une femme et un groupe d'hommes traquent l'ours à moins que ce ne soit l'inverse. Animal et humains se jaugent, se défient. L'hostilité de l'environnement naturel à laquelle s'ajoute la détermination à exterminer la bête révèlent l'animalité de l'Homme. Si les grands espaces sont généralement propices au voyage intérieur et à une certaine quiétude, Sandrine Collette n'hésite pas à démontrer que la traque de l'Animal qu'il soit ours ou tigre, peut faire surgir une quête. Et si Lior, cette femme que la chasse rend méconnaissable, ne poursuivait pas qu'un animal sauvage, si cet univers la propulsait vers un ailleurs plus sombre pour l'aider à dépasser ses peurs et ses traumatismes ?

Animal met en lumière l'intelligence et l'humanité des animaux pour mieux décortiquer la nature humaine capable d'animalité. Sous la plume acérée de Sandrine Collette, l'être humain devient Animal, l'Animal devient humain.

Puisque la chasse est ouverte, avant d'aller traquer le gibier un conseil, lisez Animal.

Belle lecture !

jeudi 19 septembre 2019

Mon avis sur "L'homme qui n'aimait plus les chats" d'Isabelle Aupy

L'homme qui n'aimait plus les chats est non seulement le premier roman d'Isabelle Aupy, mais également le premier roman publié par Les éditions du panseur, toute nouvelle maison d'édition.  Enfin, c'est le premier roman reçu dans le cadre de la saison automnale 2019 des 68 premières fois. Que de premières ! 

Imaginez une île avec des chats. Des domestiqués, des pantouflards et des errants, qui se baladent un peu chez l'un, un peu chez l'autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s'échappent la nuit pour funambuler sur les toits, d'autres qui rentrent au contraire pour se blottir contre soi.
Sur cette île point de chiens, enfin si peu que ça ne comptait pas. Et puis, sans qu'on le voie vraiment d'ailleurs, les chats ont disparu.

Dans L'homme qui n'aimait plus les chats, il y a ce goût de sel et d'embruns, ce vent qui met la pagaille et donc remet tout en ordre. Il y a la voix de ce vieil homme qui nous raconte son histoire et celle des autres, qui parle de vivre ensemble, mais surtout qui cherche ses mots aux accents de son émotion pour comprendre un monde où le langage se manipule pour changer les idées. 

Intelligemment construit, à travers une énigme et des figures métaphoriques, ce court roman fait écho à notre Société. Il interpelle et amène subtilement le lecteur à s'interroger sur la notion de liberté, de différence et de manipulation. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que le chat, animal domestique indépendant, a été introduit sur une île pour tenir compagnie aux insulaires. De même que ce n'est pas par hasard qu'une fois disparus les chats sont remplacés par des chiens, enfin des "non-chiens". De la liberté à l’aliénation, n'y aurait-il qu'un pas ? L'homme qui n'aimait plus les chats est le récit d'un vieil homme qui à première vue semble décousu, invraisemblable, mais qui au fil des pages prend forme, fait sens. Entre conte et dystopie, ce premier roman est original et subtil. Isabelle Aupy manie la plume et les mots avec poésie et tout en finesse. 

Différence et exigence sont le leitmotiv des éditions du panseur. Ils affirment vouloir proposer aux lecteurs un voyage où chaque livre est une avancée sur une route sinueuse faite de courbes douces comme de virages serrés ; où chaque histoire est une traversée parsemée d’obstacles à dépasser, contourner ou briser ; où chaque rencontre est une surprise. L'homme qui n'aimait plus les chats c'est tout cela à la fois. Les "sans-chiens", les "avec-chats" s'expriment, s'opposent, se rencontrent. 

Ce premier roman est un objet singulier. Son design, sa couverture méritent à eux seuls qu'on s'y attarde. Puis viennent les mots. Le tout nous fait ronronner de plaisir. L'homme qui n'aimait plus les chats a reçu le prix "Coup de foudre" aux Vendanges littéraires de Rivesaltes. Quelle première fois !

Belle lecture !

jeudi 12 septembre 2019

Mon avis sur "L'Américaine" de Catherine Bardon

Rappelez-vous, il y a quelques semaines, un souffle romanesque m'embarqua de Vienne à Sosùa en République dominicaine. C'était avec Les déracinés le premier opus de cette saga familiale. L'Américaine n'est autre que la suite du primo roman de Catherine Bardon. Inutile d'avoir lu le premier pour se plonger dans le second. Néanmoins au vu des nombreux analepses, il est tout de même conseiller de les découvrir dans l'ordre de leur publication.

Septembre 1961. Depuis le pont du bateau sur lequel elle a embarqué, Ruth tourne le dos à son île natale, la République dominicaine. 
En ligne de mire : New York, l’université, un stage au Times. Une nouvelle vie… Elle n’en doute pas, bientôt elle sera journaliste comme l’était son père, Wilhelm.
Ruth devient très vite une véritable New-Yorkaise et vit au rythme du rock, de l’amitié et des amours. Des bouleversements du temps aussi : l’assassinat de Kennedy, la marche pour les droits civiques, les frémissements de la contre culture, l’opposition de la jeunesse à la guerre du Viêt Nam…

Mais Ruth, qui a laissé derrière elle les siens dans un pays gangrené par la dictature où la guerre civile fait rage, s’interroge et se cherche. Qui est- elle vraiment ? Dominicaine, née de parents juifs autrichiens ? Américaine d’adoption ? Où va-t-elle construire sa vie, elle dont les parents ont dû tout fuir et réinventer leur existence ? Trouvera-t-elle la réponse en Israël où vit Svenja, sa marraine ?

Ecrire une suite après un premier roman qui plus est lorsqu'il a été très bien accueilli par les lecteurs, est un exercice difficile et particulièrement risqué. Catherine Bardon a su relever le défi. Bien que L'Américaine soit de mon point de vue un peu en deçà du premier opus, notamment parce qu'il est moins rythmé, moins romanesque, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé ceux qui ont fait Les déracinésEntrelaçant encore une fois petite et grande histoire, explorant la question de l’exil et de la quête des racines, Catherine Bardon  nous livre à travers le parcours de Ruth une radiographie des États-Unis des années 1960, tout en poursuivant l'histoire d'Almah, de Frédérick, d'Aaron, Myriam, Svenja, Markus et les autres...

Si de prime abord les thèmes explorés par l'auteure semblent similaires d'un roman à l'autre, il convient de souligner que l'exil de Ruth aux Etats-Unis après le décès de son père est volontaire et qu'à aucun moment il ne s'impose à elle en raison de faits extérieurs. Si cette jeune femme tout juste sortie de l'adolescence ressent le besoin de rompre avec les siens c'est uniquement pour répondre à une question existentielle qui la taraude. Qui est-elle ?Née en République dominicaine de parents juifs autrichiens, parachutée à New York, Ruth est perdue. Est-elle juive, dominicaine, américaine ? S'exiler sera pour elle non seulement l'occasion de convoquer le passé de ses parents pour mieux le comprendre mais surtout pour trouver son identité. Mais si Ruth choisit de s'éloigner des siens, c'est également pour exister indépendamment de sa mère, cette femme flamboyante au destin si singulier, cette femme qu'elle a mis sur un piédestal.
Partir non pas pour fuir, mais partir pour se trouver, telle est la démarche de Ruth, telle est la thématique de L'Américaine.

Catherine Bardon a réussi ce pari fou mais pas impossible de convoquer le passé des parents pour aider la fille à mieux définir son futur. Elle fait du second opus, L'Américaine, un roman miroir du premier, Les déracinés. Bien qu'un peu moins exaltant, moins fouillé d'un point de vue historique L'Américaine reste un roman plaisant à lire. On y croise énormément de personnages, ceux qui ont fait Les déracinés mais également ceux qui ont fait l'Amérique tels Marilyn Monroe,  John Fitzgerald Kennedy, Martin Luter King, les hippies, les Rock Stars... 

Dans L'Américaine, petite et grande histoire se mêlent, s'emmêlent, s'entremêlent pour mieux dénouer celle d'une famille d'exilés qui finira par poser ses valises sur une parcelle de terre, un petit bout de paradis.

Belle lecture et pour ma part, j'adresse tous mes remerciements à la plateforme NetGalley et aux Éditions Les Escales.


mercredi 4 septembre 2019

Mon avis sur "Sale gosse" de Mathieu Palain

Mathieu Palain a grandi en banlieue parisienne à Ris-Orangis. Il rêvait de devenir footballeur ou prof de sport. Il est devenu journaliste. Pour les besoins d'un reportage, il a intégré à Auxerre la Protection judiciaire de la jeunesse, communément nommée la PJJ. Accrédité pour un mois, il en a pris pour six. Loin d'être une punition, son immersion lui a permis de côtoyer au plus près éducateurs, jeunes délinquants et tous les professionnels de la PJJ. Disposant d'énormément de matière et d'enregistrements, ce qui devait être un papier d'une quinzaine de pages s'est transformé en roman. Un premier roman. Sale gosse. Il est disponible aux Éditions Iconoclaste, que je remercie au passage tout comme Babelio

Wilfried n’est pas né sous une bonne étoile. Retiré à sa mère à huit mois, il est recueilli par les services de la Protection judiciaire de la jeunesse et placé dans une famille aimante. Les années passent. Et malgré son enfance chaotique, Wilfried parvient à intégrer un club de football. Le garçon est doué, mais il reste fragile. Un jour, dans un accès de rage, il frappe un autre joueur ; il est exclu du club. Alors il retrouve le quartier où l’horizon ne dépasse pas les tours. Retour à la case départ. Il sombre peu à peu dans une délinquance qui le conduira de nouveau à fréquenter la PJJC’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.

Sale gosse est un roman percutant. Il faut dire que Mathieu Palain a grandi avec la PJJ. Non pas qu'il fut lui-même un sale gosse, mais son père était éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse. Bien qu'il était du genre taiseux et ne parlait que très peu de son travail, les noms des jeunes et des collègues résonnaient après le dîner. Plus tard, alors que Mathieu Palain était stagiaire à Libération, Polisse de Maïwenn est sorti en salle. Touché par ce film, l'auteur en a parlé avec un ami de son père, Salem, ancien éducateur, devenu directeur de la PJJ de l'Essonne. Salem trouvait ce film très en-deçà de la réalité. Du coup, Mathieu Palain a eu envie de voir à quoi elle ressemble, cette réalité. Il a vu. Il a vu aussi tous ces anciens collègues, ces sales gosses devenus des hommes qui sont venus accompagnés de leurs femme et enfants dire au revoir à Salem qui a été emporté d'un putain de cancer. C'est ainsi qu'est née l'envie d'intégrer une PJJ. Pour voir et témoigner.

Avec sa plume hyper-réaliste, Mathieu Palain parvient à nous plonger dans le quotidien de ces héros anonymes et raconte avec empathie une réalité urbaine, bouleversante d’humanité. Bien qu'il s'agisse d'un roman l'auteur a précisé avoir écrit Sale gosse à partir d'histoires vraies, les personnes existent, il les connait. Et c'est là toute la force de ce récit. Il est crédible. Crédible par ce qu'il dit de la misère sociale de certaines banlieues, par ce qu'il montre du peu de moyens dont dispose les services de la PJJ, par la mise en lumière de l'engagement voire le surinvestissement de ces hommes et ces femmes. Mathieu Palain ne prête pas à ses personnages un langage trop politiquement correct. Les mots claquent. Les vannes fusent. Les expressions sont crues. Le langage est familier, très familier. Sale gosse est un roman certes, mais un roman au réalisme saisissant qui témoigne de la difficile mission de la PJJ et du manque de repères d'une certaine jeunesse. L'avantage c'est qu'à la différence d'un reportage, l'auteur a toute latitude pour achever son roman sur une note d'espoir...

Un conseil, pour comprendre, lisez Sale gosse
Belle lecture !

Mathieu Palain (à droite) lors de la rencontre organisée par
Babelio dans les locaux des Éditions Iconoclaste le 3 sept-19.


dimanche 1 septembre 2019

Mon avis sur "San Perdido" de David Zukerman

San Perdido est le premier roman publié de David Zukerman, un auteur au parcours atypique, jugez plutôt ! 
Ce dernier a été successivement ouvrier spécialisé, homme de ménage, plongeur, contrôleur dans un cinéma, membre d’un groupe de rock, comédien et metteur en scène. Il a également écrit une quinzaine de pièces de théâtre, dont certaines furent diffusées sur France Culture et quatre romans qu’il n’a jamais voulu envoyer à des éditeurs. Original, non ? Limite héroïque.

Qu’est-ce qu’un héros, sinon un homme qui réalise un jour les rêves secrets de tout un peuple ?
Un matin de printemps, dans la décharge à ciel ouvert de San Perdido, petite ville côtière du Panama aussi impitoyable que colorée, apparaît un enfant noir aux yeux bleus. Un orphelin muet qui n’a pour seul talent apparent qu’une force singulière dans les mains. Il va pourtant survivre et devenir une légende. Venu de nulle part, cet enfant mystérieux au regard magnétique endossera le rôle de justicier silencieux au service des femmes et des opprimés et deviendra le héros d’une population jusque-là oubliée de Dieu.

David Zukerman nous sert ici une fable sociale venue tout droit du Panama, de la décharge de San Perdido plus précisément. Cet amoncellement d'ordures à ciel ouvert permet aux laissés-pour-compte de survivre. Non loin de là, sur les hauteurs de la ville, vivent les nantis. Se considérant intouchables, s'arrangeant avec leur morale, ces derniers n'ont aucun scrupule à exploiter les premiers pour nourrir leurs trafics en tout genre. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'un jeune garçon énigmatique, un taiseux parce que muet à la peau aussi sombre que ses yeux sont clairs et doté d'une force surhumaine, les observent. 

David Zukerman insuffle un vent romanesque sur San Perdido. Sous le ciel panaméen, il fait évoluer des personnages hauts en couleur, certains même hauts en douleur et un héros digne de ce nom. Le tout est parfaitement rythmé, intelligemment construit. C'est pittoresque, vif, dépaysant. C'est de la littérature comme on l'aime mixant fiction et réalité. Le tout est particulièrement visuel. Les lignes défilent, les aventures également. 

San Perdido est un premier roman somme toute inclassable à la fois conte, fable sociale, roman d'aventure. Bref, je ne sais qu'une chose c'est que David Zukerman livre au public un roman très abouti qui à n'en pas douter, va ravir les lecteurs. San Perdido est à découvrir à tout prix. Je remercie à ce titre les 68 premières fois de cet excellent choix.

Et si les quatre autres romans écrits par l'auteur sont du même acabit, ce serait dommage qu'il nous prive de sa belle plume fluide et aérienne. À bon entendeur...

Belle lecture !

samedi 31 août 2019

Mon avis sur "Un dieu dans la poitrine" de Philippe Krhajac

Enfant de l'Assistance publique passé par douze familles d'accueil, Philippe Krhajac est comédien. Un dieu dans la poitrine est initialement paru chez Flammarion sous le titre Une vie minuscule. Il lui aura fallu dix années pour écrire ce roman semi-biographique qui a été boudé par certaines maisons d'édition parisiennes jusqu'à ce qu'un heureux hasard tende alors la main à l’auteur rouennais. C'est en demandant à une éducatrice spécialisée de relire son manuscrit que ce dernier a terminé entre les mains d'une éditrice chez Flammarion. Décidément, la vie est une succession de rencontres ponctuée de rendez-vous manqués.

Phérial a quatre ans lorsqu’il est placé dans un orphelinat. Loin de se douter que le chemin sera périlleux, il traverse sa réalité d’enfant abandonné en se jouant comme il peut du cortège des misères sans fin, des familles d’accueil, des éducations aux mille règles, mille abus, mille mensonges. Ne perdant jamais de vue son désir profond : retrouver peut-être, un jour, sa maman, il avance sans relâche et au cours de ses péripéties rencontre trois femmes d’exception. Trois fées, n'est-ce pas d'excellent augure pour que l'enfant puisse devenir le fils du père, le fils de la mère puis l'homme qu'il doit être ? 

Récit initiatique des temps modernes, Un dieu dans la poitrine est un premier roman dans lequel la poésie, portée par une magistrale fureur de vivre, gifle tour à tour déception et tristesse. Comment grandir, se construire lorsqu'on a été abandonné, lorsque l'histoire ne cesse de se répéter et que l'angoisse de l'abandon s'installe ? Comment faire confiance aux adultes lorsque ces derniers volent ce que l'enfance a de plus précieux : l'innocence ? 

N'allez pas vous imaginer que ce récit est d'une noirceur plombante, il est tout l'inverse. En effet, toute la force de Un dieu dans la poitrine tient au fait qu'il aborde des sujets tels que la maltraitance, l'enfance bafouée par la perversité des adultes, sans haine, sans colère et sans jugement. Un dieu dans la poitrine est un roman poignant, teinté d'une violence susurrée, ponctué de touches poétiques, d'humour et de bonheurs fugaces. Ajoutez à cela une bonne dose d'optimisme et vous vous retrouvez avec un roman sincère et lumineux. Un dieu dans la poitrine est un véritable hymne à la vie. 

Côté écriture, point de sentimentalisme mièvre. Philippe Krhajac a préféré allier cruauté et humour, ce qui enveloppe son récit d'une touchante pudeur. Un dieu dans la poitrine est un premier roman à découvrir. Un grand merci aux Éditions Folio.

Belle lecture !

mardi 27 août 2019

Mon avis sur "Tropique de la violence" de Natacha Appanah

Nathacha Appanah est journaliste et romancière mauricienne. Elle a quitté son île paradisiaque pour la France. Paru en 2016, Tropique de la violence est issu de l'expérience de son séjour à Mayotte où elle a découvert une jeunesse à la dérive. Ce roman a remporté pas moins de treize prix. Il est disponible en poche chez Folio que je remercie au passage.

Marie a vingt-six ans lorsqu'elle rencontre Chamsidine, infirmier comme elle. Elle en a vingt-sept quand ils se marient, vingt-huit quand elle part vivre à Mayotte, cette île française nichée dans le canal du Mozambique. Marie se désespère d'avoir un enfant. Elle a trente et un ans quand Cham l'a quitte pour une autre. Elle en a trente-trois quand une jeune comorienne de seize ans abandonne entre ses bras son bébé de quelques jours qui porte malheur. Mais ce petit ange est parfait. Il a juste un œil noir et l'autre vert. Il est atteint d'hétérochromie, une anomalie génétique bénigne. Marie le prénomme Moïse. La vie sʼécoule tranquillement jusqu'à l’adolescence. Puis, le jeune garçon se lie avec Bruce, chef de gang animé par la rage, qui l’embarque dans l’enfer des rues. Marie meurt. Moïse a seize ans et commet un meurtre.

Tropique de la violence est un roman polyphonique qui met en lumière l'incandescence d'une île de l'océan indien qu'un rien suffirait à embraser. Avec un sens de la narration parfaitement maîtrisé, Natacha Appanah donne voix à ses cinq personnages qui dépeignent un quotidien fait de misère et de violence. On reçoit leur témoignage en pleine face tel un uppercut. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, la jeunesse est abandonnée, livrée à elle-même. Tropique de la violence est bien plus qu'un roman, c'est un véritable réquisitoire contre la misère, un appel au secours pour sauver cette île abîmée, coincée entre pression migratoire et montée infernale de la violence.

L'écriture simple et fluide de l'auteure, son style aride et envoûtant rend le tout éminemment puissant, rude, obscur, violent. Terriblement violent. Un peu trop peut-être pour une lecture d'été.  

Belle lecture !

jeudi 22 août 2019

Mon avis sur "On ne meurt pas d'amour" de Géraldine Dalban-Moreynas

Géraldine Dalban-Moreynas a débuté sa carrière comme journaliste dans différentes rédactions avant de prendre la tête de la communication du Ministère de la cohésion sociale et de la Parité en 2006. Deux ans après, elle fonde son agence de communication et de relations presse qu'elle fermera en 2018 pour se lancer dans une nouvelle aventure : la décoration. 
On ne meurt pas d'amour est son premier roman. Il est publié aux Éditions Plon et disponible aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies. Et comme si sortir un premier roman lors d'une rentrée littéraire ne suffisait pas, l'auteure qui est également entrepreneuse ouvre en même temps sa nouvelle boutique à Paris. Une actualité particulièrement chargée !

Elle vient d'emménager avec son homme. Dans un grand loft qu'ils ont retapé. Elle doit se marier au mois de juin. La date est bloquée sur le calendrier de l'entrée. Il va emménager avec sa femme et sa petite fille au deuxième étage du bâtiment B. Les travaux sont presque terminés. Ils se croisent pour la première fois un dimanche de novembre, sous le porche de l'entrée. Elle le voit entrer, il est à contre-jour. Elle sent son corps se vider. Il la regarde. Il a du mal à parler. Plus tard, ils se diront que c'est à ce moment-là que tout a commencé. Ils se diront qu'il était vain de lutter. Il y a des histoires contre lesquelles on ne lutte pas.

S'il est vrai que l'On ne meurt pas d'amour, impensable de mourir sans avoir vécu un amour d'une telle puissance. Un amour fou, un amour dévorant. 
Un regard. Il aura suffi d'un regard pour que tout commence. Bien sûr, la raison l'emportera. Ils résisteront. Puis très vite n'y tenant plus, ils basculeront. Ne dit-on pas que le cœur a ses raisons que la raison ignore. Dès lors, une relation virtuelle basée sur des échanges de SMS, de courriels, de mots doux, de déclarations sensuelles s'installera. Mais du virtuel au charnel il n'y a qu'un pas que ces deux-là franchiront. Viennent alors les mensonges, les rendez-vous secrets, les instants volés. Une passion dévorante consumera peu à peu les amants qui devront gérer cet adultère qui se joue sous les fenêtres de leur conjoint respectif. Les amants peuvent-ils avoir un avenir commun ? Aura t-elle la force de quitter celui à qui elle devait s'unir ? Aura t-il la force d'abandonner sa femme et sa petite fille ? 

On ne meurt pas d'amour est une histoire très contemporaine, presque banale, mais ô combien exceptionnelle au vu de l'intensité de ce que vivent ces amants. On aime avec eux, on souffre avec eux. On vit par procuration cette magnifique histoire d'amour impossible.

On ne meurt pas d'amour est un premier roman réussi d'une force inouïe. Il nous happe. L'écriture de Géraldine Dalban-Moreynas est vive, dépouillée, essentielle. L'auteure parvient à nous fait ressentir dans notre chair ce désir, ce besoin vital de l'autre, puis cette culpabilité qui ronge les sangs, cette lâcheté qui finira par habiter les amants.

On ne meurt pas d'amour se lit d'une traite. En apnée. Pour la petite anecdote, j'ai lu que l'auteure avait écrit ce roman il y a une dizaine d'années, qu'elle l'avait égaré puis au détour d'une conversation a révélé à une éditrice son existence. Fort heureusement, Géraldine Dalban-Moreynas a pu retrouver ce texte. Elle l'a retravaillé et voici qu'il compte parmi les livres de la rentrée littéraire. Quelle histoire, mais quelle histoire ! Un livre choc dont on va entendre parler.

Un conseil, foncez chez votre libraire préféré et laissez-vous happer par cette sublime histoire d'A. Quant à moi, je remercie vivement Babelio et sa masse critique.

Belle lecture !

mercredi 21 août 2019

Mon avis sur "Qui a tué Heidi ?" de Marc Voltenauer

Marc Voltenauer est pour le moins un auteur original. Il a longtemps hésité entre le foot et la paroisse. Après des études de théologie, c'est finalement vers la banque puis l’industrie pharmaceutique qu'il se tournera pour finir par tout plaquer, mettre les voiles, faire le tour du monde et se consacrer à l'écriture. Son premier polar ayant été bien accueilli et primé, il en a écrit un second, puis un troisième. Qui a tué Heidi ? est son deuxième thriller. Il a été sélectionné par les libraires pour concourir dans la catégorie meilleur thriller d'auteurs français dans le cadre du Prix Nouvelles Voix du Polar organisé par les Éditions Pocket. 

Un tueur à gages abat un politicien à l’opéra de Berlin, en plein milieu d’une représentation. Sa prochaine destination : Genève. Et puis, Gryon.
Gryon, charmant village des Alpes vaudoises où la vie s’écoule au son des cloches des vaches sur les alpages. 
Gryon, où l'inspecteur Andreas Auer, qui vient d’être suspendu par le commandant de la police, décide d’aider un ami paysan à la ferme pour sortir de sa déprime. 
Gryon, dans la chambre de sa mère, un homme rumine ses fantasmes les plus fous. Il est prêt à passer à l’acte.
Gryon, un petit village si paisible. Enfin, pas si sûr…
Un chassé-croisé infernal se profile, et va tout balayer sur son passage. Andreas et les siens en sortiront-ils indemnes ?

Autant vous prévenir de suite, si vous avez toujours rêvé d'en finir avec Heidi l’héroïne du dessin animé nippo-suisso-américain qui a bercé votre enfance, vous risquez d'être bigrement déçu. Et oui ce n'est pas parce que le décor est quasi le même que les héroïnes se ressemblent. Celle de Qui a tué Heidi ? n'est pas une jeune orpheline, mais une vache. Elle a été égorgée. Mais qui peut bien avoir intérêt à éliminer une vache ? Est-ce ce tueur à gages qui ressemble fortement à James Bond ? Est-ce l'homme qui s'enivrait du parfum de sa mère, un vrai psychopathe ? Est-ce Serge Hugon, le propriétaire de Blümchen, celle qui aurait dû remporter le premier prix de ce concours local de vaches, si et seulement si elle n'avait pas été victime de convulsions dans son box ? Et puis, est-ce que la mort d'Heidi a un lien avec toutes ces femmes qui disparaissent à Gryon ? Pour un petit village, il s'en passe des choses... Malheureusement, l'inspecteur Andreas Auer vient d'être suspendu de ses fonctions au motif qu'il a perdu son sang froid envers un collègue quelque peu raciste. Il a été contraint de prendre des congés. En même temps, qui dit congés, dit temps libre...

Lire Qui a tué Heidi ? a été pour moi l'occasion de découvrir l'univers et les personnages de Marc Voltenauer. J'avoue que mêler terroir et tueur à gages est certes atypique mais particulièrement bien vu. C'est un peu comme si on lisait du Franck Bouysse (je pense notamment à Grossir le ciel) tout en regardant un James Bond. Si cela peut vous sembler quelque peu bizarre, je peux vous assurer que ce mélange des genres fonctionne à merveille. Quant aux personnages, ils sont soignés, attachants, profondément humains. Côté rythme, il est plutôt soutenu. Les chapitres sont courts, très courts (140 chapitres pour 541 pages) ce qui rend la lecture dynamique tout en entretenant le suspens. Et puis lorsque le moment est venu de tourner la dernière page, on a qu'une hâte, découvrir le prochain opus ne serait-ce que pour connaître le secret que Jessica, la sœur de l'inspecteur Auer, doit lui révéler.

Si Marc Voltenauer a longtemps cherché sa voie, il l'a trouvée. Reste à savoir s'il sera la Nouvelle voix du polar 2019 des auteurs français. Pour ma part, cela ne fait aucun doute. Il a su me convaincre et c'est avec grand plaisir que je lirai la suite des aventures d'Andreas Auer. 

Un grand merci aux Éditions Pocket et rendez-vous en septembre prochain pour découvrir le vainqueur du Prix Nouvelles Voix du Polar.

D'ici là, belle lecture !


Cadeau Bonux pour le plaisir et parce que c'était facile...