vendredi 3 mai 2019

Mon avis sur "La salle de bal" de Anna Hope

Pour son second roman, La salle de bal Anna Hope s'est inspirée de l’histoire de son arrière-grand père, qui a été interné en 1909 au West Riding, un asile dans le Yorkshire. Déprimé, il ne s'est jamais remis et est mort à l'âge de cinquante-six ans, en 1918. Anna Hope dédie ce roman à la mémoire de son aïeul. La salle de bal a été récompensé par le grand prix des lectrices ELLE en 2018.

Anna Hope nous invite à pénétrer dans l'asile de Sharston situé dans le comté du Yorkshire. Ici, les patients, des dégénérés, des niaiseux, sont corvéables à merci. Ils travaillent d'arrache pied. Hommes et femmes ne se croisent jamais. Jamais, à l'exception des plus chanceux d'entre eux qui se retrouvent le vendredi soir dans La salle de balL'orchestre est dirigé par le Dr Charles Fuller, le médecin du lieu, amateur de musique, violoniste et adepte de l'eugénisme. Les bals sont pour lui l'occasion d'observer les patients et de conduire secrètement ses travaux. Alors même qu'il n'est dévoué qu'à ses ambitions, un homme, John, et une femme, Ella, vont découvrir ce qu'il y a de plus doux, de plus beau au monde, l'amour. Malgré l'hostilité des lieux, malgré leurs conditions de détention, parce que c'est bien de cela in fine qu'il s'agit, ils vont échanger une correspondance avant de succomber l'un à l'autre. Chaque missive de John révélera à Ella, par l’intermédiaire de Clem, son amie passionnée de littérature, la beauté des lieux. De leur noirceur, surgiront des bulles bucoliques, des touches de couleur qui permettront de faire naître l'espoir d'une vie meilleure. D'une vie faite de liberté et de respect de l'autre. Pourtant, Ella sait qu'il y a peu d'espoir. Son amie Clem lui a indiqué les trois façons de sortir d'ici. « Tu peux mourir. C'est facile. Les gens meurent tout le temps. Tu peux t'enfuir. Presque impossible. Ou tu peux les convaincre que tu es suffisamment saine d'esprit pour partir. » Ella y parviendra t-elle ?

Outre le fait qu'Anna Hope a écrit un très beau roman, elle dénonce à travers La salle de bal non seulement les conditions d'internement des personnes dites faibles d'esprit en Angleterre au début du XXe siècle, mais de surcroît, elle rappelle qu'à cette époque, un certain Winston Churchill alors ministre de l’intérieur s’intéressait à la meilleure façon de protéger la « race » britannique des risques de dégénérescence. Il se montrait favorable à l’enfermement des déficients mentaux et à leur stérilisation. D'ailleurs, il fut l'un des rédacteurs de la Mental Deficiency Law de 1913. Mais toute la subtilité de l'auteure réside dans le fait qu'à cette noirceur elle oppose la lumière de l'amour laquelle irradie tout au long du roman au même titre que la force de l'espoir. La salle de bal est un roman choral d’une finesse psychologique et émotionnelle.

Un conseil, entrez dans La salle de bal et dansez maintenant !
Quant à moi, je remercie vivement Folio de m'avoir entraînée dans cette ronde passionnée et dangereuse.

Belle lecture !

lundi 29 avril 2019

Mon avis sur "Vigile" d'Hyam Zaytoun

Comédienne, Hyam Zaytoun joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle collabore par ailleurs à l'écriture de scénarios. Elle est aussi l'auteur d'un feuilleton radiophonique J'apprends l'arabe diffusé sur France Culture en 2017. Vigile est son premier roman disponible chez Le tripode

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir... il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque. Elle tente alors de le réanimer, n'y parvient pas, appelle les pompiers qui tardent à venir. Lorsqu'enfin ils arrivent, il est emmené en urgence à l'hôpital de Mondor à Créteil, en région parisienne.

Un infarctus et c'est tout un équilibre familial, sentimental qui s'écroule. Comment dire à celui qui part, qu'on l'aime ? Que sans lui plus rien ne sera possible ? Comment le retenir ? Comment faire face à la perte, à la peur ? Comment annoncer aux enfants, aux proches que peut-être tout peut s'arrêter ? Comment ne pas envisager le pire, vivre, du moins survivre, à son Amour ? Et pourquoi ne pas y croire malgré trente longues minutes d'arrêt cardiaque, malgré le diagnostic médical ? Et si Antoine était une exception, un miraculé ?

Hyam Zaytoun est le Vigile, le gardien de nuit, celle qui surveille. Elle veille sur cet homme qu'elle aime, le père de ses enfants, celui qui est placé en coma artificiel, celui qui se retrouve dans l’antichambre de la mort. Vigile est le récit de ce qu'elle a vécu quelques années plus tôt avec Antoine. Elle nous livre avec ses mots délicatement choisis, empreints d'amour, la bataille qu'elle a livrée contre la mort. Son combat pour la vie. Elle nous livre avec pudeur son cri d'amour, celui qui éventuellement peut faire revenir ceux qui seraient tentés de cesser la lutte, de partir. 

Vigile est un premier roman absolument bouleversant. Il sonne juste, vrai. Habilement construit, Hyam Zaytoun alterne passages courts et précis. Près du lit d'Antoine, par petites touches, par bribes, elle détisse. Elle tisse autrement leur histoire. Elle gagne du temps. Elle espère que les lèvres de son amour prendront le relais. La plume de Hyam Zaytoun est un subtil mélange de délicatesse et de pudeur. Elle est criante de vérité. 

Vigile est un hymne à la vie doublé d'une magnifique déclaration d'amour. C'est un beau témoignage, touchant, poignant. Il est à lire ne serait-ce que pour nous rappeler, s'il en était besoin, l'urgence de vivre, l'urgence d'aimer et surtout l'urgence de croire que tout est encore possible.

Belle lecture !

jeudi 25 avril 2019

Mon avis sur "Les miroirs de Suzanne" de Sophie Lemp

J'ai découvert Sophie Lemp avec Leur séparation. La délicatesse de son écriture mêlant émotion et subtile retenue ont laissé en moi une empreinte indélébile. Je m'étais promis de suivre cette auteure. Promesse tenue. Les miroirs de Suzanne est le troisième roman de Sophie Lemp. 

Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolé. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l'écrivain qui avait trois fois son âge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage à l'âge adulte.
Martin est livreur, il pédale pour épuiser ses pensées. Un soir, il trouve les cahiers au fond d'une poubelle et dévore ces mots qui le transpercent, qui le ramèneront à la vie. Au gré de sa lecture, Martin sent que quelque chose l'étreint, l'urgence de continuer à lire.

Cette fois encore, les mots délicatement choisis par Sophie Lemp m'ont bercée. Je me suis laissée couler dans ce bain de soie d'une douceur infinie. Tout commence par un viol, le viol de l'intimité. Un cambriolage. Après la disparition de ses carnets qui renfermaient les souvenirs de son bel amour, son premier, Antoine, Suzanne part en quête de sa mémoire volée. L'heure du bilan a sonné. Elle se remémore ses sentiments notés jadis sur les pages de ses cahiers pour les graver à jamais dans celles de son premier roman qu'elle s'est décidé à écrire. Au risque de froisser Vincent celui qu'elle a choisi, celui qui partage sa vie, elle raconte Antoine. Ses souvenirs resurgissent. Parallèlement, Martin découvre cette histoire entre un homme mûr et une jeune fille, et peu à peu ce jeune homme qui s'était laissé gagner par la mélancolie à la suite d'une violente rupture sentimentale, revit. 

Les miroirs de Suzanne c'est le récit de deux renaissances. Celle d'un amour passé et celle d'un jeune homme prêt à accueillir un futur amour. Les miroirs de Suzanne est une histoire somme toute ordinaire. On a tous des amours enfouis dans nos journaux intimes ou dans notre mémoire, mais rares sont ceux qui ont le don de les transformer en bain de soie, en douce mélodie. Sophie Lemp a ce talent. Elle sublime l'ordinaire. Sa plume n'est que douceur et volupté, le tout est harmonieux et poétique, tout est sensibilité et subtilité. Sans conteste, je suis une fan de cette auteure.

Les miroirs de Suzanne est un roman intimiste, infiniment touchant. Un conseil, si vous n'avez encore jamais lu Sophie Lemp, lâchez tout et lisez-la ! Vous n'en ressortirez pas indemne.

Je remercie la plateforme NetGalley et Allary Éditions du bonheur qu'ils m'ont procuré.

Belle lecture !

lundi 22 avril 2019

Mon avis sur "Dans la brume écarlate" de Nicolas Lebel

De lui, j'avais déjà lu Le jour des morts, je l'avais plutôt apprécié. Alors quand Babelio et les Éditions Marabout m'ont proposé de lire la cinquième aventure du capitaine Mehrlicht, Dans la brume écarlate, je n'ai pas hésité.

Une femme se présente au commissariat du XIIeme arrondissement de Paris et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n'est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais... Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d'une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d'avoir retrouvé Lucie. Mais il s'agit d'une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l'on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n'est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie...

Pour son dernier polar, Nicolas Lebel a choisi de faire évoluer le  capitaine Mehrlicht et ses acolytes, Sophie Latour et le lieutenant Dossantos, dans un univers gothique. Paris est recouvert de brouillard. Un vampire rôde au cimetière du Père Lachaise. Il chasse des jeunes femmes innocentes et pures pour les vider de leur sang. Frissons garantis. 

Dans la brume écarlate est un roman d'atmosphère particulièrement visuel. Il suffit de regarder la vidéo de présentation du livre, pour s'en rendre compte. En outre et comme à son habitude, Nicolas Lebel n'hésite pas à ancrer son histoire dans l'actualité. Certaines victimes du tueur sanguinaire sont des sans-papier, des réfugiés dont certains viennent de Syrie et sont parqués dans un campement d'infortune Porte de la Chapelle. Il est également question de la violence faite aux femmes, des rencontres faites sur la toile et des jeux en ligne.

Dans la brume écarlate est un roman choral. Il réunit ceux qui perdent ou ont perdu, ceux qui cherchent, ceux qui trouvent ou pensent trouver. Et parce qu'un polar peut aussi parler d'amour, Nicolas Lebel n'hésite pas à mettre en scène six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : il y a celui qui la cherche, celui qui l'aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Comme l'affirme Sophie Latour, les femmes sont toujours les premières victimes de la folie des hommes. C'est exactement cela Dans la brume écarlate. Un polar très agréable à lire, efficace qui mêle actualité et humour. 

Belle lecture !

Vidéo de présentation de "Dans la brume écarlate", de Nicolas Lebel

mardi 16 avril 2019

Mon avis sur "Suiza" de Bénédicte Belpois

Bénédicte Belpois est sage-femme. Les enfants ayant quitté le nid, elle a ressenti le besoin d'expérimenter. Elle s’est essayé à l'écriture. Essai transformé ! Son premier roman est publié chez Gallimard. C'est l'Espagne, plus précisément la Galice qu'elle a choisi pour encrer Suiza.

Elle avait de grands yeux vides de chien un peu con, mais ce qui les sauvait c’est qu’ils étaient bleu azur, les jours d’été. Des lèvres légèrement entrouvertes sous l’effort, humides et d’un rose délicat, comme une nacre. À cause de sa petite taille ou de son excessive blancheur, elle avait l’air fragile. Il y avait en elle quelque chose d’exagérément féminin, de trop doux, de trop pâle, qui me donnait une furieuse envie de l’empoigner, de la secouer, de lui coller des baffes, et finalement, de la posséder. La posséder. De la baiser, quoi. Mais de taper dessus avant. Elle, c'est Suiza
Dès qu'elle débarque dans ce petit village de Galice, c'est sa sensualité renversante que l'on remarque. Son innocence la rend d’autant plus attirante. Comme tous les hommes qui la croisent, Tomás est immédiatement fou d’elle. Ce qui n’est au départ qu’un simple désir charnel va se transformer peu à peu en véritable histoire d'amour.

Autant vous le dire de suite, on ne peut que se féliciter du fait que Suiza ait été écrit par une femme, s'il l'avait été par un homme, à n'en pas douter, on crierait au scandale tellement ce livre regorge de clichés sur la gent féminime. Et oui, Suiza n'est pas à mettre entre toutes les mains, notamment entre celles des puristes du féminisme. Ils demanderaient à ce que ce roman soit immédiatement mis au pilon. Et très sincèrement ce serait un réel gâchis, car Suiza est une ode à la sensualité, à la féminité, aux plaisirs de la chair. Il est un cri à la vie, à l'amour. Charnel, puis brutal et bestial, il devient au gré des pages Amour tout court. 

Suiza est une jolie fille terriblement sensuelle, nécessairement conne, qui après avoir quitté la Suisse échoue en Galice parce qu'elle voulait voir la mer. Elle n'a pas de famille, pas de papiers, pas de langue. Elle ne parle pas, d'ailleurs elle n'a rien à dire, n'a aucun avis. Elle accepte tout, même de se faire baiser par qui veut la posséder. Suiza sort d'un orphelinat où on lui a appris à devenir une bonne femme d'intérieur au service de l'homme de jour comme de nuit.
Tomás est un agriculteur machiste, bourru, veuf. Il vient d'apprendre qu'il est atteint d'un cancer. Quand il rencontre Suiza, il n'a qu'une envie. Comme tous les autres mâles, il doit la posséder, la déposséder de son corps. Comme elle n'appartient à personne, même pas à elle, il la prendra. Suiza deviendra sa propriété. Comme à son habitude, Suiza se laissera faire.
Peu à peu, ces deux-là s'apprivoiseront, se laisseront gagner par l'envie. Ensemble, ils vont connaître la rédemption, le bonheur de faire couple. Ils vont découvrir l'Amour tout simplement.

Toute l'originalité de Bénédicte Belpois tient au fait que c'est essentiellement du point de vue de Tomás qu'elle raconte cette histoire. Elle utilise des mots crus, des mots d'homme. Elle pense comme lui. Elle devient rustre, machiste, est sans complaisance pour la gent féminine. Ce récit est agrémenté de la voix de Suiza. Elle s'émerveille de tout, apporte douceur et naïveté pour finalement devenir le point d'ancrage de Tomás.

Suiza est un roman âpre, violent et sensuel, outrageusement sensuel. Je comprends qu'il puisse secouer, choquer, mais une chose est certaine, il bouscule, réveille nos sens. Suiza est un premier roman très réussi. Un conseil, lisez-le !

Belle lecture !

dimanche 14 avril 2019

Mon avis sur "Le procès du cochon" d'Oscar Coop-Phane

Si Le procès du cochon peut laisser à penser que le cinquième roman d'Oscar Coop-Phane relate l'audience d'un homme particulièrement porté sur la chose et que cela vous émoustille, vous risquez d'être fichtrement déçu. Certes, le personnage central est un monstre, il est très animal, a croqué la chair, mais ce n'est pas vraiment ce que vous imaginez !

Dans un village et un temps reculé, un cochon croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants sans surveillance, avant de repartir tranquillement vers la forêt. Traqué, il est jeté en prison puis sur la scène du tribunal où toute la Société attend de comparaître pour accuser la bête. Dans le monde des Hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Commence alors la grande mascarade de la justice. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole, comment pourrait-il se défendre, comment dire sans mots ?

Le procès du cochon est un texte allégorique qui narre le procès non pas d'un être humain, mais d'un animal, à l'instar de ceux que l'on intentait du XII au XVIIIème siècle. Une pratique aussi surprenante que méconnue de nos jours. En effet, chaque fois qu'un animal commettait l'impardonnable, les Hommes le jugeaient. Ils allaient même jusqu'à contraindre des animaux de la même espèce à assister au procès afin que ces derniers prennent conscience de leurs actes et des supplices qu'ils pouvaient encourir. Une telle justice était punitive et préventive, les animaux, sujets de droit.

Bien que court (125 pages), Le procès du cochon n'en n'est pas moins denseDivisé en quatre parties, vient le temps d'évoquer "Le crime", cet acte odieux commis par ce porc errant, marginal et affamé. Une fois capturé, s'ensuit "Le procès" ou plutôt sa parodie. Cette partie est théâtralisée comme pour mieux accentuer son côté burlesque. Comment peut-on juger un cochon incapable de s'exprimer, de se défendre ? Il n'en sera pas moins condamné. Chacun s'organisera pour assister sur la place publique au châtiment du coupable. À "L’attente" succède "Le supplice", cet instant où le criminel finira par être délivré.

À l'heure où la tendance est à l'animalisation des hommes (#balancetonporc)Oscar Coop-Phane humanise les animaux, comme pour mieux interpeller. En outre, l'auteur nous renvoie à notre rapport à l'Autre et à la différence. Il y dénonce une certaine Justice, celle qui parfois n'est que le simulacre d'elle-même. Assurément, Le procès du cochon questionne au même titre que le plaidoyer de Thierry Illouz, Même les monstresImpossible en lisant l'un de ne pas repenser à l'autre.

Belle lecture !

mardi 9 avril 2019

Mon avis sur "37 fois" de Christopher J. Yates

Christopher J. Yates est un écrivain de fiction américano-britannique et l'auteur de deux romans, Black Chalk et 37 fois (dont le titre original est Grist Mill Road). C'est la première fois qu'il est publié en France.

1982 : dans une petite ville de montagne au nord de New York, trois jeunes adolescents, Hannah, Patrick et leur ami Matthew, sont liés à jamais par une affaire tragique. 
2008 : Hannah, journaliste judiciaire, est mariée à Patrick. L'équilibre du couple vacille le jour où elle décide d'écrire un livre consacré au fait divers qui a marqué leur adolescence. Depuis toujours, Patrick redoute le moment où sa femme va s'approcher de ce " monstrueux secret " qui plane au-dessus de leur mariage, qui peut ressurgir et briser leur couple. Au même moment, Matthew réapparaît dans leur vie.

Selon Patrick alors âgé de douze ans, Matthew a pressé quarante-neuf fois la détente. Les journaux ont affirmé que Hannah n'avait été touchée que 37 fois. Matthew a peut-être raté sa cible à plusieurs reprises. Quoi qu'il en soit, jusqu'à ce mercredi étouffant de 1982, Patrick était convaincu d'avoir une enfance idéale. Très vite, il prendra conscience de la violence de la scène à laquelle il a assisté sans pour autant pouvoir intervenir. Plus tard, vingt-six ans après précisément, il comprendra pourquoi le destin de ces trois adolescents devenus adultes, est malgré tout, lié à jamais. 

37 fois est un thriller psychologique addictif. Commençant par décrire la relation complexe qui unit Patrick à Matthew, puis alternant passé (1982) et présent (2008), mais également les prises de parole de chaque membre de ce trio, Christopher J. Yates joue avec la mémoire, distille les secrets, les mensonges et la vérité de chacun. Les personnages luttent individuellement pour surmonter et exorciser cette culpabilité qui les hante.

Si  37 fois est un bon thriller addictif en raison de son rythme assez soutenu, de sa construction et des révélations divulguées au gré des pages, je n'irai pas jusqu'à soutenir que c'est un véritable chef-d'œuvre tel que mentionné en quatrième de couverture. La lecture est agréable certes, mais la fin est décevante parce que trop convenue, trop attendue. Bref, 37 fois de Christopher J. Yates est un sympathique thriller divertissant, mais on se gardera bien de crier au chef-d'œuvre. J'adresse néanmoins tous mes remerciements à Babelio et aux éditions du Cherche midi.

Belle lecture !