mercredi 29 janvier 2020

Mon avis sur "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" de Yoan Smadja

Yoan Smadja a grandi en banlieue parisienne à Saint-Denis. Depuis 2007 il vit en Israël. Membre de l’Hashomer Hatzaïr (mouvement de jeunesse sioniste) il a participé à l'organisation d'un voyage au Rwanda pour témoigner de l’existence de génocides post Shoah et surtout de la reconstruction post traumatisme. J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi est son premier roman. Yoan Smadja en a débuté l'écriture en 2006 au retour de son voyage au Rwanda et l'a repris en 2017. Après l'avoir fait relire par un historien et une correspondante de l'AFP qui se trouvait au Rwanda en 1994, ce roman a été publié aux Éditions Belfond en 2019. Il a été sélectionné par les 68 premières fois. Il sera disponible en version poche chez Pocket dans quelques jours.

Printemps 1994. Le pays des mille collines s’embrase. Il faut s’occuper des Tutsi avant qu’ils ne s’occupent de nous.
Rose, jeune Tutsi muette, écrit tous les jours à Daniel, son mari médecin, souvent absent. Elle lui raconte ses journées avec leur fils Joseph, lui adresse des lettres d’amour… Jusqu’au jour où écrire devient une nécessité pour se retrouver. Obligée de fuir leur maison, Rose continue de noircir les pages de son cahier dans l’espoir que Daniel puisse suivre sa trace.
Sacha est une journaliste française envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les premières élections démocratiques post-apartheid. Par instinct, elle suit les nombreux convois de machettes qui se rendent au Rwanda. Plongée dans l’horreur et l’indicible, pour la première fois de sa vie de reporter de guerre, Sacha va poser son carnet et cesser d’écrire…

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi s'ouvre sur l'odeur délicate et enveloppante de la vanille qui rappelle l'enfance et rassure pour se poursuivre dans tout ce que notre formidable humanité a de pire, massacrer des êtres pour ce qu'ils sont. Bourreaux et victimes étaient voisins, les uns régalaient les autres, jusqu'à ce que vienne le temps de la stigmatisation, de la persécution et de la mise à mort de toute une population, les Tutsi. 

C'est à travers les écrits de deux femmes que Yoan Smadja évoque le dernier des génocides du vingtième siècle. L'une est française et journaliste, l'autre est Tutsi, muette et à la recherche de son mari médecin humanitaire. Sacha et Rose ont en commun l'écriture. L'une écrit pour le journal qui l'emploie, l'autre pour celui qu'elle aime, Daniel, son mari. Sacha témoigne de l'horreur alors que Rose évoque avec nostalgie son père, son enfance dans ce Rwanda d’antan, la rencontre avec celui qui deviendra le père de son fils, Joseph. D'une écriture à l'autre, le destin de ces deux femmes va finir par se croiser, se lier. L'une finira par déposer la plume perdant le goût des mots, tandis que l'autre s'y accrochera tel un remède contre l'horreur et l'inhumanité.

Bien que J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi aborde l'indicible, ce roman n'en demeure pas moins lumineux, certainement parce que Yoan Smadja oppose avec sensibilité et intelligence l'amour à la folie des hommes, l'espoir à la mort. Le tout est savamment dosé de sorte que la balance ne penche ni du côté du pathos, ni de celui de la mièvrerie.

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi est un premier roman émouvant, puissant, qui fait appel à nos sens et milite pour qu'ensemble nous veillons vraiment à ce que plus jamais de telles horreurs ne se reproduisent. Un conseil, lisez-le, vous n'en ressortirez pas indemne.

Belle lecture !

jeudi 23 janvier 2020

Mon avis sur "Après la fête" de Lola Nicolle

Lola Nicolle est éditrice. Elle est l’auteure d’un recueil de poésie et a participé à un ouvrage collectif. Après la fête est son premier roman. Je l'ai lu dans le cadre de mon adhésion aux 68 premières fois.

Raphaëlle et Antoine se sont connus à l’université et aiment se retrouver. Le temps est aux discussions intenses et à la fête. Jusqu’au jour où, insidieusement, ils arrivent à ce moment de transition, de bascule entre les études et le monde du travail. De rupture aussi.
Tous deux habitent le quartier de Château-Rouge, à Paris. Elle est issue de la petite bourgeoisie, lui vient de la cité. Elle trouve rapidement du travail quand le chemin se fait pour lui plus épineux… Et la réalité se rappelle soudain à eux. Comment faire alors pour que la vie, toujours, reste une fête ? Après la fête saisit cet instant, celui de la fin de l’insouciance, quand les amis s’éloignent et que les premières amours se tarissent. Même celles de Raphaëlle et Antoine.

La jeunesse est-elle une fête faite d'insouciance et de légèreté dont il faudrait impérativement se départir pour enfin grandir ? C'est à cette question que le premier roman de Lola Nicolle tente de répondre.

Après la fête relate l'histoire d'un jeune couple lâché dans une époque sans pitié. Dès les premières pages, au lendemain des attentats du Bataclan, l'issue est révélée. Raphaëlle et Antoine ne résisteront pas à tout ce qui les sépare. Leur origine sociale, leur insertion professionnelle, leur vision de la vie. Dès lors la nostalgie s'invite à la fête. Aux sons et aux rythmes d’une époque, notamment du RAP, d’une génération (la Y), Raphaëlle, la narratrice convoque ses souvenirs pour mieux comprendre tout ce qui l'a, peu à peu, éloigné de celui qu'elle a aimé. Inévitablement l'échec de leur relation se profile. Elle détricote leur histoire et à travers elle, celle de toute une classe d'âge qui prend conscience du monde qui l'entoure. Sans être tout à fait effrayant, il n'est pas franchement réjouissant. 

S'il est vrai que l'écriture de Lola Nicolle est à la fois poétique et gracieuse, cela n'aura pas suffi à me faire oublier la mélancolie qui colle au corps de cette jeunesse désabusée. J'aurai aimé que ce roman soit plus festif.

Belle lecture !

mardi 14 janvier 2020

Mon avis sur "Ceux que je suis" d'Olivier Dorchamps

Olivier Dorchamps est un auteur franco-britannique. Il a grandi  à Paris et a choisi de vivre à Londres après quelques années aux Etats-Unis, à Washington. D’abord avocat puis entrepreneur, il a changé de vie pour se consacrer à l’écriture. Ceux que je suis publié aux Éditions Finitude est son premier roman. Evidemment, il faisait partie de la sélection des 68 premières fois, mais a également concouru pour différents Prix littéraires. Il est l’un des quatre vainqueurs du Talent Cutura 2019. L'année 2020 s'annonce tout aussi prometteuse...

Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études. »
Marwan est français, un point c’est tout. Alors, comme ses deux frères, il ne comprend pas pourquoi leur père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça ?
C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille ­arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

Ceux que je suis est un roman qui traite de l'identité, des racines, de l'héritage culturel et de la transmission. Il s'ouvre sur la disparition du père et sur l'incompréhension de ses enfants de sa décision d'être inhumé au pays. D'ailleurs de quel pays est-on lorsque l'on naît dans un, que l'on vit dans un autre et que l'on y fonde sa famille ? Répondre à cette question existentielle est éminemment complexe et dépend du vécu de chacun. C'est donc à travers l'histoire d'une famille issue de l'immigration que l'auteur a choisi de nous interpeller. Au fil des pages il évoque la problématique de l'intégration, l'inévitable choc des cultures mais également les raisons qui ont poussé un homme à fuir son pays. 

Olivier Dorchamps aborde ces sujets avec subtilité, humour et émotion. Le titre de son roman, volontairement ambivalent, Ceux que je suis, contient tout ce que l'auteur a voulu abordé, les origines multiculturelles et le regard que les autres portent sur celui qui est différent et de la nécessité de s'en affranchir. Ceux que je suis est un roman intimiste, écrit tout en retenue, en finesse. Côté plume , celle d'Olivier Dorchamps est fluide, ensoleillée et parfumée à l'essence de fleurs d'oranger. 

Ceux que je suis est un premier roman particulièrement réussi. Á Casablanca un fils, Marwan, a compris son histoire familiale tandis qu'à Londres un nouvel auteur français, Olivier Dorchamps, est né.

Belle lecture !

dimanche 1 décembre 2019

Mon avis sur "Le bal des folles" de Victoria Mas

Le bal des folles publié chez Albin Michel est le premier roman de Victoria Mas. Et pour une toute première fois, elle fait fort cette jeune auteure. Elle a déjà remporté le Prix Renaudot des lycéens, le Prix Stanislas et le Prix Première Plume. Et qui dit premier roman, dit 68 premières fois, évidemment !

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange bal des folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.
Réparti sur deux salles - d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques - ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise, Thérèse et Geneviève.

Si vous vous demandez à quoi peu bien ressembler une hystérique, aucun doute, Le bal des folles est pour vous. Vous venez de décrocher un billet pour l’événement tant convoité du Tout-Paris à la mi-carême. Enfilez votre plus beau déguisement et venez assister à ce zoo costumé, venez observer toutes ces femmes qui pour la plupart ont commis l'unique erreur d'être sorties des sentiers battus. Et oui, c'est qu'à l'époque il était mal venu pour certaines femmes d'être excentriques, mélancoliques ou simplement d'exprimer leurs opinions, de révéler ce qu'il pouvait se passer dans l'intimité d'un foyer ou encore de tenir tête à la gent masculine. Toute récalcitrante malade ou non était enfermée d'autorité à la Salpêtrière. Le Professeur Charcot, figure imposante de l'hôpital, un brin sombre, homme inatteignable, pouvait alors s'adonner à des séances d'hypnose devant un public tout acquis à sa cause. Servir sa réputation plutôt que de chercher à guérir, tel était le but de ces séances. D'ailleurs à quoi bon vouloir soigner puisque ces femmes pour la plupart n'étaient même pas souffrantes ? Si elles souffraient, ce n'était que d'injustice, d'incompréhension.

Et c'est justement toute la démarche de Victoria Mas qui dénonce à travers Le bal des folles le peu de considération que la Société bourgeoise du XIXe siècle manifestait à l'égard des femmes. Néanmoins, elle a choisi de les mettre à l'honneur, cantonnant les hommes a un rôle secondaire. Ces hommes à l'esprit étroit semblaient avoir tellement peur des femmes, de leur corps qu'ils ne comprenaient pas, qu'ils préféraient les museler en les enfermant plutôt que d'avoir le courage de les affronter. Très en vogue à cette époque, Victoria Mas a introduit une part de fantastique dans sa narration pour évoquer le spiritisme. Celles  qui le pratiquaient étaient mises au ban, internées.

Le bal des folles est un premier roman particulièrement réussi. Le classicisme de l'écriture et des dialogues rendent sa lecture très agréable, le sujet de fond nécessairement révoltant et qui n'est pas sans rappeler un asile situé outre-manche où le vendredi les patients dansaient sous l’œil observateur du Dr Charles Fuller (vous aurez très certainement reconnu la référence à La salle de bal, d'Anna Hope) interpelle, marque les esprits et pas uniquement ceux qui font tourner les tables... 

Belle lecture !

mardi 19 novembre 2019

Mon avis sur "Cent millions d'années et un jour" de Jean-Baptiste Andréa

Découvert récemment avec son premier roman, Ma reine, Jean-Baptiste Andrea revient enchanter la rentrée littéraire avec un conte. Il nous propose de suivre une expédition paléontologique partie sur les traces hypothétiques du squelette d’un dragon perdu dans une montagne inaccessible. Les 68 premières fois ne pouvaient pas ne pas sélectionner Cent millions d'années et un jour publié aux Éditions l'Iconoclaste.

1954. C’est dans un village perdu entre la France et l’Italie que Stan, paléontologue en fin de carrière, convoque Umberto et Peter, deux autres scientifiques. Car Stan a un projet. Ou plutôt un rêve. De ceux, obsédants, qu’on ne peut ignorer. Il prend la forme, improbable, d’un squelette. Apatosaure ? Brontosaure ? Il ne sait pas vraiment. Mais le monstre dort forcément quelque part là-haut, dans la glace. S’il le découvre, ce sera enfin la gloire, il en est convaincu. Alors l’ascension commence. Mais le froid, l’altitude, la solitude, se resserrent comme un étau et entraînent l’équipée là où nul n’aurait pensé aller.

Cent millions d'années et un jour est le récit d'une quête insensée, de celle qui pousse un homme à vouloir réaliser coûte que coûte son rêve, de celle qui peut mener sur les sentiers de la gloire et de la reconnaissance éternelle, de celle qui nous fait toucher le divin du doigt. Avec son second roman, Jean-Baptiste Andrea nous embarque dans l'univers âpre d'un glacier franco-italien, de celui qui renvoie à sa propre solitude, celui qui impose une inévitable introspection. Dès lors, l'ascension ravive les souvenirs du paléontologue et c'est en écho que surgissent le premier trilobite, le chien bleu, le père violent appelé le Commandant, la mère malmenée par ce dernier mais adulée par son fils et toutes les humiliations. L'expédition se révèle alors comme un combat contre soi. Se prouver que l'on vaut le meilleur.

Cent millions d'années et un jour se ressent plus qu'il ne se décrit, c'est un huis clos tantôt doux et tendre comme un lever de soleil, d'autres fois dur et âpre comme un roc mais toujours cinglé par le vent, le froid, la rudesse des éléments, de quoi sombrer dans la folie. Toute la force de ce roman vertigineux réside dans le chemin que Jean-Baptiste Andrea nous fait parcourir. De sa plume cinématographique, poétique et sensible, il déplace les montagnes. Il nous transporte loin et haut, il transcende la lumière, nous recentre sur l'essentiel. 

Cent millions d'années et un jour est plus qu'un roman, c'est un conte. Quant à Jean-Baptiste Andrea, il est plus qu'un auteur, c'est un conteur. Écoutez-le ici, c'est poétique à souhait !

Belle lecture, beau voyage !

mardi 5 novembre 2019

Mon avis sur "Le détachement" de Jérémy Sebbane

Jérémy Sebbane est écrivain et scénariste. Il est l'auteur de deux romans Après quoi on court en voie d'adaptation au cinéma et plus récemment Le détachement. Il est également l'auteur d'un essai consacré à Pierre Mendès France, développe plusieurs films et une série politique. Il a été la plume de personnalités politiques comme Manuel Valls et Fleur Pellerin. Le détachement a été choisi dans la sélection de rentrée 2019 de 68 premières fois.

Depuis toujours, Juliette aime raconter des histoires. Maxime, son seul confident, l'écoute et fait semblant de la croire. Bienveillant, il sait qu'elle a souffert. Mais tout bascule entre les deux amis lorsque Maxime, à qui Juliette a narré durant des semaines une relation passionnée avec un dénommé Raphaël, découvre que ce dernier est mort le soir de sa rencontre avec la jeune fille. Juliette qui refuse de vivre dans le réel préfère croire que tout le monde se ligue contre elle pour nier son histoire d'amour avec Raphaël. Elle devient une veuve imaginaire, s'invente la vie qu'elle aurait pu avoir avec le défunt et va à la rencontre des proches du jeune homme qui n'ont jamais entendu parler d'elle. Fatigué des mensonges de son amie, Maxime se détache d'elle. Et si la solution était d'inventer un autre monde moins décevant que celui dans lequel ils évoluent ?

Le détachement est un roman à deux voix qui met en scène une amitié inconditionnelle entre deux jeunes gens. Elle, mythomane, va se révéler érotomane au gré des pages. Lui, une plume, va accéder à son rêve, devenir conseiller politique et être confronté à la violence de ce milieu sans pitié pour le non-énarque qu'il est. Elle se rêve en veuve éplorée d'un homme disparu qui ne l'a jamais connue, lui se rêve auteur d'un comédien qu'il admire secrètement, se rêve amant d'un jeune homme alors même qu'il n'assume pas son homosexualité. L'un comme l'autre trouve refuge dans leur bulle, leur imaginaire, plutôt que d'affronter la réalité. Tous deux sont immatures, en ont parfaitement conscience et se disent qu'ils grandiront plus tard.

Je ne vais pas vous mentir, d'abord j'y ai cru. Puis très vite mon mental m'a déconnectée de la réalité. J'étais passionnée par l'histoire que Jérémy Sebbane me racontait, j'étais attachée à Juliette et Maxime au point de ne faire qu'une comme eux. Impossible de lâcher ce livre. Très vite j'étais déjà ailleurs, dans le cabinet d'une psy, d'un ministre... et puis subitement j'ai grandi. C'est donc complètement détachée que j'ai tourné la dernière page. 

J'aurai aimé prolonger un peu la réalité, vous raconter des histoires... Bien que la plume de Jérémy Sebbane soit agréable, fluide, bien qu'il m'arrive parfois de tenter de rendre la vie plus jolie, bien que nous aurions pu nous aimer, je ne vais pas vous mentir, Le détachement ne m'a pas embarquée.

Belle lecture !

samedi 2 novembre 2019

Mon avis sur "Les jours de ton absence" de Rosie Walsh

Si Les jours de ton absence est le premier roman de Rosie Walsh, il est le quatrième de l'auteure. Et oui, auparavant elle publiait sous le pseudonyme de Lucy Robinson. Quels qu'aient été les motifs qui l'ont poussée à écrire sous un nom d'emprunt, Rosie Walsh n'a pas de craintes à avoir. Son premier roman est un véritable succès. Un best seller. Sa jolie couverture a sacrément circulé sur les réseaux sociaux. En cédant à la tentation, je n'avais qu'une crainte, être déçue et devoir écrire cette chronique sous un nom d'emprunt...

Sept jours d'idylle... Il aura suffi d'une semaine pour que s'inverse le cours de l'existence monotone de Sarah. Depuis qu'elle a rencontré Eddie, sur une petite route de campagne anglaise, la jeune femme est certaine qu'un bonheur sans nuages les attend. Sa vie débute enfin. Le jour où il lui annonce qu'il doit s'absenter pour un voyage prévu de longue date, Sarah n'a aucune inquiétude. Mais le temps passe et Eddie ne revient pas. La laisse sans nouvelles. Ne répond plus à ses messages. Rien. Alors que ses amis pensent qu'il n'est tout simplement pas intéressé, Sarah est persuadée qu'elle a manqué quelque chose. Que cache le silence d'Eddie ? Peu à peu, une explication se dessine. Mais Sarah est-elle prête à l'entendre ?

Défini comme une lecture d'été avec tous les préjugés qu'une telle expression peut recouvrir, Les jours de ton absence est un roman totalement addictif. Il l'est d'une part parce que l'intrigue est rondement bien menée, que les personnages sont attachants et d'autre part parce que l'auteure parvient parfaitement à nous manipuler. En effet, alors que l'on a la certitude d'avoir deviné ce qui est arrivé à Eddie et d'avoir compris ce qui l'a poussé à fuir,  au détour d'une page, l'auteure nous surprend et nous embarque dans une direction insoupçonnée. Dès lors, c'est conquis et encore plus attentionné que la lecture de ce roman se poursuit. Un véritable  page-turner. 

Loin d'être mièvre comme le laisse à penser l'utilisation du qualificatif "lecture d'été", Les jours de ton absence aborde des thèmes universels tels que l'amour, la famille, le deuil, le manque, la culpabilité mais également des thèmes d'actualité tels que le ghosting et la surveillance de la vie privée d'autrui via les réseaux sociaux. Par ailleurs s'il est vrai que Les jours de ton absence aurait pu verser dans le mélo, les clichés -même si je dois bien avouer il y en a quelques uns- il n'en demeure pas moins qu'il reste avant tout un roman d'intrigue bien ficelé. Quant à la plume de Rosie Walsh, elle est fluide, plaisante. Immersive elle nous révèle avec précision et justesse le mental des personnages.  

Quelle que soit la saison et puisque in fine il n'y en a pas pour s'adonner à la lecture, je vous recommande Les jours de ton absence pour sa délicate couverture colorée mais surtout pour son intrigue qui mêle suspense, drame et amour.

Belle lecture !