samedi 1 février 2025

Mon avis sur "La longe" de Sarah Jollien-Fardel

Sarah Jollien-Fardel est une écrivaine suisse. En 2022, elle a reçu plusieurs Prix dont celui du Roman Fnac et le Goncourt des détenus pour son premier roman, Sa préférée. L'ayant fortement apprécié, lorsque j'ai vu que pour cette rentrée littéraire d'hiver paraissait La longe (SABINE WESPIESER ÉDITEUR) je n'ai pas hésité une seconde.

Chaque jour, au réveil, Rose lutte pour ne pas être assaillie par la réalité, dans la chambre aux parois boisées où elle vit désormais attachée à une longe.
Tout a basculé trois ans auparavant, quand la police est venue lui annoncer l’accident : Anna, sa petite fille, a été fauchée par une camionnette. Depuis lors, Rose interroge le passé, tente d’élucider les circonstances du drame et, chemin faisant, nous révèle celles de son enfermement. 
Avant, l’existence était simple et belle, scandée par la phrase gravée sur une poutre du bistrot de sa grand-mère adorée : « Tu es d’une espèce qui aime la lumière et déteste la nuit et les ténèbres. » Rose a grandi dans un village haut perché des montagnes valaisannes. C’est là, alors qu’ils étaient encore des enfants, qu’elle a rencontré Camil, devenu bien plus tard son mari et son indéfectible soutien. Leurs lectures, leurs promenades dans une nature âpre et complice, leurs retrouvailles bien plus tard à Lausanne, la naissance de leur fille, leurs métiers qu’ils aiment : Rose, évoquant ce quotidien heureux, s’efforce d’y traquer les failles. Elle cherche désespérément à comprendre quels excès l’ont conduite à sa situation de recluse.
Un jour pourtant, quand elle perçoit une présence inconnue derrière sa porte close et croit entendre la phrase d’un livre de Marguerite Duras lu naguère, nous, lecteurs, avons l’intuition que la lumière pourrait gagner.

La longe est un court roman, mais ô combien puissant. C'est en apnée que je l'ai lu. D'aucuns n'y verront que de la violence. C'est indéniable, il y en a. Pour ma part, je ne veux y voir qu'une magnifique preuve d'amour. Quand les mots, la présence de l'autre et les méthodes traditionnelles ne fonctionnent pas, quand trois ans après le drame, cette femme est incapable de se défaire de sa douleur et de tout ce malheur dans lequel elle s'est engluée, que reste t-il, si ce n'est peut-être une solution radicale et dérangeante ? Un séjour dans leur mayen montagnard. Un séjour, attachée. C'est une longe qui doit ramener Rose à la vie. Une longe et un enfermement dans le noir pour ultime remède. Et quand, le mari doit s'absenter une voix vient compléter ce protocole. La voix de la littérature. 

La longe est un roman sombre et douloureux qui s'adoucit progressivement pour in fine, laisser entrer la lumière. Sarah Jollien-Fardel explore avec brio la souffrance, décrit puissamment les effets dévastateurs de cet état, tout en faisant naître l'espoir malgré la violence. Et puis ce roman est une ode à la nature et à l'amour. Oui, il faut sacrément aimer une personne pour vouloir l'arracher à sa douleur et s'y tenir malgré tout. Un conseil, ne passez pas à côté de La longe.

Belle lecture !

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