vendredi 26 juillet 2019

Mon avis sur "Boys" de Pierre Théobald

Décidément, ils ont du talent ces garçons, surtout Pierre Théobald. Journaliste sportif, il a écrit deux livres sur le sport. Logique ! Cette année il a publié aux Éditions JC Lattès son premier livre de fiction, Boys. Un recueil de nouvelles découvert grâce aux 68 premières fois. Et bien pour une première fois, c'est pas mâle du tout...

Boys s'ouvre sur le refrain que les gens de ma génération ont fredonné dans les années 80, Boy's don't cry de The Cure. Et oui en ce temps là, les hommes ne pleuraient pas. Heureusement le regard sur les hommes a évolué. Ils sont sensibles les hommes d'aujourd'hui. Boys, ce sont des hommes de tous âges, saisis chacun à un instant de bascule. Un mari qui enquête sur la vie secrète de sa femme, un séducteur qui s’apprête à retrouver une fille dont il n’a que faire, un sportif sur le déclin… Des losers magnifiques, des romantiques déraisonnables. Des pères sans enfant, de grands enfants devenus pères. Et, au milieu de tous ces hommes, il y a Samuel, que l’on retrouve à différentes étapes de sa vie, et qui doit faire face au plus difficile des renoncements.

Boys c'est Antoine, Samuel, Steve, Cédric, Sacha, Gilles, Bastien, Greg, Théo, Fred, Marc, Abel, Alex, Léon, Nicolas et Karim. Ils sont jeunes, vieux, célibataires, mariés, séparés, amoureux, apeurés à l'idée de trébucher, pères ou en devenir, enfants, travailleurs, chômeurs, heureux, tristes, losers, malades mais tous ont en commun d'être terriblement touchants. Chacun d'eux évoque un fragment de vie sans fard, ni faux-semblants, fait d'instants de bonheur ou de souffrance, de doute ou de certitude. Ils se livrent ces hommes avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. Ils sont tantôt doux, tantôt durs, mais toujours profondément humains. 

Pierre Théobald aborde avec délicatesse et subtilité le thème trop souvent occulté en littérature, la masculinité. Il l'aborde avec une infinie tendresse. Boys c'est une plongée dans le cœur et la tête des hommes. À travers différents portraits, différentes histoires qui se croisent, s'entrecroisent, se complètent, l'auteur évoque leurs désirs profonds, leurs craintes, leurs succès, leurs déceptions. En quelques pages, il fend la carapace de ces hommes, les met à nu. Il les rend beaux, touchants, terriblement touchants. Loin des clichés, ces hommes oscillent entre virilité et romantisme, force et faiblesse. 

De surcroît, la plume ciselée, juste et précise de Pierre Théobald rend cette radiographie des hommes infiniment émouvante. Parce qu'il n'y a pas d'hommes sans femmes, l'auteur dédicace son livre aux femmes. "Pour elles" écrit-il. C'est un joli cadeau qu'il nous fait, ils sont beaux ces hommes avec leur faille, leur sensibilité. En refermant Boys, on n'a qu'une envie, étreindre ces Messieurs et leur déclarer "Hommes, je vous aime !".

Boys est un recueil à lire, Boys ce sont des hommes à aimer et Pierre Théobald, un auteur à suivre.

Belle lecture !

mercredi 24 juillet 2019

Mon avis sur "Les déracinés" de Catherine Bardon

Il y a des premières fois particulièrement réussies, Les déracinés est de cette trempe là, vraiment ! Voici un premier roman à découvrir. Tout d'abord, il compte pas loin de huit cents pages (respect !) et surtout c'est une fresque qui vous embarquera de l'Autriche à la République dominicaine, en passant par la Suisse, les Etats-Unis, puis Israël. Ce premier roman est palpitant. Faut dire que son auteure, Catherine Bardon est une amoureuse de la République dominicaine. Elle y a vécu, a écrit des guides de voyage et un livre de photographies sur ce pays. Autrement dit, elle avait le décor, il ne lui manquait qu'une histoire à nous raconter...

Autriche, 1931. Lors d'une soirée où se réunissent artistes et intellectuels viennois, Wilhelm, jeune journaliste de 25 ans, a le coup de foudre pour Almah. Mais très vite la montée de l'antisémitisme vient assombrir leur histoire d'amour. Malgré un quotidien de plus en plus menaçant, le jeune couple attend 1939 pour se résoudre à l'exil. Un nouvel espoir avant la désillusion : ils seront arrêtés en Suisse. Consignés dans un camp de réfugiés, ils n'ont qu'un seul choix : faire partie des cent mille Juifs attendus en République dominicaine après l'accord passé par le dictateur local Trujillo avec les autorités américaines. Loin des richesses de l'Autriche, la jungle sauvage et brûlante devient le décor de leur nouvelle vie. Là, tout est à construire et les colons retroussent leurs manches. L'opportunité de se réinventer ? 

Les déracinés débute dans une Vienne moderne en pleine effervescence artistique et intellectuelle. Parmi les deux cent mille Juifs qui y vivent, un jeune journaliste va rencontrer une jeune femme étudiante en dentisterie. Tous deux apprécient l'art, la littérature. D'esprit frivole, ces amoureux transits croquent la vie à pleines dents jusqu'à ce que l’antisémitisme s'invite et que Vienne soit annexée. L'exil s'impose. S'ensuit un périple fait d'épreuves, d'abandons, de désillusions jusqu'à la découverte d'une terre nouvelle. Aride, brûlée par le soleil, il faudra à tous ces déracinés déployer efforts et travail acharné pour la dompter. Grâce à leur instinct de survie, la République dominicaine deviendra la terre d'accueil d’Almah, de Wilhelm et des leurs.  

Inspiré de faits réels, Catherine Bardon a choisi de mettre en lumière un pan de l'histoire de la Seconde guerre mondiale méconnu. Formidablement documenté et particulièrement romanesque, Les déracinés est une vaste fresque qui s'étire sur trois décennies. Ce roman mêle petite et grande histoire, saga familiale et historique. La plume de Catherine Bardon est fluide, son style narratif tantôt classique, tantôt journalistique donne un certain dynamisme à la lecture de cette épopée. 

Les déracinés est un premier roman indéniablement réussi. Puissant et émouvant, je ne peux que vous en recommander sa lecture. Il vous transportera. Pour ma part, je remercie vivement la plateforme NetGalley et les Éditions Les Escales pour cette belle découverte et surtout de me permettre de lire la suite. Et oui, figurez-vous que Catherine Bardon a écrit une suite. Après Les déracinés, place à L'Américaine. Allez zou, je file, j'ai lecture !

Belle lecture !

jeudi 18 juillet 2019

Mon avis sur "Une folie passagère" de Nicolas Robin

En cette période estivale à l'heure où d'aucuns s'apprêtent à explorer des contrées lointaines, Nicolas Robin nous convie à bord du vol à destination du nuage numéro huit. Ce vol fera escale à Vancouver et tout le voyage durant, Bérengère veillera sur vous. Allez, au diable votre empreinte carbone, saisissez Une folie passagère et embarquez !

Bérengère s’évertue à être une parfaite hôtesse de l’air. Elle a quarante ans, vingt ans de métier, douze mille heures de vols au compteur, une robe turquoise sans faux plis et un impeccable chignon banane. Elle fait du ciel le plus bel endroit de la terre car, ici-bas, on l’abandonne : ni mari ni enfants, quelques amants de passage sans considération pour elle. Alors, elle cache ses blessures sous son uniforme et rien ne semble pouvoir altérer son désir de maîtrise et de perfection. Jusqu’au jour où une série de contretemps vient dérégler cette mécanique bien huilée. Elle embarque alors pour une destination imprévue, sur un vol riche en surprises, qui ne sera pas de tout repos, et, poussée à bout, en vient à commettre l'irréparable. Et si c'était dans la perte de contrôle que l'on trouvait le bonheur ?

Nicolas Robin qui, rappelons-le est steward, relate dans son troisième roman les aléas d'une vie de navigant avec une plume alerte et pleine de fantaisie. Dans le ton des comédies loufoques qui mêlent humour, émotion et férocité, Une folie passagère brosse un portrait de femme de notre temps, une femme de caractère prise dans l'étau d'un métier de service, en butte au jeunisme et au sexisme et qui n'aspire qu'à envoyer promener les conventions sociales pour trouver sa liberté. 

Une folie passagère est une comédie burlesque dans l'esprit des années 1970. Ce roman est léger et frais comme une brise d'été agrémenté de quelques pointes de sarcasme, pour notre plus grand bonheur. Quant à la plume de Nicolas, elle est toujours aussi fluide, vive, toute en émotion. Ses personnages sont profondément humains, attachants, vrais. J'ai particulièrement été touchée du lien qui unissait Bérengère à sa mamie Orly. Elle m'a fait penser à Poupette, la grand-mère qu'incarnait Denise Grey dans La Boum !

Aucun doute, Une folie passagère est un feel good book, à la fois léger, virevoltant et aérien. C'est un incontournable de l'été !

Belle lecture !


Nicolas Robin lors du Rock'n Books du 9 mars-19

lundi 15 juillet 2019

Mon avis sur "Les petits garçons" de Théodore Bourdeau

Si vous êtes adepte de l'émission Quotidien diffusée sur TMC son nom ne vous sera certainement pas inconnu. Théodore Bourdeau en est le producteur éditorial. Les petits garçons est son premier roman publié aux Éditions Stock. Je l'ai découvert dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois. Écrire, a priori Théodore Bourdeau il sait puisqu'il est journaliste. Mais écrire un roman est une toute autre histoire, surtout lorsque comme lui, on pense que la littérature est quelque chose de sacré.

Les petits garçons, c’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le cœur entaillé. C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs. C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent. C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence. C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour. Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons. Le narrateur l'affirme, il est né heureux, et après tout s'est compliqué.

Les petits garçons raconte l'enfance, l'adolescence puis l'entrée dans la vie d'adulte de deux amis, le narrateur et Grégoire. Deux parcours de vie qui se croisent, s'éloignent et se recroisent.  Deux garçons radicalement opposés, deux parcours faits de choix différents, deux évolutions aux antipodes. Et pourtant, leur amitié résiste aux épreuves, au temps. L'un est sensible et fragile, ne fait jamais les bons choix, l'autre est brillant à l'avenir prometteur, il réussit tout, réussit vite. Si l'un fascine l'autre, assurément les deux sont liés par une amitié sincère et profonde.

Les petits garçons est un roman d'apprentissage empreint de romantisme et de nostalgie. Sans jamais dater ni vraiment situer l'histoire, Théodore Bourdeau nous embarque de la douceur de l'enfance à la violence de notre société sur fond de crise, de confusion des sentiments, doublé de l'angoisse des attentats. Au final, Les petits garçons est une jolie histoire d'amitié. Bien que l'écriture soit fluide et somme toute agréable, il m'a tout de même manqué l'essentiel, l'émotion. A l'instar de Théodore Bourdeau qui donne l'impression d'avoir écrit ce roman avec un pas de côté, je l'ai lu de côté. J'aurais tellement aimé pouvoir sauter à pieds joints dans cette histoire et être éclaboussée de cette amitié, un peu comme quand enfant on saute dans une flaque d'eau. L'auteur a préféré que nous contournions cette flaque, dommage !

Belle lecture !

dimanche 14 juillet 2019

Rock'n Books, Save The Date !

Parce que lire c'est Rock !
Parce que vous avez aimé la première édition, puis la deuxième, dans huit mois jour pour jour, vous allez adorer la troisième !
En effet, The Fab's Blog a l'immense plaisir de vous annoncer que la troisième édition du Rock’n Books se tiendra le Samedi 14 mars 2020 !
Oui je sais cela peut vous sembler encore loin, mais sachez que j'y travaille déjà. Si quelques auteurs (et pas des moindres) ont d'ores et déjà confirmé leur présence, sachez que cet été je vais en sélectionner d'autres parmi ceux qui feront la rentrée littéraire 2019.


Le concept ?
Un café littéraire où l'on parlera littérature, où l'on échangera autour des livres et de l'émotion que les mots, les histoires procurent et où les dédicaces pleuvront...
Mais pas que...
Et justement, c'est ça qui est Rock !
Après l'échange, Let's Dance !
Le café littéraire sera suivi d'un concert Rock.

Et côté Rock, ce sera The Harvest Blues Band qui nous fera vibrer sur les riffs Rock and Soul... 

Alors, si vous aimez lire, si vous aimez le Rock, un conseil, retenez la date parce que si les deux précédentes éditions étaient bien, là je vous promets, que ce sera encore mieux !
D'ici là, je vous souhaite un bel été et surtout de très belles lectures !

dimanche 7 juillet 2019

Mon avis sur "Le jour de ma mort" de Jacques Expert

Jacques Expert a été grand reporter. Spécialiste des faits divers durant des années pour France Inter et France Info, il a couvert l'affaire Grégory et a eut l'occasion de rencontrer des tueurs en série tels que Michel Fourniret dont il dit être impressionné par la personnalité. Au-delà des crimes, c'est la psychologie des criminels qui l'intéresse. Et justement c'est de cela dont il est question dans son dernier thriller, Le jour de ma mort.

Charlotte est une jolie jeune femme sans histoire. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle s’apprête à se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, cette nuit d’un dimanche d’octobre, elle se réveille en sueur, tremblante de peur, à l’affut du moindre bruit. Elle est seule chez elle, il est minuit passé. On est le 28 octobre. Le jour de sa mort. 
Trois ans plus tôt à Marrakech, Charlotte et trois copines sont allées consulter un voyant. Toutes les prédictions faites à ses amies se sont avérées exactes. Qu'en sera-t-il de Charlotte à qui il avait annoncé une mort violente le 28 octobre ?

Et vous que feriez-vous s'il ne vous restait que vingt-quatre à vivre ? À l'instar de Charlotte, resteriez-vous cloîtré chez vous à traquer le moindre bruit, le moindre indice pour déjouer les prédictions d'alors ? 
Vous l'aurez compris, Le jour de ma mort est un huis clos. C'est enfermée avec son chat dans son appartement de Boulogne-Billancourt que Charlotte va tenter de passer ce 28 octobre. Le temps s'écoule lentement. Au fur et à mesure que les heures s'égrènent, tout devient suspect, sujet à angoisse. L’héroïne cède à une véritable paranoïa. L'irrationnel la gouverne et la pousse à commettre des erreurs. Saura-t-elle résister à la pression ?

Pour faire monter le suspens et rendre la lecture suffocante, Jacques Expert alterne les récits. Celui de Charlotte, puis celui du tueur en série. Les chapitres sont volontairement courts. L'ambiance est pesante. La perte de contrôle et la naïveté de l’héroïne agacent. Le tout n'est pas sans rappeler les films d'Hitchcock. Véritable thriller psychologique, tout l'enjeu du roman Le jour de ma mort réside dans ce suspens qui monte crescendo. On irait même jusqu'à y entendre cette musique qui rend le tout insoutenable. L'écriture de Jacques Expert est simple mais énergique. La fin est plutôt surprenante. Pour autant et bien que la lecture de Le jour de ma mort reste agréable, le meilleur de Jacques Expert n'est certainement pas entre ces pages. 

Un grand merci à Babelio et aux éditions Sonatine pour ce thriller et belle lecture !

vendredi 5 juillet 2019

Mon avis sur "Une évidence" d'Agnès Martin-Lugand

Agnès Martin-Lugand est de celles qui savent raconter des histoires, de celles qui dès les premières pages embarquent le lecteur. Depuis son très touchant Les gens heureux lisent et boivent du café, elle est portée par le public. Comment expliquer un tel succès ? Et d’ailleurs est-il vraiment nécessaire de l'expliquer ? Il est là, tout simplement. Une évidence est le septième roman d'Agnès Martin-Lugand, un septième succès à n'en pas douter.

Reine vit à Rouen. Elle partage son temps entre son fils de dix-sept ans, Noé, et son métier qui la passionne dans une agence de communication. Reine mène une vie somme toute ordinaire jusqu'au jour où son patron et ami, Paul, lui demande de s'occuper d'un nouveau client au fort potentiel. Reine ne se doute pas qu'en se rendant à Saint-Malo, son passé va la rattraper et faire vaciller son bonheur bâti sur un mensonge.

Une fois de plus, Agnès Martin-Lugand parvient à capter toute notre attention dès les premières lignes. Rien de surprenant, elle nous parle de nous. De nos envies, de nos craintes, de cette difficulté à concilier nos vies multiples. Reine est une femme comme tant d'autres. Fragile et forte à la fois. Elle élève seule son fiston. Sa progéniture et son travail sont ses seules sources d'épanouissement jusqu'à ce que son équilibre bascule. Évidemment il est aussi question des rapports homme / femme, de cette difficulté que les uns et les autres ont à se laisser aller, à s'aimer. Et puis au gré des pages, la vraie héroïne de Une évidence nous est révélée. Elle se cache derrière des remparts. Dressée face à la Manche, coincée par la rive droite de l'estuaire de la Rance. Elle est belle, mystérieuse. Elle abrite Pacôme et Nicolas, Ces messieurs de Saint-Malo.

Si Agnès Martin-Lugand vit aujourd'hui à Rouen, elle a passé son enfance à Saint-Malo. Une évidence est l'occasion de rendre un bel hommage à cette jolie ville portuaire chargée d'histoire et par là-même de rabibocher Bretagne et Normandie. Il ne restera plus qu'à réconcilier Reine avec son passé, celui-là même qui l'a poussée à bâtir sa vie sur un mensonge. C'est comme à l'accoutumée en jouant sur la fibre des émotions qu'Agnès Martin-Lugand nous amène à répondre à cette interrogation : Faut-il se délivrer de son passé pour écrire l’avenir ?

Une évidence est un subtil portrait de femme, de mère, profond et inspirant, une femme qui affronte les épreuves de la vie comme la Cité des corsaires brave le vent des marées et les embruns. Le septième roman d'Agnès Martin-Lugand est à lire et Saint-Malo à (re)découvrir. 

Belle lecture !