vendredi 8 février 2019

Mon avis sur "Trancher" d'Amélie Cordonnier

Amélie Cordonnier est journaliste. Trancher est son premier roman. Il est paru aux Éditions Flammarion. Il traite d'un sujet grave, malheureusement toujours d'actualité, celui de la violence faite aux femmes dans l'intimité du couple.

Elle a toujours fait des listes. Petite, elle notait le nom de ses poupées, des copains à inviter, des poneys qu'elle voulait monter, les mots inconnus à chercher dans le dictionnaire et tous les cadeaux d'anniversaire dont rêvait Anna. Elle griffonnait aussi le titre des Bibliothèque Verte à commander, puis la liste des romans à lire en priorité, celle des garçons qui lui souriaient à la sortie du lycée, ceux rencontrés le samedi en boîte de nuit. Quand les enfants sont nés, d'autres listes se sont ajoutées. Celles des corvées et des réjouissances à venir. Les horaires des biberons, ceux de la danse, des spectacles et expos à ne pas manquer : toutes ces listes-là, elle les a faites. Souvent avec plaisir, parfois en grognant, mais toujours de son plein gré. Des listes d'insultes, en revanche, ça jamais elle n'en avait fait. Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté : il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire.

Trancher explore les effets dévastateurs de la violence verbale, celle qui ne laisse de trace qu'à l'intérieur. Avec une grande subtilité, Amélie Cordonnier déroule la mécanique de ce qui conduit à l'extrême, à la destruction d'un couple, d'une famille. Elle amorce ces bombes que sont les mots d'un homme pour sa femme. Des mots qui claquent, détonnent, explosent. Des mots qui lacèrent de l'intérieur. Ces mots qui sont perçus comme autant de maux. Des mots qui pousseront la narratrice à devoir Trancher, partir ou rester.

Trancher est un roman puissant. Toute sa force tient dans sa construction. De sa plume alerte et imagée, Amélie Cordonnier a choisi de mettre en scène une femme, dont nous ne connaîtrons pas le prénom, qui parle d'elle à la deuxième personne du singulier. Cette forme narrative place le lecteur au cœur de cette cellule familiale dans ce qu'elle a de plus intime, de sorte que l'on reçoit cette violence psychologique en pleine figure, tel un uppercut. On suffoque, on a le souffle court. Au-delà des insultes, Amélie Cordonnier met en exergue l'ambivalence des sentiments, la difficulté à quitter celui que l'on aime, la difficulté à faire le deuil de son couple malgré le malheur subi et celui que l'on fait subir à ses enfants en ne choisissant pas. A l'instar de cette femme, on est déterminé à partir, à moins que l'on ne reste. Bref, il y a urgence à Trancher

Alors partira ou restera ? La seule chose dont je suis certaine, c'est que la fin est magnifique. Un conseil, lisez Trancher d'Amélie Cordonnier, un premier roman percutant.

Belle lecture !

mercredi 6 février 2019

Mon avis sur "Faire mouche" de Vincent Almendros

Faire mouche, le troisième roman de Vincent Almendros est paru aux Éditions de Minuit. Un format court (128 pages) mais percutant, qui fait mouche justement.

Invité au mariage de sa cousine, Laurent revient en Auvergne, à Saint-Fourneau, son village natal. Son amie Claire, qu’il fait appeler Constance, l'accompagne. Voici une paire d'années que Vincent n'était pas revenu. Il revoit les siens. Enfin ceux qui restent. Sa mère au gilet mité. Son oncle malade et ventripotent. Laurent scrute tout. Aucun détail ne lui échappe, pas même les mouches qui jonchent le plancher. Laurent semble à l’affût. Il semble anxieux. Est-ce le fait de retrouver sa famille qui le met mal à l'aise ? Ou bien celui de revivre son passé ? Mais soyons honnête, le problème n'est pas là.

Aucun doute, Vincent Almendros fait mouche avec son thriller campagnard suffoquant. Faire mouche est un roman d'atmosphère, d'ambiance. Il prend corps dans un de ces petits villages isolés, où les gens sont taiseux. A Saint-Fourneau, secrets et mensonges sont bien gardés. Les non-dits sont légende. Les silences assourdissants. Tout est oppressant. Et c'est en apnée que Faire mouche se lit.

L'écriture de Vincent Almentros est visuelle, condensée, ciselée. Aucun détail n'échappe au lecteur. Son style minimaliste est faussement simple. Taillé au cordeau, chaque mot est pesé, minutieusement choisi. Aucun n'est de trop. Tout le talent de l'auteur tient justement dans la force de son écriture. C'est puissant. Il réussit à appâter le lecteur dans un souffle de légèreté qui au fil des pages devient pesant, dérangeant. Vincent Almentros est diaboliquement ambigu. Seul bémol, la fin se devine très rapidement. Mais l'essentiel n'est pas là, tout est dans ces souvenirs que l'on ne partage pas.

Un conseil, lisez Faire mouche de Vincent Almentros.

Belle lecture !

jeudi 31 janvier 2019

Mon avis sur "Entre deux mondes" d'Olivier Norek

Avant son démantèlement, la jungle de Calais comptait entre huit et dix mille migrants provenant d'Afghanistan, du Darfour, de Syrie, d'Irak et d'Érythrée. Ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont eu la chance d'échouer au plein cœur de la Lande ont parcouru un long périple, ont connu la faim, la peur, l'innommable. Tous sont guidés par l'espoir d'une vie meilleure, plus humaine, loin des conflits et de l'horreur. Ils n'ont qu'un objectif, traverser la Manche pour se rendre vers cet Eldorado qu'est l'Angleterre. Mais parviendront-ils à concrétiser leur rêve ? 
Entre deux mondes, le dernier roman d'Olivier Norek nous offre une autre vision de ce no man's land, une vision de l'intérieur.

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation. Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger. 

Entre deux mondes est bien plus simple qu'un polar. Il est le témoignage d'une réalité cruelle qui se joue sous nos yeux, qui bouscule nos certitudes, qui souligne notre incapacité à enrayer ce drame humain.
Ancien humanitaire, lieutenant de police en disponibilité, petit-fils de migrant polonais, Olivier Norek s'est rendu dans la jungle de Calais. Durant trois semaines il a passé ses journées à observer ce  ce qu'il s'y passait. Le soir, c'est auprès de ses collègues de la BAC qu'il était. 

Lors de la rencontre organisée en décembre dernier par les Editions Pocket, Olivier Norek nous a expliqué sa démarche. Au-delà de sa volonté de s'emparer d'un sujet d'actualité pour écrire un nouveau roman, au-delà de l'intrigue policière, il a cherché à créer un véhicule empathique pour humaniser toutes ces personnes qui ne sont vues que comme des migrants. Pour atteindre son objectif, l'auteur s'est posé sur une colline. Il a observé cette jungle. Son organisation. Son économie parallèle. Sa violence. Ses trafics. Observateur observé, Olivier Norek a pu non seulement créer un lien avec ces exilés mais également avec tous les autochtones. Ainsi, sous couvert de son roman, il restitue tour à tour le point de vue de la police, des migrants, des bénévoles, des habitants. 

Entre deux mondes est un roman réaliste qui mêle intrigue policière et actualité. Il témoigne des conditions de vie épouvantables et inhumaines des exilés, mais également de l'impuissance des forces de l'ordre, de la violence à laquelle tous sont confrontés. Entre deux mondes reste certes un roman, mais il est tellement criant de vérité, de sensibilité, qu'il ne peut qu'interpeller. Il est actuellement en cours d'adaptation au cinéma par Gilles Paquet-Brenner. 

Bien que la jungle ait été démantelée, le problème des migrants n'a pas été pas résolu pour autant. Aujourd'hui ce sont près de six à huit cents personnes qui déambulent dans Calais, qui espèrent toujours rejoindre l'Angleterre. Alors, qu'aurions-nous fait à leur place ?


Belle lecture !

jeudi 10 janvier 2019

Mon avis sur "Rompre" de Yann Moix

Il semblerait que la cinquantaine soit une étape délicate dans la vie. En 2009, un publicitaire déclarait que si à cet âge-là on n'avait pas de Rolex, c'est qu'on avait raté sa vie. Cette semaine, Yann Moix affirmait à cinquante ans être incapable d'aimer les femmes de cinquante ans, au motif que c'était trop vieux. Autant vous le dire, entre Yann Moix et la gente féminine, c'est la rupture. Justement en la matière, il excelle. Pour preuve, il publie aux Éditions Grasset Rompre. Alors provocation gratuite ou promotion maladroite ?

Avec ce court roman, Yann Moix revient à son thème de prédilection, l’amour. Plus exactement ses difficultés à aimer, à commencer par lui. 
Rompre prend la forme d’un dialogue imaginaire où l'auteur bavarde, à la terrasse d’un café, avec un ami qui tente de le consoler à la suite de sa dernière déconvenue amoureuse… En réalité, Rompre est la retranscription, mot pour mot, d’un entretien qu’a eu l’écrivain avec un journaliste. Plutôt que de répondre aux questions, Yann Moix, s’est complètement laissé submerger par ses émotions. Il a mis des mots sur ces maux. Ils étaient tellement beaux, touchants que le journaliste a décidé de les coucher sur papier et de contacter Grasset, la maison d'édition de l'auteur. C'est ainsi que ce qui devait être qu'un entretien de plus, s'est transformé en véritable hymne à l'amour.

Dans Une simple lettre d'amour, déjà il l'affirmait. Ce que les femmes préfèrent chez Moix, c'est le quitter. Il faut dire que l'auteur fait tout pour et semble parfaitement parvenir à ses fins. La rupture dit-il est inscrite dans ses amours comme un infarctus dans le myocarde. Mais comment lui en vouloir quand laminé, dévasté par le chagrin, Yann Moix
 trempe sa plume dans les tréfonds du désespoir amoureux et qu'il dissèque son état psychologique d'après rupture ? 
Gouverné par l'affect, l'auteur est enfermé dans son histoire d'amour qui vient de se conclure. Il se met à nu. Évoque sa vision du couple, le processus de destruction lente. Le tout le renvoie à son enfance, aux douleurs et humiliations enfouies. Il convoque ses hématomes du passé.

Pour survivre, Yann Moix se plonge dans le travail. L'écriture. Que l'on apprécie ou pas l'homme dans ce qu'il donne à voir, il faut bien reconnaître que la douleur lui sied à merveille. Le chagrin magnifie un peu plus sa verve. Bien que court (128 pages), Rompre est un roman très dense. Aucun doute, c'est beau un amour qui s'achève vu par Yann Moix.

Belle lecture !

dimanche 6 janvier 2019

Mon avis sur "Ma reine" de Jean-Baptiste Andrea

En ce jour d’Épiphanie, je viens vous parler de reine. Ma reine. Le premier roman de Jean-Baptiste Andrea. Un véritable conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.

Vallée de l’Asse. Provence. Été 1965. Shell vit dans une station-service avec ses parents. Les voitures qui passent sont rares. Shell ne va plus à l’école. Il est différent. Parce qu'ils ont décidé de le placer dans un institut, un jour, il décide de partir. Pour aller à la guerre et prouver qu’il est un homme. Mais sur le plateau qui surplombe la vallée, nulle guerre ne sévit. Seuls se déploient le silence et les odeurs du maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai. Dans l'univers fulgurant de Viviane, Shell ne se sent plus différent. Alors par jeu, par amour, il lui obéit, sans s'apercevoir que son dévouement le conduit bien au-delà de ce qu'il avait imaginé.

Ma reine est une ode à la liberté, à l’imaginaire, à la différence. Jean-Baptiste Andrea est réalisateur et scénariste. L'écriture c'est son métier. Il écrit des scenarii. Oui mais voilà, parce qu'ils sont toujours retouchés, il s'est autorisé à écrire un premier roman. Un premier roman qui ne sera pas censuré, modifié. Deux décors lui tenaient à cœur. Les stations-service de notre enfance, celles qui, si elles existent encore, sont aujourd'hui abandonnées. Et la nature. Celle de la vallée de l'Asse. Belle et effrayante à la fois. Le décor planté, il ne manquait plus qu'à camper les personnages. Deux enfants. Deux âmes cabossées. Libres. Libérés de toutes contraintes. Sur le plateau de la vallée de l'Asse, Shell et sa reine Viviane se perdent dans leur monde. Rêve et réalité s’entremêlent sans cesse. Ces  jeunes héros nous offrent une jolie parenthèse remplie d'amour, d'insouciance, de tendresse et de poésie.

C'est bien plus qu'un roman que Jean-Baptiste Andrea nous propose avec Ma reine. C'est une véritable échappatoire. Une bulle de beauté qui nous propulse en enfance. L'écriture de Jean-Baptiste Andrea est instinctive. Le tout n'est que pudeur, subtilité, pureté et sensibilité. 

Ce petit bijou a été publié aux Éditions de l'Iconoclaste, il sera disponible dès le 7 Février prochain chez Folio, que je remercie vivement pour cette jolie découverte littéraire. Enfin, Ma reine a reçu le Prix du Premier Roman 2017 et la Prix Femina des Lycéens 2017. Un conseil, lisez-le !

Belle lecture !

jeudi 3 janvier 2019

Mon avis sur "La femme brouillon" d'Amandine Dhée

La femme brouillon est le cinquième roman d'Amandine Dhée. Elle a remporté avec ce court opus le prix Hors Concours en 2017. L'auteure a écrit ce livre pour frayer son propre chemin parmi les discours dominants sur la maternité, témoigner de ses propres contradictions, de son ambivalence dans le rapport à la norme, la tentation d’y céder. Elle déplore que face à ce moment de grande fragilité et de vulnérabilité, la société continue de vouloir produire des mères parfaites. Or la mère parfaite, dit-elle, fait partie des Grands Projets Inutiles à dénoncer absolument. 

Tout commence avec une histoire de spermatozoïdes, de gamètes et d'ovulation. Nous voici propulsé dans l'univers de la maternité. S'ensuit alors les inévitables questionnements. Comment annoncer cet heureux événement ? L'est-il seulement ? N'est-ce pas pure folie que de donner la vie ? Ne vaudrait-il mieux pas avorter ? Cette étape franchie, voici venu le temps des rendez-vous médicaux et administratifs qui n'en finissent plus. Puis, ce ventre tombe dans le domaine public. Les réunions familiales n'ont plus qu'un unique sujet : la maternité. Mais de quoi donc parlait-on avant ? Et quand l'enfant arrive, comment ne pas céder à la peur ? La peur de ne pas pouvoir assumer. La peur de voir sa vie ressembler à un album de Petit Ours Brun. La peur d'être aspirée par cet enfant, qu'il engloutisse sa mère. 

Vous l'aurez compris, c'est sur un ton totalement décalé, un poil cynique,  qu'Amandine Dhée évoque à la fois la joie de procréer et l'angoisse qui accompagne un tel bouleversement. C'est donc très éloignée des conventions, sans concession qu'elle aborde ce sujet. Elle tranche. Elle éradique la mère parfaite. Et nous, on applaudit. C'est bref, sec, drôlement touchant et tellement vrai. La femme brouillon fait un bien fou à toutes les mamans et celles en devenir. Ce livre déculpabilise. En plus, il n'est pas destiné qu'aux femmes, les hommes et pères peuvent, doivent, le lire ne serait-ce que pour participer à l'éradication de cette mère parfaite qui n'existe pas. Et si en effet, le meilleur moyen de l'éradiquer, c’était de glandouiller ?  

Un grand merci aux Éditions Folio. Grâce à vous je sais que je ne serai jamais parfaite... Alors, vive la glandouille et les mères imparfaites !

Belle lecture !

jeudi 27 décembre 2018

Mon avis sur "Toucher l'instant" de Lou Vernet

Il y a des chemins qui se croisent, des rencontres qui se font et qui  en un instant basculent dans une autre dimension. Cet instant je l'ai touché un certain 10 Février. C'était à l'occasion de la première édition du Rock'n Books. Sur les conseils de son précédent éditeur, Border Line, je l'ai invitée. Ce jour-là, j'ai rencontré Lou Vernet et ai découvert sa plume avec La toile aux alouettes. Ce jour-là, j'ai eu envie d'en savoir plus sur cette femme au regard étoilé, cette auteure autodidacte au mille et un métiers, cette globe-trotteuse qui dès qu'elle le peut part crapahuter à travers monde. Alors lorsque sa nouvelle maison d'Édition, La Liseuse, m'a proposé de lire Toucher l'instant, je n'ai pas hésité une seconde, j'ai sauté.

Si long est le chemin, si brève est la vie. Éphémère intervalle ponctué d’une seconde d’éternité, celle où tout bascule. La reconnaître, s’en saisir, croire qu’elle nous appartient, oser se l’approprier, s’en libérer, s’émanciper, c’est ce que racontent ces trois romans courts.
Toucher l'instant c'est trois destins, trois possibles. Entre incertitude et audace, peur et confiance, douceur et violence, les protagonistes ont l’illusion d’un choix. Agir, plutôt que subir. Avec pour origine et but, la même griffe, le même serment, le seul sentiment persistant, l’amour. Au terme d’une lente maturation, parviendront-ils à Toucher l’instant ?

Trois récits : En t'attendant. La femme-enfant. Ne m'oublie pas. Ces trois novellas ont pour dénominateur commun, l'Amour. Ce sentiment qui tantôt nous fait avancer, tantôt nous fait souffrir, mais toujours torture notre âme (Aimer, Marcher, Ecrire).

Avec En t'attendant, Lou Vernet explore le sentiment amoureux. Celui qui rend triste, celui qui est douloureux puisque l'être aimé n'est pas libre. L'amour impossible. L'un se perd à attendre cet autre qui ne viendra pas. Puis vient le moment où il décide d'apprendre à ne plus attendre. C'est long d'attendre, mais ça l'est encore plus de ne plus attendre. Après l'attente vient le moment où tout bascule, tout devient à nouveau possible parce que justement, il n'y a plus d'attente, juste l'abandon.

La femme-enfant se déroule dans un hôpital psychiatrique, un centre thérapeutique plus exactement. Ils sont quatre et forment une joyeuse équipe. Pas beaux, mais si attachants. Des moitiés de rien. C'est peu, mais déjà quelque chose. Ils ont ce point commun de n'avoir jamais été aimé. Ils ont chacun leur part d'ombre. Supportable jusqu'à ce que l'insupportable les pousse à faire un choix. Et quel choix ! 

Ne m'oublie pas traite de la difficulté d'aimer. D'un homme qui se cache derrière son appareil photo. Un créateur de souvenirs pour les autres. Les siens étaient morts. Un homme terrifié par la peur de perdre, jusqu'au jour où...

Avec Toucher l'instant ou la trilogie du choix, Lou Vernet évoque l'amour dans tous ses états. Elle amène avec beaucoup de subtilité ses personnages à faire des choix. Une phrase suffit pour que tout bascule. Qu'elle soit légère comme des pétales de roses, ou écrasante tel le poids de la souffrance, la plume de Lou Vernet est toujours percutante. Qu'ils s’envolent, qu'ils nous laissent sans voix, ses mots sont toujours subtilement choisis. Aucun doute, pour toucher cet instant, lisez Lou Vernet, vous en sortirez grandi.

Belle lecture !