mercredi 31 août 2016

Mon avis sur "Manta" de Yann Julien

Yann Julien se présente comme un auteur amateur qui n'a pas d'autre prétention littéraire que de faire passer un agréable moment au lecteur... C'est déjà beaucoup ! Ce qu'il ne dit pas c'est qu'il compte déjà quatre romans à son actif et est surtout sacrément courageux. Yann Julien n'est pas de ceux qui ont peur de soumettre leur travail aux lecteur(rice)s lambda. Je m'explique... 
Yann Julien fréquente sur Facebook le groupe des Mordus de thrillers, groupe que je fréquente également.  Il y a quelques jours, voici qu'il balance un message et qu'il propose à celles et ceux qui sont intéressés de lire son dernier roman. Yann Julien précisait qu'il n'attendait rien de nous, il voulait juste recueillir notre avis. Charmée par la démarche, ni une, ni deux, voici que je le contacte et lui demande de me faire parvenir son ebook. Quelques échanges de mails plus tard, me voici en possession de Manta.

Tout commence par un flash info. Une richissime veuve, Madeleine Douglas, vient de se faire cambrioler. Ayant formellement reconnu le malfaiteur, un portrait-robot a pu être dressé. C'est un des déménageurs qui est intervenu chez elle le jour même qui a commis le larcin. Enfin..., le butin s'élève à quatre millions d’euros. Blessé à la jambe, le suspect, Bruno, se retrouve à l’hôpital. Après son opération, il partage pour quelques heures seulement la chambre de Tim, un jeune geek qui n'est pas insensible aux charmes des infirmières... A peine ont-ils échangé quelques mots que Bruno n'est déjà plus de ce monde... Il semblerait qu'il ait été assassiné par un homme encapuchonné qui portait un blouson rouge sur lequel était cousu un blason représentant une raie manta... Les manta, un gang de petits voyous sans envergure. Se peut-il que cette organisation minable soit à l'origine du cambriolage ? De retour à son domicile, Tim va être malgré lui, mêlé à cette affaire. Bruno, est-il ce coupable que tout semble désigner ?

Manta est un roman d'action, qui, sans être d'une grande originalité, fait le job. Plus on avance dans sa lecture, plus le rythme s'accélère, les images défilent et l'envie de tourner les pages nous prend. Seul bémol, c'est que ce besoin n'intervient qu'à partir du moment où les personnages se retrouvent dans le centre de maintenance ferroviaire, soit à un peu plus des deux tiers du roman.  Avant, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire. Pourtant le début était prometteur. Ce qui m'a freiné, ce sont les dialogues. Ils sont, de mon point de vue, en décalage avec les personnages. J'aurai aimé un langage plus familier, plus cru,  moins littéraire. Les personnages s'expriment comme dans un livre (euh...).  De ce fait, ils n’embarquent pas le lecteur tout simplement parce qu'ils perdent en crédibilité.  Au début, j'ai eu l'impression de lire un scénario, très descriptif, moins dans l'action. Ce ressenti s'est fait oublier quand tout s'accélère, comme si d'un seul coup, les personnages se lâchaient... Hormis, le style qui m'a un peu perturbée dans la première partie, l'histoire bien que  classique, est crédible et la fin surprend le lecteur. De surcroît, Yann Julien a de l'humour et le dose plutôt bien. J'ai particulièrement apprécié le clin d’œil à Tintin lorsqu’un des personnages dit "Haut les mains" et qu'un autre ironise sur l'utilisation de cette expression quelque peu désuète.

Yann Julien a beau se définir comme un écrivain amateur, je parie qu'il ne le restera pas longtemps. Il maîtrise l'écriture, connaît toutes les recettes pour capter l'attention du lecteur, il ne lui manque pas grand chose pour que ses livres trônent sur les têtes de gondoles des librairies les plus fréquentées...

Pour conclure, je tiens à remercier Yann Julien pour sa démarche, sa gentillesse et j'espère que mes quelques mots l'encourageront  plus qu'ils ne le décourageront. 

Belle lecture !   

samedi 27 août 2016

Mon avis sur "La Fille du train" de Paula Hawkins

Parfois, à force de voir passer des wagons d'avis sur un roman de gare, on finit par céder et on se surprend à le lire... Étant une fille, de surcroît usagère du train, je n'ai pas résisté lorsque le fameux best-seller de Paula Hawkins, La fille du train, m'a sifflée.

La fille du train s'appelle Rachel. Elle habite en banlieue et pour se rendre sur son lieu de travail à Londres, elle prend le train. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu… 

La fille du train n'est pas ce genre de polar TGV, comprenez qui Trace à Grande Vitesse. Non, c'est un thriller psychologique qui nous propose de déambuler lentement mais surement dans les couloirs du voyeurisme ordinaire d'une femme dépressive, alcoolique et paranoïaque pour nous mener jusqu'au cœur d'une intrigue. C'est donc à travers le mal-être de Rachel, perdue dans ses vapeurs d’alcool, mais également à travers les récits d'Anna et de Megan que Paula Hawkins nous propose de résoudre cette disparition. La fille du train c'est avant tout l'histoire de trois femmes, trois narratrices aux prises avec leurs démons dont les destins s'entrecroisent. Qui sont-elles réellement ? Pourquoi Rachel est-elle rentrée chez elle couverte de sang le soir de la disparition de Megan ? Ivre ce soir-là, sa mémoire se dérobe pourtant elle sait que quelque chose d’effrayant s’est produit... Rachel s'accroche à ses souvenirs comme à ses bouteilles et emmène dans ses déboires le lecteur nauséeux, titubant à force d'être bousculé par ces femmes.

A l'arrivée, La fille du train ne m'a pas transportée, le personnage de Rachel est certes bien travaillé, à tel point que c'est le cœur au bord des lèvres que j'avançais dans ma lecture, mais je dois avouer ne pas comprendre l'entrain qu'a suscité ce premier roman. J'ai trop ramer pour parvenir à bout de sa lecture. Certes, il a tout de même raflé le Prix du Meilleur Roman International lors du Festival Polar de Cognac 2015 et Steven Spielberg en a acheté les droits, mais il n'y a pas de quoi, de mon point de vue, en faire des wagons. Espérons que le film programmé pour le 26 octobre prochain avec Emily Blunt dans le rôle de Rachel, saura me faire oublier mes déboires.

D'ici là bonne lecture et en cadeau bonus, la bande-annonce de La fille du train.


jeudi 18 août 2016

Mon avis sur "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaitre

Au revoir là-haut a remporté le prestigieux Prix Goncourt en 2013, rien de moins ! Ce qui est atypique, c'est que son auteur, Pierre Lemaitre, écrivain et scénariste vient du milieu du polar. Il en a écrit pas moins de cinq avant de se lancer dans cette œuvre historique dont le sujet est la Grande Guerre, plus précisément, l'après-guerre de ceux qui ont miraculeusement survécu aux horreurs des tranchées et qui tentent de réintégrer  une société civile qui ne sait comment réagir face au retour de ces soldats qui ont défendu leur Patrie.
 
Nous sommes en novembre 1918, à quelques jours de l'Armistice. Parce qu'il souhaite sortir glorieux de ce conflit et s'assurer quelques lauriers supplémentaires, le lieutenant Henry d'Aulnay-Pradelle décide de lancer une dernière offensive, celle de la cote 113. Pour motiver ses hommes, las de cette guerre qui n'a que trop duré, Pradelle n'hésitera pas à tuer deux d'entre eux d'une balle dans le dos et à imputer ce crime aux allemands. Témoin de cette mise en scène, Albert Maillard va être enterré vivant par Pradelle dans un cratère. Maillard se voit mourir, jusqu'à ce qu'il soit sauvé par un de ses camarades, Édouard Péricourt, juste avant qu'ils ne se fassent souffler par un obus. Les deux amis seront blessés mais vivants lorsque la fin de la guerre sera sifflée. Le retour à la vie civile s'annonce difficile. Édouard défiguré par le tir d'obus n'envisage pas de rentrer chez lui. Albert qui se sent redevable envers ce dernier décide de l'aider à changer d'identité en usurpant celle d'un poilu mort au combat. C'est donc ensemble que les rescapés tenteront de réintégrer tant bien que mal, la vie civile. Très vite, ils vont comprendre à leur dépends que leur pays ne peut rien pour eux. Désarmés, condamnés à l'exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l'amertume, les deux hommes, que le destin a réunis, imaginent alors une escroquerie d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu.
 
Avec Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre nous livre une fresque teintée de malice et de noirceur en mettant en scène deux rescapés qui se retrouvent dans une France plus soucieuse d'honorer ses morts que de s'occuper de ses survivants. Il dénonce l'abandon des vétérans rentrés au pays sans rien si ce n'est qu'avec une vieille vareuse militaire reteinte à la hâte, la gueule abîmée, les mains tremblantes et accros à la morphine pour atténuer leurs souffrances. Il dénonce les petits arrangements et autres magouilles entre les bourgeois et autres parvenus du Paris du début du vingtième siècle qui ne pensent qu'à exploiter le fameux devoir de mémoire en utilisant leur statut social et leurs soutiens politiques dans le seul but de s'enrichir et de profiter de tous les avantages que leur statut leur procure. Deux mondes que tout oppose et pourtant qui vont se rejoindre autour d'une arnaque.
 
Au revoir là-haut est un grand roman que son auteur qualifie à juste titre de populaire. Un roman non pas de piètre qualité littéraire, loin de là, mais un roman écrit pour le plus grand nombre. L'écriture de Pierre Lemaitre est simple, sans être simpliste, le style est rythmé, efficace, impeccable. A n'en pas douter, c'est un auteur qui sait conter. Il a le sens de l'humour et de la tragédie, il fait la part belle à l'action, au rebondissement, en n'oubliant jamais pour autant de soigner la psychologie et la restitution de l'époque. Ce roman est digne des grands auteurs à tel point que l'on a l'impression de lire du Balzac, du  Zola, du Dumas, du Hugo. Au revoir là-haut c'est un peu tous ces auteurs à la fois...

Alors si vous avez aimé La chambre des officiers de Marc Dugain, Les âmes grises de Philippe Claudel, vous devez absolument lire Au revoir là-haut avant d'aller le voir au cinéma puisque ce roman a été adapté par Albert Dupontel. Et si d'aventure il était besoin de vous réconcilier avec le Goncourt, je ne peux que vous inciter davantage. Pierre Lemaitre a bien fait de faire des infidélités au genre polar, il a réussi à faire rimer littérature populaire avec littérature tout court, pour notre plus grand plaisir. Et pour ma part, je m'en vais découvrir les polars de Pierre Lemaitre.

Belle lecture à tou(te)s !


vendredi 5 août 2016

Mon avis sur "La cour des grandes" d'Adèle Bréau

Rappelez-vous, il y a quelques semaines je découvrais Adèle Bréau et son second roman, Le jeu des garçons. Je voulais lire le premier opus, La cour des grandes, et bien voilà qui est fait. Et vous savez quoi ? C'est toujours aussi bon !

Elles sont quatre : Mathilde, Alice, Lucie,  Éva et leur vie est un roman. Quatre parisiennes qui se sont rencontrées dans la cour d'école et sont devenues des femmes. Elles ont la quarantaine ou s'en approchent, certaines sont mariées, d'autres séparées, elles sont maman, fondamentalement indépendantes et tentent de trouver un équilibre entre leur vie privée et professionnelle. Ces femmes modernes nous font partager leurs joies, leurs doutes, leurs déceptions, leurs envies, leurs folies. On partage leur quotidien au gré des saisons. Mathilde est une working mum qui régente sa vie et celle de sa famille à grand coup de to do list. Mariée à Max, sa vie amoureuse est sur le point de chavirer. Alice, délaissée par le père de sa fille en pleine crise de la quarantaine, a perdu toute confiance en elle. Heureusement, sa passion pour la cuisine et son job de seconde de brigade dans un restaurant étoilé lui permettront de reprendre le dessus. Lucie, maman de trois enfants est mariée à un riche entrepreneur. Bien lotie, une nounou à temps plein, elle dirige sa boutique de vêtements pour enfants à la mode tout en s'interrogeant sur le sens de la vie. Eva, journaliste, rédige des news people et est obsédée par sa maternité qui tarde à arriver malgré les traitements. Quatre amies, quatre parcours, quatre destins différents, mais toutes rattrapées par la crise de la quarantaine. L'heure du premier bilan a sonné. 

La cour des grandes est un roman résolument moderne qui évoque avec la situation des femmes qui ont choisi de ne pas choisir justement. S'épanouir tant personnellement que professionnellement, tel est le crédo de ces héroïnes. Certaines y parviennent avec plus ou moins de facilités, d'autres peinent à trouver leur place au sein de la société, au sein de leur famille. Elles doutent, s'interrogent, elles sont tiraillées entre leur volonté de tout concilier et la poursuite de leur bonheur. Tantôt agaçantes, tantôt craquantes, ces femmes sont toutes terriblement touchantes.

Bref La cour des grandes c'est notre vie à nous les nanas. Alors forcément on s’identifie aux personnages, aux situations, même si parfois on est un peu dans la caricature. De plus, le ton d'Adèle Bréau est résolument moderne. Elle a un côté Sex and the City ou Desperate Housewives qui est très sympathique. Son écriture est fluide, rythmée. La cour des grandes est un feel good book qui nous offre un bon moment détente et qui nous permet de respirer entre les sempiternelles questions, "Maman, qu'est-ce qu'on mange ce soir ?" "Chérie, tu sais où est le truc que j'ai même pas cherché, tu l'a mis où encore ?".

Enfin, la vraie originalité c'est d'avoir écrit la même histoire côté filles, puis côté garçons, sans pour autant avoir l'impression d'avoir lu deux fois le même livre. Une vraie performance, si bien que l'on peut les lire dans l'ordre que l'on veut. Et pour ma part, je vais vite me procurer le tome 3, Les devoirs de vacances. Ça tombe bien, j'y suis en vacances !

Alors pour ce très bon moment lecture en compagnie de toutes ces femmes, un grand merci aux Éditions Le Livre de Poche !

Belle lecture à tou(te)s !
 

dimanche 31 juillet 2016

Mon avis sur 'Nouvelles sous ecstasy" de Frédéric Beigbeder

Je ne vous ferai pas l'affront de vous présenter Frédéric Beigbeder, et puis, je ne saurai être objective. C'est somme toute assez simple, ce type on l'aime ou on le déteste. Et bien moi, je l'aime. J'adore le personnage qu'il s'est construit et j'aime par dessus tout sa plume, sa culture, sa vivacité d'esprit, ses provocations, son humour et j'en passe. Ce mec me plaît et ce n'est pas que pour sa belle gueule de dandy, il me plaît pour ses écrits. Rappelez-vous je l'avais déjà avoué ici. J'avais depuis quelques temps son Nouvelles sous ecstasy à mes côtés, cent deux pages politiquement incorrectes à lire non pas sous ecstasy, Frédéric Beigbeder en a pris suffisamment pour nous, mais avec beaucoup de recul.

Frédéric Beigbeder sympathique comme il est, avertit ses lecteur(rice)s sur les effets que provoqua dans les années quatre-vingts la découverte d'une nouvelle drogue, la MDMA, plus connue sous le nom d'ecstasy. Cette "pilule de l'amour" procurait d'étranges effets : bouffées de chaleur, envie de danser toute la nuit sur de la techno, besoin de caresser les gens, grincements de dents, déshydratation accélérée, angoisse existentielle, tentatives de suicide, demandes en mariage. C'était une drogue dure avec une montée et une descente, comme dans les montagnes russes ou les nouvelles de certains écrivains américains. Frédéric Beigbeder n'en consomme plus et déconseille au lecteur d'essayer : non seulement l'ecstasy est illégal, mais en plus il abîme le cerveau, comme le prouve ce recueil de textes écrits sous son influence. Et puis, avons-nous besoin d'une pilule pour raconter notre vie à des inconnus ? Alors qu'il y a la littérature pour ça ? 

Sans surprise dans Nouvelles sous ecstasy on retrouve les thèmes de prédilection de l'auteur : le sexe, l'alcool, l'ecstasy, la fête, la mort, la vie. C'est loufoque, trash, provoquant, ironique mais globalement drôle. Bref, c'est du Beigbeider et j'adore ça ! 
La première nouvelle compte six pages de questions absolument pas existentielles, aucune réponse, que des interrogations qui s'enchaînent à toute vitesse et nous tournent la tête. C'est loufoque à souhait et la chute encore plus. Ensuite s'enchaînent des nouvelles qui évoquent des rencontres et des situations improbables qui relèvent plus du fantasme que de la réalité, jusqu'au summum, la nouvelle la plus dégueulasse de ce recueil. C'est son titre et il est vrai qu'elle est carrément trash, mais comme il est vraiment prévenant ce Frédéric Beigbeder, il prévient ses lecteurs les plus romantiques que certains passages de ce texte sont susceptibles de heurter leur sensibilité. C'est le moins que l'on puisse dire. Jusqu'où peut-on aller pour prouver à l'autre son amour ? Je passe les différentes étapes drôles au début, socialement incorrectes, ensuite carrément insoutenables, pour finalement conclure que la belle preuve d'amour, c'est de ne plus jamais se revoir. A méditer...

Lire Nouvelles sous ecstasy c'est comme lire à la fois Le bûcher des vanités de Tom Wolfe et American psycho de Bret Easton Ellis. C'est cinglant, mordant, complètement déjanté et un peu dégueu, mais finalement, c'est bon. Et pas de méprise, il ne s'agit pas de faire l'apologie de l'ecstasy, ni de la drogue en général, bien au contraire.
L'ecstasy fait payer cher ses quelques minutes de joie chimique. Il donne accès à un monde meilleur, une société où tout le monde se teindrait la main, où l'on ne serait plus seul ; il fait rêver d'une ère nouvelle, débarrassée de la logique aristotélicienne, de la géométrie euclidienne, de la méthode cartésienne et de l'économie friedmanienne. Il vous laisse entrevoir tout ça, et puis, tout un coup, sans prévenir, vous claque la porte au nez. (p. 40)

Sur ce, belle lecture !

samedi 30 juillet 2016

Mon avis sur "Un parfum d'herbe coupée" de Nicolas Delesalle

Grand reporter à Télérama, Nicolas Delesalle a publié aux Éditions Préludes son premier roman Un parfum d’herbe coupée, dans lequel le narrateur, Kolia, se souvient de son enfance et de son adolescence. Une somme de petits souvenirs entre nostalgie et humour qui donne au tout, un parfum inoubliable.

Un parfum d'herbe coupée c'est autant d'instantanés de vie de l'enfance de Kolia, ces petits riens qui forment un tout. Ces petits riens que l'on a tous vécus et qui résonneront tout particulièrement aux quadras qui ne manqueront pas de se retrouver sur ces clichés un peu jaunis par le temps mais qui font un bien fou.
La grand-mère de Kolia vient de mourir de vieillesse, comme on dit, son grand-père est très affecté et Kolia ne doute pas que très vite son tout viendra. Alors entamant sa trentième longueur à la piscine entre les gros et les petits culs, Kolia voudrait que son arrière-petite-fille qu'il appelle Anna dont les atomes qui composeront son corps, son cerveau et ses yeux se cachent à la surface de la planète, dans les nuages, les océans, les forêts, dans les molécules d'un saint-nectaire en train d'être affiné en Auvergne, dans l'écaille d'un saumon qui vient de sauter au-dessus d'une petite cascade en Alaska... se souvienne des fragments  d'enfance ordinaire qui ont transformé un jeune garçon ordinaire de banlieue parisienne en un homme ordinaire du XXIème siècle. 

Et c'est parti ! Envoyez les violons, laissez les mouchoirs dans leur boîte,  mais entraînez vos zygomatiques, vous allez vous surprendre à rire de situations que l'on a tous vécues.  
Un parfum d'herbe coupée nous embarque à bord d'une Renault 25 GTS bleu perroquet, avec le chat, le chien, les trois enfants, le père qui fume au volant et la prévention routière qui ne savait pas encore qu'il était vital d'attacher ses ceintures de sécurité ; à la découverte des premiers émois en regardant en crypté le premier samedi du mois le film X sur Canal Plus ; en passant par la découverte des mots et de l'écriture grâce à Boris Vian, puis de la littérature en général, à celle du clip de Thriller en regardant Champs-Élysées sur Antenne 2 ; en partant vivre les aventures de Bob Morane via le walkman Sony que votre mère menaçait de vous confisquer si vous ne débarrassiez pas le lave-vaisselle ;  en passant par la découverte des filles, le tout accompagné du chien de la famille, Raspoutine.  
 
Un parfum d'herbe coupée est rempli de ces petits détails de l’existence qui braquent les projecteurs sur les âges de la vie. Ce roman c'est un peu comme quand on évoque avec nos frères et sœurs nos souvenirs d'enfance avec légèreté et que l'on rit de situations vécues. Un livre universel en somme. Très bien écrit mêlant émotion et humour, ce livre se déguste, se savoure telle une madeleine de Proust. Outre le fait que j'ai l'impression que Nicolas Delesalle a écrit mes souvenirs d'enfance, Un parfum d'herbe coupée m'a évoqué à la fois La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm et Une vie française de Jean-Paul Dubois. Un livre délicieux à découvrir !

Il me reste à remercier les Éditions Le Livre de Poche de m'avoir permis de revivre ces petits riens qui font un tout, qui m'ont fait me souvenir et surtout rire. Merci à vous !

Belle lecture !


lundi 25 juillet 2016

Mon avis sur "Grossir le ciel" de Franck Bouysse

Franck Bouysse partage sa vie entre Limoges où il est enseigne la biologie et sa Corrèze natale. C'est un passionné de romans noirs, de thrillers. Il est de ces auteurs pour qui l'intrigue ne sert que de prétexte, il préfère la mettre au service de ses personnages, afin d'étudier leur psychologie. Grossir le ciel, son septième livre, à la jolie couverture évocatrice, n'échappe pas à la règle.

Direction Les Doges. Un lieu-dit au fin fond des Cévennes où habite Gus, un paysan entre deux âges, solitaire et taiseux. Ses journées s'organisent au rythme des conditions météorologiques et sont ponctuées de rudes travaux, les champs, les vaches, le bois, les réparations. Gus n'a qu'un seul compagnon, un seul réconfort, son chien, Mars. Son quotidien c'est également celui d'Abel, son voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Nous sommes en janvier 2007. Le jour où l'abbé Pierre disparaît, tout bascule : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent, Gus voit débarquer un banquier, un évangéliste suceur de bible et d'autres.

Grossir le ciel traite de l'essentiel. De la condition humaine, de celle des paysans, de leur solitude plantée au milieu des Cévennes. Leurs fermes regorgent d'odeurs de café bouilli, de gros rouge, de bois qui brûle dans les poêles pour réchauffer ces cœurs de pierre qui ne demandent qu'à se fendre. L'environnement est somptueux et terriblement austère. Le décor et l'ambiance étant plantés, il ne restait plus qu'à bousculer le quotidien de ces deux hommes, modifier leurs repères, pour que peu à peu la tension monte, jusqu'au moment où il faudra Grossir le ciel.  

Franck Bouysse est ce genre d'auteur qui sait très bien restituer l'ambiance de ces espaces isolés, livrés au bruit du silence ouateux d’un hiver rude et neigeux. Au fur et à mesure que l'on tourne les pages, le froid nous pique, le café brûlé réchauffe nos doigts gelés, réveille nos sens. On visualise les carreaux embués ruisselants d'eau, la table en bois qui trône au milieu de la cuisine, l'unique pièce à vivre où l'on se réchauffe, se restaure, où le temps s'étire au gré des saisons. On y retrouve instantanément l'ambiance de La ferme des Neshov d'Anne B. Ragde. Le silence pesant, les non-dits et les rancœurs accumulés, la solitude de ces hommes blessés par la vie. 
Le style de Franck Bouysse est élégant, il sait choisir ses mots, ses maux, les mettre au service de ces hommes, pour fendre peu à peu leur carapace et nous les dévoiler sensibles. Grossir le ciel est un subtil équilibre entre le fond et la forme d'une force rare. Ce roman a reçu le prix polar Michel Lebrun, le prix Calibre 47 et celui des lecteurs au festival du polar de Velleneuve-Lez-Avignon. Des prix comme s'il en pleuvait, largement mérités.

Encore merci aux Editions Le Livre de Poche de m'avoir permis de découvrir cet auteur qui est à suivre de près.

Belle lecture !