lundi 25 juillet 2016

Mon avis sur "Grossir le ciel" de Franck Bouysse

Franck Bouysse partage sa vie entre Limoges où il est enseigne la biologie et sa Corrèze natale. C'est un passionné de romans noirs, de thrillers. Il est de ces auteurs pour qui l'intrigue ne sert que de prétexte, il préfère la mettre au service de ses personnages, afin d'étudier leur psychologie. Grossir le ciel, son septième livre, à la jolie couverture évocatrice, n'échappe pas à la règle.

Direction Les Doges. Un lieu-dit au fin fond des Cévennes où habite Gus, un paysan entre deux âges, solitaire et taiseux. Ses journées s'organisent au rythme des conditions météorologiques et sont ponctuées de rudes travaux, les champs, les vaches, le bois, les réparations. Gus n'a qu'un seul compagnon, un seul réconfort, son chien, Mars. Son quotidien c'est également celui d'Abel, son voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Nous sommes en janvier 2007. Le jour où l'abbé Pierre disparaît, tout bascule : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent, Gus voit débarquer un banquier, un évangéliste suceur de bible et d'autres.

Grossir le ciel traite de l'essentiel. De la condition humaine, de celle des paysans, de leur solitude plantée au milieu des Cévennes. Leurs fermes regorgent d'odeurs de café bouilli, de gros rouge, de bois qui brûle dans les poêles pour réchauffer ces cœurs de pierre qui ne demandent qu'à se fendre. L'environnement est somptueux et terriblement austère. Le décor et l'ambiance étant plantés, il ne restait plus qu'à bousculer le quotidien de ces deux hommes, modifier leurs repères, pour que peu à peu la tension monte, jusqu'au moment où il faudra Grossir le ciel.  

Franck Bouysse est ce genre d'auteur qui sait très bien restituer l'ambiance de ces espaces isolés, livrés au bruit du silence ouateux d’un hiver rude et neigeux. Au fur et à mesure que l'on tourne les pages, le froid nous pique, le café brûlé réchauffe nos doigts gelés, réveille nos sens. On visualise les carreaux embués ruisselants d'eau, la table en bois qui trône au milieu de la cuisine, l'unique pièce à vivre où l'on se réchauffe, se restaure, où le temps s'étire au gré des saisons. On y retrouve instantanément l'ambiance de La ferme des Neshov d'Anne B. Ragde. Le silence pesant, les non-dits et les rancœurs accumulés, la solitude de ces hommes blessés par la vie. 
Le style de Franck Bouysse est élégant, il sait choisir ses mots, ses maux, les mettre au service de ces hommes, pour fendre peu à peu leur carapace et nous les dévoiler sensibles. Grossir le ciel est un subtil équilibre entre le fond et la forme d'une force rare. Ce roman a reçu le prix polar Michel Lebrun, le prix Calibre 47 et celui des lecteurs au festival du polar de Velleneuve-Lez-Avignon. Des prix comme s'il en pleuvait, largement mérités.

Encore merci aux Editions Le Livre de Poche de m'avoir permis de découvrir cet auteur qui est à suivre de près.

Belle lecture !