mercredi 6 septembre 2017

Mon avis sur "Le petit garçon sur la plage" de Pierre Demarty

Lorsque l'on a la chance d'être explolectrice pour Lecteurs.com le temps d'un été, je peux vous dire qu'on en lit des romans sur la plage... Et justement aujourd'hui, c'est sur une plage que tout commence...
Comment oublier cette photo ? Elle a fait le tour du monde, nous a tous bouleversés le trois septembre deux mille quinze. Elle représente un petit garçon mort sur une plage. Qui a oublié Aylan ? Comment ne pas être remué à la vue d'un jeune enfant abandonné sur la plage qui hurle de tout son soûl ?
 
Le petit garçon sur la plage s'ouvre avec cette image extraordinairement puissante, ancrée à jamais dans notre mémoire collective. Un petit garçon a échoué sur la plage. Il porte un T-shirt rouge, légèrement remonté sur le ventre, un short ou un pantalon remonté aussi aux genoux, des baskets bleues. Ce petit garçon échoué sur la plage, Aylan, laisse vite place à un autre petit garçon d'un an à peine qui pleure, hurle sur la plage. Il est seul.  On rembobine les images d'un film, autre référence du livre. La scène surréaliste se déroule sous nos yeux. D'abord un chien. Il s'approche trop du bord de la falaise, attiré, il tombe à l'eau. Il est englouti par la mer. Son corps ne réapparaît pas. Le père inquiet de ne plus le voir se penche à son tour. Il tombe et disparaît. Vient le tour de la mère. Même scène, même sort. Le chien, le père puis la mère tombent à l'eau, qui reste-t-il ? Un petit garçon sur la plage. Il est seul.

Ces deux images de petits garçons vont bouleverser un homme. Deux enfants seuls. L'un est mort, il a échoué sur la plage, l'autre est en vie, mais abandonné. Un fait divers envahit les écrans du monde entier, y compris celui de ce père de famille. Cette image réelle va faire resurgir l'image fictive, la fameuse scène du film et va réveiller les émotions que cet homme avait enfouies. Sa peur de l'abandon va le rattraper et il va perdre pied.
 
Si l'idée de départ m'a plutôt séduite, je dois bien avouer que Pierre Demarty m'a semée en chemin. Je m'attendais à ce que ces deux images aussi fortes l'une que l'autre fassent vraiment vaciller cet homme, qu'il nous révèle avec la même force ses fêlures, ses failles, tout ce qu'il a enfoui au plus profond de lui. Malheureusement, rien de cela ne s'est produit. Les images défilent en boucle et nous, nous tournons en rond. Á vouloir faire imploser son personnage en silence, sans faire de vague, Pierre Demarty a mué Le petit garçon sur la plage en une mer d'huile et noie le lecteur dans une logorrhée pour le faire échouer sur la plage, sans savoir s'il y avait un message à saisir. Dommage, l'écriture et le style sont maîtrisés, il m'a juste manqué l'essentiel. Une autre fois, peut-être...

Belle lecture et encore merci à toute l'équipe de Lecteurs.com !
 

mardi 5 septembre 2017

Mon avis sur "Qui ne dit mot consent" d'Alma Brami

Qui n'a jamais opposé le fameux adage, Qui ne dit mot consent à celui ou celle qui s'obstinait à se taire ?  Mais le silence vaut-il vraiment acceptation y compris s'agissant de l'inacceptable ?
Qui ne dit mot consent est le dernier roman d'Alma Brami et il va faire parler de lui à l'occasion de cette rentrée littéraire. 
 
Prétextant qu'ils y auraient une vie plus saine, Bernard, dit Gary pour les intimes, a convaincu sa femme de quitter la ville pour s'installer à la campagne. Isolée de ses amis et de ses parents, Émilie n'a d'autre choix que d'accepter docilement la visite des amies de son mari. C'est donc sous le toit familial que les maîtresses de Gary seront accueillies au vu et au su de leurs deux enfants. D'apparence cocasse et consentie, la situation fait en réalité souffrir Émilie et les enfants. Même si cette femme est rompue aux relations triangulaires, enfant déjà elle faisait partie du trio qu'elle formait avec ses parents, elle va prendre conscience de l'anormalité de la situation et manifester son mécontentement et sa colère jusqu'à s'en rendre malade.

Qui ne dit mot consent est un huis clos psychologique dont la narratrice n'est autre qu'Émilie, la femme humiliée, manipulée par son mari. Tout l'intérêt de ce roman réside dans sa construction et l'écriture d'Alma Brami. En effet, l'auteure restitue à merveille l'atmosphère malsaine et pesante de cette cellule familiale. Tel un insecte emprisonné dans une toile d'araignée, le piège nuptial se referme sur cette femme qui se révèle de plus en plus meurtrie. Alma Brami prend le lecteur à témoin de cette descente aux enfers à laquelle il assiste impuissant. De plus, elle fait monter crescendo la pression, si bien que c'est le souffle court et poisseux que l'on achève la lecture de ce récit. On renferme Qui ne dit mot consent avec l'irrépressible besoin d'aller se décrasser.

Vous l'aurez compris, toute la force, toute la puissance de Qui ne dit mot consent tient à l'écriture et au style d'Alma Brami. Elle nous livre là une vraie performance d'auteur et un récit que l'on ne pourra oublier de sitôt. Retenez bien ce titre, Qui ne dit mot consent parce qu'il ne va pas passer inaperçu.

Je tiens à adresser mes remerciements les plus chaleureux à Lecteurs.com qui m'a permis non seulement de devenir explolectrice de la rentrée littéraire 2017 et ainsi d'avoir le privilège de lire en avant-première des romans qui vont faire l'actualité. Bronzer en lisant avec un temps d'avance et découvrir des plumes bien trempées, telle que celle d'Alma Brami, fut un réel plaisir. Pour cela et bien plus encore, merci !

Belle lecture !
 

samedi 2 septembre 2017

Mon avis sur "Îles flottantes" de Jean-Luc Cattacin

La fin du mois d'août sonne la fin des vacances, alors pourquoi ne pas les prolonger avec Rouquin qui passe les siennes sur une île. Une île pour amorcer la rentrée en douceur, Îles flottantes de Jean-Luc Cattacin pour une rentrée littéraire, joli programme non ? 

Rouquin passe ses vacances seul dans la maison familiale. Sur une idée presque originale de ses parents, Ficelle son copain de lycée, le rejoindra afin qu'il ne s'ennuie pas dans cette grande maison sur la dune. Pour une bouchée de pain, il a acheté une étrange tablette de bois sur laquelle sont gravés des signes. Voulant en comprendre la signification, il se rend à la bibliothèque, rencontre Elisabeth et découvre le rongo-rongo de l'île de Pâques. L'été s'annonçait bien, mais ça c'était avant. Avant l'arrivée de Ficelle. Avec lui, Rouquin découvrira les excès en tous genres. Ficelle est le genre de garçon qui change le cours de l'histoire.

Sans être le coup de cœur de la rentrée Îles flottantes reste néanmoins un livre qui marque. Il marque en raison de son écriture. De longues phrases s'enchaînent intégrant les dialogues entre les personnages. Aucun saut de ligne. Aucun tiret. Juste des mots au kilomètre agrémentés d'une douce poésie qui nous invite à la contemplation. Côté personnages, rien n'est révélé, pas même les prénoms de Rouquin et de Ficelle. Nous suivons la quête de Rouquin qui l'amènera à croiser le chemin d'Elisabeth, cette femme de savoir qu'il va finir par admirer pour son érudition du rongo-rongo et sur laquelle il va peu à peu fantasmer. Adolescent plutôt timide et sensible, Rouquin se laissera entraîner sur la mauvaise pente par Ficelle le rebelle. Avec lui, il découvrira l'alcool et les drogues en tous genres jusqu'au very bad trip qui annoncera pour Rouquin la perte d'un amour fantasmé et l'entrée dans le monde adulte. 

Bien que le style de Jean-Luc Cattacin soit somme toute agréable à lire, l'usage par moment d'un vocabulaire particulièrement soutenu surprend, déroute. Par ailleurs, Îles flottantes pèche par son intrigue qui n'est, de mon point de vue, pas aboutie. En effet, les scènes s'enchaînent de manière un peu décousue à l'instar de ces adolescents livrés à eux-mêmes, vivant au jour le jour. Et puis soudain tout s'accélère. La fin de l'été annonce la fin d'un cycle, celui de l'adolescence. Îles flottantes s'achève sur l'ouverture d'un autre monde, celui des adultes dans lequel Rouquin va basculer.

Je remercie les Editions Phébus ainsi que Babelio de m'avoir permis de découvrir un des romans de cette rentrée littéraire.

Belle lecture !

mercredi 30 août 2017

Mon avis sur "L'amie prodigieuse - Tome 1" d'Elena Ferrante

Et oui, je sais je suis une des rares à ne pas avoir lu cette saga italienne, pourtant on en a fait des caisses et voici presque un an que L'amie prodigieuse est dans ma PAL. Alors cet été, j'ai mis le cap sur l'Italie !

Fin des années cinquante. L’Italie se remet difficilement de son passé fasciste. Deux fillettes, Elena et Lila, vivent dans un quartier pauvre de Naples. Elles sont douées pour les études. L'une, Lila, est brillante mais abandonne rapidement l'école pour travailler dans l'échoppe de cordonnier de son père. L'autre, Elena, besogneuse mais soutenue par son institutrice ira au collège puis au lycée. L'une a une personnalité bien trempée doublée d'un physique agréable, l'autre est effacée et subit les changements disgracieux que ses hormones lui infligent. La première aura un franc succès auprès des garçons du quartier et finira par connaître l'amour, la seconde ne fera qu'en rêver. C'est leur amour partagé des livres, des mots, qui soudera leur amitié faite de fascination et de jalousie. Les années passant, ces femmes en devenir s'affirmeront, gagneront en confiance et en admiration mutuelle. Lila appréciera le savoir de son amie, Elena la liberté et la franche répartie de Lila. Leurs chemins se croisent, se décroisent pour finalement se retrouver et peut-être ensemble, franchir les étapes de la vie...

L'amie prodigieuse compte quatre tomes. Le premier pose les bases, il plante le décor et la psychologie des personnages que l'on va suivre de l'enfance jusqu'à leur soixante-dixième anniversaire. Dès lors, on comprend que ce premier opus ne peut à lui seul justifier l'engouement des lecteurs et le succès de cette saga. 

Néanmoins, il est indéniable que la construction du récit qui n'a de cesse de mettre en avant tantôt Lila, tantôt Elena, à tel point qu'il est impossible de déterminer laquelle est l'héroïne, la description de leur environnement social et familial ainsi que la multitude de personnages qui défilent, renforcent le style romanesque de cet opus. Si l'on ajoute à cela les répliques plutôt bien senties, les  clans de mauvais garçons qui s'opposent, la volonté des filles d'échapper à leur destin, un zeste de rythme et une bonne dose de mystère autour de l'identité de l'auteure, je dois bien reconnaître que tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette saga, un véritable succès de librairie. 

Bien que le premier tome de L'amie prodigieuse ne m'ait pas transportée, pour ma part, rien n'est encore décidé. Je vais donc enchaîner avec le second tome.

Bella lettura !

mercredi 23 août 2017

Mon avis sur "Leur séparation" de Sophie Lemp

Si la séparation d'un couple peut s'avérer salutaire, elle est souvent vécue comme un drame par les enfants. Un sentiment d'insécurité affective, de culpabilité, voire de nostalgie les submerge. Dès lors, ils entretiennent l'espoir, l'espoir que leurs parents cohabitent à nouveau. Bien que devenue chose courante, une séparation n'est jamais anodine et laisse des traces indélébiles. Preuve en est, trente ans après, Sophie Lemp revient sur le divorce de ses parents avec un roman autobiographique, Leur séparation.

Ce samedi matin de janvier, ma mère m’attend à la sortie de l’école. Comme les autres jours, nous remontons la rue des Boulangers mais, au lieu de nous arrêter au carrefour, nous prenons à gauche dans la rue Monge. Je me retourne et aperçois un camion de déménagement garé en bas de notre immeuble. Ma mère serre ma main dans la sienne. Je n’ai pas envie de parler, je pense au camion, aux cartons, au salon qui demain sera à moitié vide. Je pense à mon père. Désormais, j’irai chez lui tous les mercredis soir et un week-end sur deux. Ma mère s’est organisée pour que je passe  l'après-midi et  la nuit  chez une  amie. Avant  de partir,  elle me  dit : Profite bien de ta journée, amuse-toi, essaye de penser à autre chose. Je hoche la tête mais je sais que jamais plus je ne penserai à autre chose.
 
C'est avec beaucoup de pudeur et d'émotion que Sophie Lemp évoque le divorce de ses parents. Bien que devenue adulte et maman, elle revit cette séparation en posant avec une infinie justesse son regard de petite fille. Elle aborde son quotidien chamboulé où se mêlent les souvenirs heureux d'une enfance à trois. Elle ne cherche pas à comprendre ni à expliquer mais simplement à dire le déchirement, cette impression de trahir l'un dès qu'elle est avec l'autre, cette douleur encore si vive par instants et si difficile à cicatriser.
 
L'écriture de Sophie Lemp est simple mais toute en émotion et en sensibilité. Ce roman autobiographique bien que très court (96  pages) est un réel plaisir de lecture.  Il n'est que délicatesse et empreint d'une subtile retenue. Ne pas le lire serait une réelle faute de goût.
 
Un grand merci à NetGalley et aux Éditions Allary qui m'ont permis de découvrir en avant-première cette pépite de la rentrée littéraire 2017. Leur séparation sera disponible chez tous les bons libraires dès le 7 septembre prochain.
 
Très belle lecture !
 

lundi 21 août 2017

Mon avis sur "Survivre" de Frederika Amalia Finkelstein

Impossible au lendemain du double attentat de Barcelone de passer à côté du dernier roman de Frederika Amalia Finkelstein à paraître pour cette rentrée littéraire. Comment oublier, comment Survivre à de tels évènements ?
 
Ava a 25 ans. Elle vit à Paris. Un matin, elle prend le métro pour se rendre à l'Apple Store des Champs-Élysées, où elle travaille. Sur le quai du métro, des militaires patrouillent pour assurer la sécurité des voyageurs : ce climat sécuritaire l'angoisse. Elle repense aux attentats du 13 novembre. Elle est hantée par une photographie prise au soir du massacre au Bataclan, où gisent les corps de jeunes gens de son âge. Son rapport aux terroristes est ambigu. Elle n'arrive pas à éprouver de la haine à leur égard, certainement parce que, terroristes et victimes, tous, ou presque, sont de la même génération : la sienne. En arrivant sur son lieu de travail, Ava révèle qu'elle a été licenciée. Elle a du mal à accepter sa situation alors elle se promène. Elle passe devant le Bataclan, puis elle s'arrête dans un café. Sur les écrans de télévision, un attentat se déroule en direct. Ava est à la fois fascinée et blasée par le défilement des images sur la chaîne d'informations. Elle se met à penser à sa grand-mère, qui vient de mourir à Buenos Aires. Elle rêve qu'elle part pour l'Argentine, où son enterrement est en train d'avoir lieu...
 
Survivre est un roman percutant. A travers l'angoisse de son héroïne, Frederika Amalia Finkelstein traduit parfaitement l'état d'esprit dans lequel nous sommes post-attentats. En effet, depuis ce 13 novembre, soir du plus grand massacre en France depuis Oradour-sur-Glane, tout est possible. Bien que conscients de cette éventualité, l'auteure nous rappelle, s'il en était besoin, que nous vivons collectivement dans  la peur du prochain attentat. Forte de ce constat, Frederika Amalia Finkelstein s'est surtout focalisée sur sa génération, cette génération  née avec les écrans, ultraconnectée mais paradoxalement en proie à une immense solitude. C'est à travers son héroïne, qu'elle lui rend hommage. Elle souligne l'ambivalence de cette dernière à la fois auteure et cible des attentats, à la fois fascinée et apeurée par les images violentes et obscènes de ces massacres qui circulent en toute impunité sur tous les réseaux sociaux. Il souffle un vent morbide sur cette génération. La mort est d'ailleurs omniprésente tout au long de ce récit. Néanmoins et c'est là tout l'intérêt, Survivre résonne comme un exutoire à cette guerre d'un nouveau genre pour in fine, célébrer la vie.

L'écriture de Frederika Amalia Finkelstein est d'une justesse percutante qui donne une force inouïe à ce court récit qui ne peut laisser indifférent. Bien que la thématique abordée demeure tristement d'actualité, Survivre est à lire, ne serait-ce que pour collectivement, mesurer l'urgence qu'il y a à vivre et à ne surtout pas céder à la peur, ni sombrer.

J'adresse tous mes remerciements à  Babelio et  à la collection l'Arpenteur des Éditions Gallimard pour l'envoi en avant-première de ce roman de la rentrée littéraire dont nous entendrons parler.


Belle lecture !
 

jeudi 3 août 2017

Mon avis sur "Vernon Subutex 3" de Virginie Despentes

À peine avais-je  refermé le tome 2, que je trépignais d'impatience. Je ne désirais qu'une chose, retrouver Vernon Subutex et sa bande. Il m'aura fallu attendre plus de deux longues années. Ce fut une attente interminable certes, mais seuls ceux qui ont lu Vernon Subutex 3 savent ô combien elle était indispensable. Et oui, ce dernier opus clôture en beauté cette trilogie.  Jubilatoire !
Mais attention, pour se plonger dans ce dernier tome, il faut impérativement avoir suivi les aventures de Vernon, ce disquaire charismatique devenu SDF.

Le tome 3 s'ouvre en pleine verdure, là où Vernon et ses fidèles se sont retirés du monde. Ponctuellement, ils organisent des convergences, qui sont des rassemblements ouverts à tous  où l'on danse jusqu'au petit matin. Le DJ n'est autre que Vernon. La communauté vit isolée, loin de l'agitation des villes et sans aucune connexion jusqu'au jour où Vernon devra impérativement rejoindre Paris pour se faire soigner un abcès dentaire qui le fait souffrir. Ce séjour va impacter la communauté d'une manière insoupçonnée. Dès lors, elle ne pourra rester en marge et continuer à ignorer la violence de notre société.

De nouveau, Virginie Despentes scanne notre société contemporaine et nous la restitue à travers chacun des personnages sous forme d'instantanés tous plus percutants les uns que les autres. Des scènes du quotidien de tout un chacun, aux évènements plus tragiques que nous avons connus, tout y passe. L'auteure nous égratigne en évoquant notre addiction aux écrans, elle nous fait sourire en décrivant la mutation que subissent les adolescents, ou en évoquant les manies des uns, les travers des autres, les relations humaines au travail, au sein du couple ou du groupe... Évidemment, elle ne pouvait pas, ne pas évoquer les attentats et leurs conséquences, la solidarité d'abord, puis cette peur des religions, des étrangers, des migrants qui s'est ancrée un peu plus ; elle ne pouvait pas ne pas évoquer la loi travail et le mouvement Nuit debout, le fossé qui se creuse toujours plus entre les différentes classes sociales ; elle ne pouvait pas ne pas évoquer les incidences politiques de ces différents évènements et la montée des extrêmes... Si Vernon Subutex 3 est plus engagé politiquement, plus âpre, pour autant, Virginie Despentes ne porte pas de jugement. Elle dépeint ces différentes situations tout en ayant beaucoup d'empathie pour ses personnages. De plus, j'ai trouvé que malgré tout, il soufflait sur Vernon Subutex 3  un vent de fraternité où le collectif prenait le pas sur l'individualisme. Enfin, parce qu'il ne faudrait quand même pas l'oublier, tous ces éléments contextuels servent l'intrigue, et je peux vous assurer qu'elle est sacrément bien ficelée. Et côté écriture, et bien c'est du Virginie Despentes. Autrement dit, c'est tout simplement magistral, jubilatoire ! 

C'est donc à regret que je quitte Vernon et sa bande qui m'ont littéralement transportée depuis janvier 2015, date de ma rencontre avec eux. Mais nos chemins ne se séparent pas là, je sais que je les retrouverai parce que je ne peux pas envisager de ne pas relire cette trilogie. En fait, Vernon, c'est ma madeleine à moi. C'est bien trop bon pour s'en passer ! Chapeau bas Madame Despentes !

Et à tou(te)s, très belle lecture !