mercredi 6 avril 2016

Mon avis sur "Métamorphoses" de François Vallejo

Métamorphoses de François Vallejo est l'une des sélections du Prix du Meilleur Roman 2016 des lecteurs des Éditions Points.
François Vallejo enseigne les lettres classiques. Un homme du sud passé à l'ouest, qui n'a qu'une seule direction, qu'une filiation, celle du roman. Une jolie trajectoire qui lui a déjà rapporté quelques prix, dont le Prix du Livre Inter en 2007 pour Ouest.  

Métamorphoses ne se lit pas aujourd'hui comme François Vallejo a pu  l'imaginer. Ce roman, parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, a été écrit en 2012. A peine achevé, il s'est trouvé métamorphosé. Métamorphosé par les évènements extérieurs, puis par la lecture qui en a été faite. En effet, la parution de ce roman était imminente lorsque l'affaire dite "Mohamed Merah" a éclaté à Toulouse. Malheureusement depuis, il y a eu les attentas contre Charlie Hebdo, l'Hyper Casher, ceux du 13 novembre 2015 et dernièrement ceux de Bruxelles. Ces évènements ont transformé ce récit romanesque en récit journalistique, sociologique, prophétique et idéologique. Comme le précise très justement François Vallejo dans sa postface, Métamorphoses est devenu un autre livre et ses contours et ses approches vont être encore modifiés.

Cruellement d'actualité, Métamorphoses traite des changements, de la transformation. Alban Joseph, est un jeune doctorant en chimie moléculaire à l'avenir prometteur. Du moins, c’est ce que tout le monde pense y compris sa demi-sœur, Alix, jusqu’au jour où elle apprend qu’Alban s’est converti à l’islam radical. Son "demi", comme elle le nomme affectueusement, a changé d'identité, renié son nom, donc les siens, pour devenir Abdelkrim Yousef. Injoignable, il a disparu de la circulation. Bouleversée par cette nouvelle et redoutant le pire, Alix va tout chambouler. Sa vie d’abord, mais aussi celle de sa mère et de son beau-père, celle des nouveaux amis d’Alban, son réseau, quitte à le mettre en danger. Elle veut comprendre les raisons de cette métamorphose qui a transformé petit à petit Alban en Abdelkrim. Elle refuse de croire que son "demi" ait pu de son propre gré se convertir, étudier l'arabe, lire le Coran et fréquenter un camp d'entraînement en Afrique. Alban ne peut être qu’un pion manipulé. Alix décide alors de se mettre en quête de vérité, en quête de ce demi, de cet amour fraternel et de cette complicité disparus.

Avec Métamorphoses, François Vallejo nous incite à la réflexion. Se convertir est-ce nécessairement synonyme de radicalisme ? Alban rappelle à sa demi-sœur qu'elle aussi s'est convertie lorsqu'elle a quitté les Beaux-Arts pour intégrer une école privée de restauration d'art ancien. Passer de la passion de l'art contemporain à la passion pour l'art le plus archaïque, restaurer des fresques romanes dans les églises alors qu'auparavant Alix revendiquait son athéisme, n'est-ce pas une conversion, un changement radical de vie ? Pour autant, s'est-il permis à ce moment là de la juger, lui a-t-il reproché quoi que ce soit ? Alors pourquoi le ferait-elle, si ce n'est parce qu'il est passé du côté des exclus du monde entier ?
Sans parti pris, François Vallejo nous interpelle, en disséquant à travers le regard de cette sœur, ce qui peu à peu conduit tout un chacun aux métamorphoses (le pluriel est loin d'être anodin). Cette jeune femme est terrorisée à l'idée que son demi-frère qui a choisi  d'embrasser l'islam puisse se radicaliser, devenir un terroriste. De l'incrédulité à la certitude, elle tentera de prouver tout et son contraire, essaiera de sensibiliser ses parents, de les responsabiliser. François Vallejo nous interpelle sur ces changements de société, nous incite à lutter contre les préjugés, tout en laissant toujours planer le doute pour mieux nous sensibiliser, pour ne pas rester indifférent aux différences. Métamorphoses s'apparente à la fois à une étude psychologique et sociétale finement ciselée mais également à un roman d'espionnage. Un roman efficace qui ne laisse aucune place à l'indifférence. Tout un chacun est concerné, quelles que soient ses origines, son milieu social, Métamorphoses interpelle, nous oblige à nous questionner, à nous remettre en cause. Un roman à lire pour tenter de comprendre.

Bonne lecture !