lundi 8 octobre 2018

Mon avis sur "Fugitive parce que reine" de Violaine Huisman

Il y a des histoires de famille qui vu de l'intérieur, peuvent avoir une résonance dramatique. Il y a des filles qui savent rendre un juste hommage à leur mère quand bien même cette dernière eût été maniaco-dépressive et totalement fantasque. Telle est la démarche de Violaine Huisman qui dédie son premier roman, à la mémoire de sa mère. Une femme fugitive face à cette vie qui ne la comprend pas, une femme reine pour ses filles et ceux qui l'aiment d'un amour inconditionnel. Une mère Fugitive parce que reine.

9 novembre 1989, le mur de Berlin s'écroule. Elsa a douze ans, Violaine en a dix. Ni l'une, ni l'autre ne comprend ce qui est en train de se jouer. Au même moment, c'est leur mère, Catherine, qui s'effondre. Maniaco-dépressive, elle est internée à Sainte-Anne. Les deux fillettes sont habituées. Leur mère a toujours été fantasque. Elle a toujours vacillé. Trop de souffrance, trop de folie, trop d'excès en tous genres. Mais tellement d'amour entre cette mère et ces deux petites filles. La première les aime à la folie, les secondes feront tout leur possible pour protéger cette femme fragilisée. 

Violaine Huisman évoque sa mère à travers ses yeux d'enfant puis, c'est en adulte qu'elle s'efforce d'expliquer, de retracer la vie de cette femme excessive et extravagante. Elle raconte les crises qui succèdent aux folles déclarations d'amour et inversement. Elle raconte le parcours de vie d'un être non désiré à la santé fragile, élevé par une mère célibataire et distante. Un être qui finira par devenir une belle femme constamment en quête d'amour et de reconnaissance. Une femme qui multipliera les histoires d'amour, les expériences en tous genres, une femme insaisissable, hors du commun. Une femme qui deviendra mère. Une mère qui aimera ses deux filles à la folie et qui les embarquera dans le tourbillon de sa vie.

Fugitive parce que reine est une folle histoire d'Amour entre une mère et ses filles. Violaine Huisman explore ses sentiments sans pathos, sans concessions. Le tout est drôle et tragique à la fois, élégant, dérangeant. L'écriture est juste, tantôt poétique et légère, tantôt violente et grave. Fugitive parce que reine est un premier roman parfaitement maîtrisé, bouleversant. Un premier roman à découvrir.

Belle lecture !

dimanche 30 septembre 2018

Mon avis sur "Le voleur de voitures" de Theodore Weesner

Publié aux États-Unis en 1972, vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, Le voleur de voiture est un classique de la littérature américaine. Il est paru en France pour la première fois en 2015, disponible depuis un an aux Éditions du Livre de Poche. L'occasion était trop belle pour découvrir cet incontournable.

Alex, seize ans, fils de prolétaire, promis à en devenir un à son tour, vient de voler sa quatorzième voiture. Pas pour la revendre, non, juste pour conduire, s'évader d'un quotidien morne, coincé entre sa scolarité qui ne l'intéresse pas, un père alcoolique, ouvrier chez Chevrolet et une mère partie ailleurs avec son petit frère. Désespérément seul et rongé par le sentiment de honte, Alex s'invente une vie au volant d'une Buick Riviera et autres bolides jusqu'au jour où il se fera attraper par la police. Direction la maison de correction. 

Le voleur de voiture est un roman d'apprentissage, un roman tendre qui contrairement à ce que l'on pourrait croire ne s'attarde pas sur la délinquance des jeunes. Non, ce roman se concentre sur l'essentiel, l'amour. L'amour qui unit un fils à son père. Largement inspiré de sa jeunesse, Theodore Weesner dédit son roman à cet homme dont personne ne se souvient précise t-il. Cet homme, c'est son père. 

Avec beaucoup de pudeur et de retenue, Theodore Weesner nous livre un récit poignant évoquant la mélancolie de sa jeunesse, la solitude de son adolescence, la maladresse d'un père imbibé d'alcool. A partir de son histoire, il parvient à créer un personnage universel, un adolescent paumé qui sombre dans la délinquance sans même en avoir conscience. Il tresse un roman initiatique sensible et émouvant sur les relations père-fils, sur l'apprentissage de l'amour à l'adolescence, la recherche du frère perdu et la fin de l'enfance.

Paré d'une écriture sans fard, Theodore Weesner distille une sensibilité contenue qui fait de son roman Le voleur de voitures, un roman inoubliable. Un conseil, lisez-le !

Belle lecture !

lundi 3 septembre 2018

Mon avis sur "Vivre ensemble" d'Émilie Frèche

Vivre ensemble est le quatorzième roman d'Émilie Frèche. Autofiction, il aborde essentiellement les difficultés à refonder une famille, les relations conflictuelles entre enfant(s) et beau(x)-parent(s). Lorsque l'on sait qu'un enfant sur dix vit dans une famille recomposée, on imagine l'écho que va avoir ce titre de la rentrée littéraire 2018.

Il y a des événements qui précipitent certaines décisions. Parce qu'elle a échappé aux attentats du 13 novembre 2015, Déborah décide de sauter le pas et d'emménager avec Pierre, son compagnon. Ils ont chacun un fils. Léo est le fils de Déborah, Salomon celui de Pierre. Une semaine sur deux, c'est ensemble qu'ils vont devoir vivre dans le nouvel appartement parisien. La première fois qu'ils se sont vus tous les quatre, Salomon, pris d'une rage folle, a hurlé qu'il détestait Déborah et son fils. Il les a même menacés avec un couteau de boucher. Welcome ! 
Alors que l'on ne cesse de nous rabattre les oreilles avec le vivre ensemble, au sein de cette famille recomposée, une difficile cohabitation s'annonce.  

Vivre ensemble est un roman résolument contemporain qui aborde des thèmes aussi variés que le traumatisme post-attentats, la jungle de Calais et le statut des réfugiés, le racisme ordinaire dont sont victimes certaines communautés, les relations entre parents séparés et celles avec les enfants nés d'une précédente union, le tout vu du prisme d'une famille qui tente de se (re)composer. La psychologie des personnages nous est révélée au fil des pages et surtout au gré des crises de Salomon, un véritable terroriste dans son genre. La tension au sein de cette nouvelle tribu qui essaie de s'apprivoiser est palpable, elle monte crescendo.

C'est à travers des sujets éminemment d'actualité qu'Émilie Frèche évoque la difficulté pour des êtres humains à cohabiter, à partager un territoire dans ce qu'il a de plus intime, qu'il s'agisse des réfugiés, des communautés d'origines religieuses différentes, des membres d'une famille qui tente de se (re)fonder. 

Vivre ensemble m'a fait penser à Chanson douce de Leïla Slimani à l'exception toutefois de la fin. Si l'issue du prix Goncourt 2016 était connue dès les premières pages, celle du dernier roman d'Émilie Frèche est ouverte et laissée à la libre appréciation du lecteur. Hormis cette divergence, ces romans sont proches, tant dans l'écriture, l'ambiance et le rythme. De surcroît, les personnages sont issus du même microcosme. Quoi qu'il en soit, je souhaite à Émilie Frèche de connaître le même sort que Leïla Slimani. Une chose est sûre, c'est que durant cette rentrée littéraire, on parlera de Vivre ensemble et pas uniquement dans les programmes et les milieux politiques...

J'adresse tous mes remerciements aux Éditions Stock et à NetGalley pour cette lecture en avant-première que j'ai particulièrement appréciée.

Belle lecture !

vendredi 31 août 2018

Mon avis sur "Hiver à Sokcho" d'Élisa Shua Dusapin

Lorsque les Éditions Folio m'ont contactée pour me proposer de découvrir en avant-première un de leurs coups de cœur, c'est avec impatience et une certaine attente que j'ai commencé Hiver à Sokcho, le premier roman d’Élisa Shua Dusapin qui a obtenu le prix Robert Walser 2016 ainsi que le prix Révélation SGDL 2016. 

C'est donc à Sokcho, petite ville portuaire coincée entre la Corée du Nord et du Sud que j'ai rencontré cette jeune femme  franco-coréenne qui rêvait d'un ailleurs dans une modeste pension. Venue s'abriter des regards le temps que les traces de sa chirurgie esthétique s'estompent, chaque jour, elle cuisinait pour les rares visiteurs désireux de s'isoler du monde. L'arrivée d'un français, auteur de bandes-dessinées, a rompu la monotonie de l'hiver. Ces deux êtres aux cultures si différentes, en quête d'absolu, se sont observés, se sont frôlés à mesure que l'encre coulait. Un lien fragile est né entre eux.

Autant vous prévenir de suite, en hiver à Sokcho il ne se passe pas grand chose. Si l'été cette ville est une station balnéaire, l'hiver on y vient uniquement pour se retirer du monde, pour fuir, s'isoler. A Sokcho, on ne fait qu'attendre et on contemple le temps qui s'écoule lentement, très lentement. Alors lorsqu'un touriste débarque de France, c'est une attraction à lui seul. On l'épie, on cherche sa compagnie. Le jour, tantôt les corps se frôlent, tantôt ils s'évitent. La nuit, seuls les grattements de la plume et le froissement des feuilles de papier troublent le silence assourdissant. Dès lors, pour mieux supporter ce froid, combler de vie abyssal, une fragile relation faite de non-dits et de regards furtifs va se nouer entre cette jeune métisse et ce dessinateur.

Hiver à Sokcho est un court roman d'atmosphère qui nous plonge dans un huis clos empli de vide et de mélancolie. L'écriture d'Élisa Shua Dusapin est simple, excessivement dépouillée, pure. Les phrases et les chapitres sont tellement courts, que finalement, c'est entre les lignes que ce livre se lit. Et c'est ce qui fait toute sa force. Tout est suspendu, le temps, les mots. Ce roman n'est que silence et suggestion. 

Belle lecture !

lundi 27 août 2018

Mon avis sur "Les filles au lion" de Jessie Burton

C'est autour d'une maison de poupée que l'intrigue de son premier roman Miniaturiste était bâtie. Pour son second roman, Jessie Burton a choisi une toile de maître, un tableau énigmatique baptisé Les filles au lion.

Londres 1967. Arrivée des Caraïbes cinq ans plus tôt, Odelle Bastien se rêve écrivain mais peine à trouver ses marques. Sa vie bascule lorsqu'elle décroche un poste de dactylo dans une galerie d'art et rencontre la charismatique Marjorie Quick, qui lui redonne confiance et l'incite à écrire. Parallèlement, Odelle fait la connaissance de Lawrie Scott, un charmant jeune homme qui possède un magnifique tableau dont il ne sait rien, si ce n'est qu'il appartenait à sa mère. Sur les conseils d'Odelle, il l'apporte à la galerie. Intriguée par la réaction de  Marjorie qui semble particulièrement troublée par cette toile, Odelle décide d'en savoir un peu plus. Sa curiosité va la mener dans l'Andalousie des années trente alors que la guerre d'Espagne s'apprête à éclater.

Les filles au lion est un pont spatio-temporel qui relie deux lieux, deux époques, le Londres des années soixante et l'Espagne des années trente, mais également deux personnages féminins hauts en couleurs, déterminés, cultivés et férus d'art, Odelle et Odile. L'une doit faire face au racisme ordinaire, l'autre doit lutter contre les préjugés et les mentalités d'une toute autre époque. Toutes deux doivent  redoubler d'efforts pour vivre leur passion, pour que leur talent soit reconnu à leur juste valeur. Gravitent autour de ces deux héroïnes, de beaux personnages tout aussi fascinants qui permettent d'aborder des thèmes tels l'amour, l'amitié, la trahison, la création, l'engagement, la liberté et surtout la condition féminine. L'auteure met notamment en exergue la difficulté pour les femmes de s'émanciper, de s'affranchir du carcan social pour vivre pleinement leur passion artistique. 

Aucun doute, Jessie Burton a non seulement le sens du romanesque, du détail mais également celui de l'histoire. Elle sait faire monter la tension au gré des allers retours entre les époques et les lieux, capter l'attention du lecteur et l'immerger dans deux mondes que tout semble a priori opposer mais qui sont éminemment liés. Les filles au lion est un roman bien rythmé, dont l'intrigue est parfaitement construite. Et pour ne pas gâter notre plaisir, l'écriture de Jessis Burton est fluide, précise, soutenue.

Sans aucun doute, Les filles au lion est une fresque à découvrir. 
Un grand merci aux Editions Folio.  

Belle lecture !

mercredi 22 août 2018

Mon avis sur "Poupée volée" d'Elena Ferrante

Décidément, j'ai du mal avec Elena Ferrante... Souvenez-vous je suis l'une des rares à ne pas avoir été embarquée par sa saga L'amie prodigieuse que j'ai finalement abandonnée à peine le second tome achevé. J'avais dans ma PAL Poupée volée, alors cet été sur la plage, j'ai récidivé.

Leda est enseignante à l'université de Florence. Seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer. Parmi les estivants qu'elle observe chaque jour sur la plage, elle s’intéresse à une véritable tribu. Elle se lie d'amitié avec Nina, une jeune femme mariée à un homme plus âgé et à sa fille Elena. Cette rencontre constitue pour Leda l'occasion de réfléchir aux rapports qu'elle entretient avec ses propres filles, qu'elle a abandonnées pendant trois ans alors qu'elles étaient encore petites, mais également à une maternité qu'elle n'a jamais pleinement assumée. Tout s'accélère lorsque la petite Elena perd sa poupée et que Leda constate que c'est toute une famille qui se mobilise pour la retrouver. Mais pourquoi Leda a-t-elle substitué la poupée ? 

Poupée volée est l'un des premiers romans d'Elena Ferrante. Il a été publié chez Folio alors que le troisième opus de sa célèbre saga napolitaine était attendu. Si l'écriture et le style de l'auteure ne sont pas désagréables, c'est le mal-être et l'univers dans lequel évolue cette femme au demeurant parfaitement restitués, qui rendent la lecture de ce court roman pesante. En effet, qu'est-ce qui a poussé Leda à voler la poupée de cette petite fille ? Qu'est-ce qui pousse cette même femme à participer activement à la battue qui est organisée sur la plage pour la retrouver ? On ne le sait pas vraiment, mais son geste insensé est le catalyseur d'une introspection, d'un huis clos entre le passé et le présent de cette femme qui oscille entre raison et la folie. Elle, qui n'a pas su accueillir la maternité, qui n'a pas su concilier vie professionnelle et vie familiale, qui a fait le choix d'abandonner ses filles, jalouse cette jeune femme qu'elle observe et qui développe des liens maternels forts avec sa petite fille. Leda est torturée par les rapports mère-filles, c'est une mère dénaturée. 

On referme Poupée volée avec une étrange impression de malaise. J'ai dans ma PAL un autre roman d'Elena Ferrante, Les jours de mon abandon, j'avoue ne pas être pressée de le lire.

Belle lecture !

vendredi 10 août 2018

Mon avis sur "Une vie comme les autres" de Hanya Yanagihara

Je vous l'accorde, l'épaisseur d'un roman ne garantit pas sa qualité, pas plus qu'apparemment sa visibilité. En effet, certains romans bien que volumineux (816 pages quand même !) parviennent à passer inaperçus ou presque... C'est typiquement le cas de Une vie comme les autres, le premier roman de Hanya Yanagihara à être traduit en français. Il l'a déjà été dans vingt-trois pays, a conquis plus d'un million de lecteurs dans le monde, mais reste assez confidentiel chez nous. Et pourtant, il mérite de caracoler en tête des ventes. Mon défi du jour, vous convaincre de plonger dans ce pavé. 

Une vie comme les autres, se  déroule exclusivement dans le New York aisé des années 1980 à 2010. Trois décennies durant, Hanya Yanagihara nous propose de suivre la vie d'un quatuor masculin venu conquérir NYC. Willem, Malcom, JB et Jude étaient colocataires lorsqu'ils étaient à l'université. Brillants, chacun d'eux excellera dans leur domaine. L'un deviendra architecte, un autre peintre, avocat ou encore comédien. Ces quatre amis resteront liés jusqu'à leurs vieilles années. Leur relation, qu'elle soit collective ou individuelle, évoluera au fil du temps mais surtout autour de Jude, un personnage pour le moins mystérieux.

Une vie comme les autres c'est quatre trajectoires croisées mêlant réussites et échecs. Quatre trajectoires qui peuvent en premier lieu donner une impression plutôt agréable au lecteur de déjà lu. Mais Une vie comme les autres n'est pas un roman comme les autres, au fil des pages sa vraie nature est révélée au lecteur. Il mute, devient intime, intensément douloureux dès lors que l'énigmatique Jude entre en scène avec son corps scarifié qu'il s'évertue à cacher sous d'amples vêtements.

Une vie comme les autres est non seulement un bel hymne à l'amitié masculine, mais il est surtout un roman d'une puissance psychologique telle que le lecteur est complètement happé par la souffrance du personnage principal. On endosse son passé traumatique, son mal-être, ses espoirs, son désespoir. Tout en finesse, Hanya Yanagihara interroge notre disposition à l'empathie et à l'endurance à la souffrance, c'est une véritable descente dans les tréfonds de l'âme humaine qu'elle nous propose. Une vie comme les autres est un roman intense, profond, bouleversant dont on ne sort pas indemne. Quant à l'écriture de Hanya Yanagihara, elle est fluide, parfaitement aiguisée, fine et tranchante comme une lame de rasoir.

Un conseil, ne passez surtout pas à côté de ce roman captivant.
Belle lecture !

jeudi 2 août 2018

Mon avis sur "L'autre qu'on adorait" de Catherine Cusset

L'un l'a chanté, une autre l'a écrit. Oui, avec le temps, avec le temps, va, tout s'en va, L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie, l'autre qu'on devinait au détour d'un regard  entre les mots, entre les lignes, et sous le fard d'un serment maquillé, qui s'en va faire sa nuit...

Thomas est cet autre. Il était l'ami et un temps l'amant de Catherine Cusset. Il est parti, il n'avait même pas quarante ans. Parce que de tous ses amis c'est celui qu'elle  aimait le plus, celui qui la faisait sentir plus vivante grâce à ce quelque chose d’exceptionnel qui l’illuminait, le rire. Mais Thomas n'a pas toujours eu envie de rire. Il n'a pas ri lorsque par deux fois il a raté le concours d'entrée à Normale Sup alors que ses amis réussissaient et qu'ils se dessinaient un bel avenir. Non, Thomas n'a pas ri, il est parti vivre outre-Atlantique. Sa passion pour Proust alliée à sa culture  musicale et cinématographique  lui ouvriront les portes de l'université de Columbia, à New York. Un avenir prometteur semble  enfin se profiler pour Thomas. Il décroche un contrat d'enseignant à l'université, les jolies filles succombent à son charme. Le temps d'un instant, Thomas est heureux. Puis, progressivement le rêve américain se transforme en véritable cauchemar. Thomas s’enfonce dans la solitude qu’il crée comme malgré lui, à coups de sautes d’humeur, d'excès d'alcool, de maladresses, de caprices. Aux perspectives d'un bel avenir succèdent les échecs tant professionnels que personnels. Peu à peu, Thomas sombre jusqu'à perdre définitivement pied, jusqu'à perdre la vie.

L’autre qu’on adorait est une oraison touchante que Catherine Cusset a composée pour son ami disparu.  Á travers ses quelques pages, Catherine Cusset rend hommage à ce virtuose des échecs, à ce bipolaire tardivement diagnostiqué. Elle lui offre un tombeau qu'elle tapisse de velours rouge, de bulles de champagne, de notes de musique classique et de jazz et de quelques morceaux choisis de l'œuvre de Marcel Proust. Á titre posthume, elle rend à son brillant ami toute son épaisseur.

L’autre qu’on adorait est écrit à la deuxième personne du singulier pour mieux mettre en exergue la vie intérieure de cet autre. Il est construit pour nous faire comprendre au fil des pages ce qui a amené cet homme à défier les lois de la gravité. L'écriture de Catherine Cusset est fluide, musicale, classique, mais tellement agréable.

L'autre qu'on adorait, paru aux Éditions Folio a été distingué par la Communauté des blogueurs littéraires comme lauréat de l'été en poche 2018. Ce fut l'occasion de rencontrer Catherine Cusset et d'évoquer cet autre qu'elle adorait. Nous blogueur(euse)s, on a tout simplement adoré. L'autre qu'on adorait est à glisser dans votre valise si vous ne l'avez pas encore lu et Avec le temps de Léo Ferré est ma suggestion d'accompagnement.

Avec le temps - Léo Ferré 

Belle lecture (et ravie de vous retrouver après ces quelques mois d'absence) !

vendredi 2 mars 2018

Mon avis sur "Ce qu'il nous faut, c'est un mort" d'Hervé Commère

Le dimanche 12 juillet 1998, la France gagne la coupe du monde de football, le destin de toute une équipe a basculé. Les Champs Elysées s'embrasent au son du tube "I will survive". Ailleurs, d'autres destins vont chavirer. Aucun doute, Ce qu'il nous faut, c'est un mort.
 
I will survive, mais à quel prix ? Ça, la chanson ne le dit pas. Alors que la France fête sa victoire, 1, et 2, et 3 garçons pleins d'avenir ont renversé une jeune femme. Ailleurs, une étudiante s'est fait violer, un jeune flic a croisé son âme sœur et un bébé est né. Près de vingt ans plus tard, voilà que tous se retrouvent à Vrainville, en Normandie, concernés par la même cause. L'usine  centenaire de fabrication de sous-vêtements que Gaston Lecourt a fondé va fermer ses portes. Le temps est venu du rachat par un fonds d'investissement américain. Cybelle c'est l'emploi de la quasi-totalité des femmes du village depuis trois générations, l'excellence en matière de sous-vêtements féminins, une réussite et surtout, une famille. Le temps béni de Gaston Lecourt, ce fondateur aux idées larges et au cœur vaste est révolu. Cybelle va être délocalisée, ça signifie plus que la fin d'une belle histoire entrepreneuriale, la mise au ban, la galère et l'oubli. Le directeur et héritier de l'usine n'est autre que Vincent, l'un des trois amis d'enfance pleins d'avenir. Un autre est devenu maire de Vrainville, quant à Maxime, le troisième garçon, il est ouvrier mécanicien chez Cybelle et délégué syndical plutôt actif. Des trois, c'est lui qui sera le plus impacté par la vente de l'usine. Alors c'est décidé, puisque tout semble inéluctable et que personne ne parle d'eux, ils n'ont plus le choix : ce qu'il leur faut, c'est un mort.
 
Ne vous fiez pas au titre. Ce qu'il nous faut, c'est un mort  n'est pas un polar comme les autres, il est bien plus que cela.  Hervé Commère signe ici une formidable fresque sociale à la fois noire et lumineuse parce qu'éminemment humaine. Bien que toujours d'actualité, la thématique abordée sous fond de crise économique, n'est pas sans rappeler le combat mené par la classe ouvrière de Fralib ou encore de Lejaby. Mais le plus surprenant reste la construction du roman. En effet, tout commence comme un polar. Délit et crime s'enchaînent puis très rapidement on se retrouve vingt ans plus tard au cœur d'un petit village de Normandie à partager le quotidien de ses habitants. Très vite l'impression de lire un tout autre livre nous gagne, jusqu'à ce qu'une jeune fille qui a à voir avec le passé, ressurgisse. Présent et passé se mêlent, s'entremêlent pour mieux se dénouer.

Ce cinquième roman d'Hervé Commère est intriguant, captivant  et surtout particulièrement réussi. Aucun doute, Ce qu'il nous faut, c'est un mort.

Belle lecture !
 

mercredi 28 février 2018

Mon avis sur "Les vivants au prix des morts" de René Frégni

Il y a des auteurs qui marquent dès la première rencontre, René Frégni est de ceux-là. Je l'ai rencontré à l'occasion de la remise du Prix des Lecteurs Gallimard 2017 qu'il a remporté pour son dernier roman, Les vivants au prix des morts. Sa personnalité et son discours de remerciements, loin d'être rébarbatif et ennuyeux, ont de suite séduit l'assistance. C'est que René Frégni est un auteur singulier. Il a connu une existence mouvementée avant de se consacrer à l'écriture. Il a exercé divers métiers, dont celui d'infirmier psychiatrique et a longtemps animé des ateliers d'écriture à la prison des Baumettes. Il est l'auteur d'une quinzaine de romans, tous imprégnés de ses voyages et de son expérience avec des détenus. Les vivants au prix des morts  n'échappe pas à la règle.

À Marseille, René n’y va plus que rarement. Il vit à Manosque et  préfère marcher dans les collines de l’arrière-pays, profiter de la lumière miraculeuse de sa Provence et de la douceur de son Isabelle. Il va toutefois être contraint de retrouver la ville pour rendre service à Kader, un encombrant revenant. René a connu Kader  lorsqu’il animait des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes. Kader  c'est une belle gueule de voyou spécialiste de l’évasion. Lorsque le 22 janvier 2016, René soulève le clapet de son vieux téléphone, il ne sait pas encore que ce simple geste va changer le cours de sa vie. Kader s'est une fois de plus évadé. Traqué par toutes les polices, en quête d’une planque, c'est à Manosque qu'il débarquera. Dès lors, il est à craindre que le prix des vivants soit fortement revu à la baisse…

Les vivants au prix des morts est le cahier rouge que René a commencé à noircir le 1er Janvier 2016 sous un cerisier glacé. Il le refermera le 25 décembre 2016, le sourire aux lèvres. Entre temps, René connaîtra le stress, l'angoisse, la peur. René, c'est un peu René Frégni lui-même. Il se met en scène. Il loue la douceur de vivre que sa Provence et sa douce Isabelle lui procurent. Il vante la beauté de la nature qui l'entoure, son amour des mots jusqu'au moment où une pointure du banditisme fera une irruption fracassante dans son monde au même titre que le danger. Commence alors un face-à-face entre le silence de l’écriture et celui des quartiers d’isolement, entre la petite musique des mots et le fracas des balles. Au fil de l’intrigue, René Frégni entraîne le lecteur de surprise en surprise, tout en célébrant de son écriture brutale et sensuelle la puissance de la nature et la beauté des femmes. En outre, Les vivants au prix des morts est un véritable plaidoyer contre la prison. Pour René Frégni personne ne naît monstrueux, ce sont les quartiers et les prisons qui rendent monstrueux.
 
Aucun doute, en mêlant sensualité et brutalité, René Frégni nous offre un magnifique roman noir contemporain dont les héros sont deux enfants de Marseille que tout semble opposer, si ce n'est leur profonde humanité. Les vivants au prix des morts est un roman à lire et René Frégni un auteur à découvrir.

Belle lecture !

jeudi 15 février 2018

Mon avis sur "L'ordre du jour" d'Eric Vuillard

Avoir entre les mains le dernier prix Goncourt génère forcément une certaine émotion, mais lorsque c'est un être cher qui vous l'a offert, celle-ci est d'autant plus intense. Bienvenue dans l'antichambre de la seconde guerre mondiale.
 
L'ordre du jour s’ouvre cinq années plus tôt, le 20 février 1933. Ce jour-là, ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Vingt-quatre dirigeants des plus importantes entreprises allemandes (Krupp, Opel, Siemens…) sont reçus par Herman Goering et Adolf Hitler, chancelier depuis un mois. Lors de cette réunion, le Führer tient un discours simple : pour en finir avec le communisme et retrouver la prospérité, il doit remporter les élections législatives du 6 mars. Invités à financer la campagne du parti nazi, les vingt-quatre patrons versent sans sourciller leur généreuse obole. Une banale levée de fonds en somme qui permettra cinq années plus tard, à l'Allemagne nazie d'annexer l'Autriche, le fameux Anschluss.
 
C'est à coup de petites anecdotes, qu'Eric Vuillard nous embarque dans les coulisses de l'Histoire pour donner à voir l'envers du décor. Il épingle avec ironie et cynisme les petites lâchetés des grands hommes qui font et défont l’Histoire.
Le récit est aussi bref qu'incisif, la démonstration implacable. Eric Vuillard ne se limite pas à dénoncer la collusion entre politique et monde économique et financier. En 150 pages, il montre comment « les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petit pas » et « soulèvent les haillons hideux de l’histoire".

L'ordre du jour est un  récit court mais puissant, intelligemment construit. Il alerte sur la manipulation des uns, la lâcheté des autres qui conduisent insidieusement à l'acceptation d'idées nauséabondes.
L'ordre du jour est à lire pour la plume d'Eric Vuillard et son érudition. Ce récit est clair et éclairant, pour autant, méritait-il le prix Goncourt ? C'est un tout autre débat qui n'est pas à l'ordre du jour et que l'histoire tranchera peut-être un jour...

Belle lecture !
 

vendredi 26 janvier 2018

Rock'n Books, Save The Date !

Parce que Lire c'est Rock !
The Fab's Blog lance la première édition de son Rock’n Books !
Le concept ?
Un café littéraire où l'on parlera littérature, où l'on échangera avec des auteurs de renom et où les dédicaces pleuvront...

Mais pas que...
Et justement, c'est ça qui est Rock !
Après l'échange, Let's Dance !
Le café littéraire sera suivi d'un concert Rock.

Pour cette première édition, j'ai l'immense fierté d'accueillir Henri Loevenbruck, himself ! Henri est l'auteur de l'excellent roman Nous rêvions juste de liberté. Une claque qu'il m'a mise. C'est simple je concluais ma chronique en disant que même atteinte d'Alzheimer, je me souviendrai  encore de Bohem et des Spitfires, c'est dire !
J'aurai également le plaisir d'échanger avec Erwan Larher. Il a écrit Le livre que je ne voulais pas écrire et reçu le prix des Lecteurs du Prix hors concours. Et vous savez quoi ? Ce n'est qu'un début. A mon humble avis, des prix il va encore en rafler ! Autant vous dire que je suis très honorée de sa présence.
Quant à Jean-Luc Bizien, vu le nombre de polars, de romans de science-fiction, de fantasy qu'il a écrit, j'ai plutôt intérêt à être à la hauteur de ses succès. Tout comme je dois l'être avec Mehdi Charef qui a écrit notamment, Le thé au harem d'Archimède et qu'il a adapté au cinéma, c'est que là ça ne rigole plus, on change de catégorie ! Quant aux autres auteurs, pour l'heure, je ne oeux encore rien dévoiler...
 
Et côté Rock ? C'est Harvest Blues Band qui nous fera vibrer sur les riffs Rock and Soul jusqu'au bout de la nuit... Alors, si vous aimez Lire, si vous aimez le Rock, un conseil, venez ! Mais, venez nombreux !
 
Et d'ici là, Belle lecture !
 

vendredi 5 janvier 2018

Mon avis sur "Fief" de David Lopez

Il y a des premiers romans que l'on n’oubliera jamais, des styles nouveaux qui emportent, percutent, des sonorités qui chantent. Fief  le premier roman de David Lopez c'est exactement cela et bien plus encore.
Fief est du domaine de l'indescriptible, de l'inclassable. Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents avant eux ont grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils boxent, fument des joints, jouent aux cartes, font pousser de l’herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres. Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, son usage et son accès, qu’il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d’orthographe. Ce qui est en jeu, c’est la montée progressive d’une poésie de l’existence dans un monde sans horizon.

Que l'on ne s'y trompe pas, Fief n'est pas un roman sur la banlieue, le penser serait faire injure à son auteur. Tout est bien plus subtil que cela. Fief c'est une plongée dans l’existence d'une bande de jeunes, coincés entre banlieue et campagne, entre isolement et solitude dont le personnage principal est un certain Jonas, un jeune comme tant d'autres qui pratique la boxe et raconte sa vie à travers celle de son entourage. Fief s'ouvre après un combat de boxe que Jonas a perdu et se clôture sur un autre. Pour autant Fief n'est pas l’histoire d’un boxeur qui voudrait échapper à sa condition sociale, pas plus que l'histoire de jeunes délinquants, ils ne le sont pas vraiment d'ailleurs, Fief relève plutôt d'un témoignage d'une certaine jeunesse d'aujourd'hui livrée à elle-même qui n'a pas vraiment de vie, pas vraiment d'avenir, incapable de se projeter. Pour autant, qu'il est beau ce rien, ce vide. D'ailleurs, jamais je n'ai été autant emplie de ce vide.

Le coup de maître de David Lopez tient dans le langage qu'il invente, dans cet amour des mots, sa manière d'écrire, de parsemer ses phrases de poésie et d'empathie. Le tout aurait pu tomber à plat, mais il n'en est rien. Quelle envolée, quel rythme ! Les mots, les expressions swinguent. C'est percutant, jouissif. Il y a du Céline dans son univers. D'ailleurs il en parle de Céline, il en parle à sa manière, mais que c'est bon.

Fief m'a fait l'effet d'un uppercut en plein cœur. David Lopez m'a mise KO avant la fin du troisième round, c'est dommage j'en aurai bien repris un peu. Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé Fief, j'ai juste adoré. Lisez-le, vous comprendrez et je suis certaine que  comme moi, vous aurez la certitude qu'un grand auteur est né.

Belle lecture à tou(te)s !