lundi 3 avril 2017

Mon avis sur "Article 353 du code pénal" de Tanguy Viel

Pour son septième roman, Tanguy Viel dissèque la psychologie de l'escroc et de sa proie. Dès le début, on connaît la fin. Ce que l'on ne sait pas, c'est pourquoi un homme sans histoire usé par une vie de labeur en est arrivé à commettre l'irréparable. Un réel polar psychosocial. Un conseil, ne vous jetez pas sur votre code pénal à la recherche de l'ancien article 353, vous ne comprendriez pas pourquoi Tanguy Viel y fait référence. Ouvrez plutôt votre code de procédure pénale, mais pas avant d'avoir lu la dernière page d'Article 353 du code pénal...
 
Martial Kermeur, cinquante ans, père, divorcé, ancien ouvrier spécialisé de l'arsenal, socialiste vient d'être arrêté par la police. Il a jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit...
 
Toute la force d'Article 353 du code pénal tient à sa construction. Un huis-clos entre un juge et un présumé coupable de crime, celui d'avoir commis un meurtre en jetant par dessus bord à neuf kilomètres des côtes brestoises un promoteur immobilier. C'est dans le bureau du juge et sans effets de manche, que Martial Kermeur va, avec beaucoup d'humanité et de sincérité, peu à peu dérouler sa vie, raconter sa rencontre avec Lazenec et son cheminement le faisant passer du statut de victime, à celui de coupable.

La force de l'écriture de Tanguy Viel restitue parfaitement la tension entre les deux hommes. L'un est d'une froideur absolue, taiseux, l'oreille dressée, ne cherchant qu'à établir la vérité, ne posant que quelques questions comme pour mieux faire parler l'autre. Cet autre justement, cet homme paumé qui se livre sans filtre avec la sincérité de l'homme juste que la vie n'a pas épargné, cet homme honteux d'avoir cédé à la tentation pour finalement se rendre compte qu'il s'est fait abuser au point de tout perdre, non pas le matériel car Kermeur n'a pas ce genre d'attache, perdre ce qu'il a de plus précieux, son Erwan.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel est un roman magistral et d'une puissance absolue, un roman digne du fabuleux film de  Sidney Lumet, Douze hommes en colère. Un conseil, lisez-le.

Belle lecture !