mercredi 1 mars 2017

Mon avis sur "Terreur" de Yann Moix

Inutile d'attendre de moi que je le dézingue, j'en suis bien incapable. Et oui, Yann Moix est un de mes chouchous ! Je sais ô combien il peut agacer, mais sa plume me plaît terriblement. Elle me fait l'effet d'une gourmandise en bouche. Alors, lorsqu'un nouveau Yann Moix paraît, je n'ai d'autres choix que de le lire. Mais cette fois-ci, ce n'est pas un roman que nous propose Yann Moix (on aurait tellement préféré qu'il s'agisse d'une fiction), mais un essai. Un essai sur le monde dans lequel nous vivons depuis les attentats de Charlie Hebdo.

Terreur est un recueil de notes écrit au jour le jour, pendant et après les attentats contre Charlie Hebdo et à l'Hypercacher. Yann Moix ne le publie que deux ans après les événements, pour respecter le temps du deuil ; et se donner la faculté de suspendre celui de la réflexion. Il précise s'il en était besoin, qu'il n'est ni sociologue, ni spécialiste de l'islam. Il n'a d'autre spécialité que de vouloir rester en vie. Comme nous, il traverse une réalité gangrenée par la mort et contaminée par la peur. Cette réalité, loin d'être abstraite, est là, en bas de nos rues. Conscient de cette nouvelle donne, Yann Moix a pensé les attentats. C'est une gageure, parfois même un oxymore. Ce livre décousu est un cheminement, une progression, une interrogation, un questionnement sur la radicalité, la radicalisation, la jeunesse, l'islamisation, la violence, le nihilisme. Autant de termes qui sont ressassés à longueur de journées sans jamais être analysés, disséqués, malmenés. Yann Moix est obsessionnel, il revient à l'infini sur les actes, les causes, les effets, les acteurs, les conséquences, sans jamais se raturer, au risque même, çà et là, de se contredire. Il nous livre une théorie sur le terrorisme, les terroristes. Un essai pour comprendre ce qui peut pousser ces jeunes à jouer à la guerre, plus qu'ils ne la font réellement avec des morts qui eux, paradoxalement, ne jouent pas. 
J'étais un passant, un simple passant. J'en suis mort.  Je suis mort de ce crime, de cette impardonnable faute : passer par là.
Terreur est un livre intelligent à l'image de son auteur. Yann Moix nous propose en trente chapitres une réflexion particulièrement fouillée, exhaustive, pertinente. Sa démonstration est convaincante, évidente. On s'étonne même de ne pas y avoir pensé. Et puis, Terreur est bourré de citations dont certaines percutent.
On ne "rate" jamais sa mort, on ne "rate" jamais une mort - on est mort, ou on est vivant. On peut rater un suicide, un assassinat - la mort, elle, est toujours (parfaitement) réussie.
Le terroriste est aussi mort que nous sommes vivants. Un enfant, cela vient au monde le premier jour de la vie ; un terroriste, cela vient au monde le premier jour de la mort.
Les terroristes sont des analphabètes de l'émotion.
Terreur ne se lit pas comme un roman, parce qu'il n'en est pas un. Il se lit comme un recueil, un recueil de pensées qui se tient à notre disposition pour nous aider à méditer sur le terrorisme, ce terrorisme qui reste malheureusement toujours d'actualité.

Bonne méditation !