dimanche 5 février 2017

Mon avis sur "Tout ce dont on rêvait" de François Roux

Après Le bonheur national brut, fresque générationnelle des années Mitterrand, que j'avais tout particulièrement appréciée, François Roux revient avec Tout ce dont on rêvait, une chronique sociétale des années 1990 à nos jours, époque minée par le chômage et les compromis idéologiques.

Dans les années 90, Justine, vingt-cinq ans, jeune infirmière en psychiatrie habite Paris. Elle passe ses week-ends avec ses potes à boire et à danser jusqu'à l'aube. Un soir, elle rencontre Alex, un bel étudiant des Beaux-Arts dont elle tombe éperdument amoureuse. Les années ont passé et c’est à Nicolas, le frère d'Alex, que l’on retrouve Justine mariée. Ils ont deux enfants. Ils vivent un bonheur tranquille, jusqu’au jour où Nicolas est licencié et plonge irrémédiablement.

Tout ce dont on rêvait est avant tout l'histoire d'une famille, somme toute ordinaire. Un homme et une femme usés par la routine, qui coûte que coûte tentent de sauver les apparences, d'éduquer au mieux leurs enfants et s'évertuent à croire qu'ils sont encore heureux ensemble. Cette famille était préservée des vicissitudes de la énième crise économique française jusqu'au jour où lui sera licencié. Peu à peu ce fragile équilibre familial va vaciller. Et si finalement, ils s'étaient mentis, si à force de petits arrangements, ils se rendaient compte qu'ils n'étaient pas heureux ?

François Roux, tel un minutieux observateur, dissèque notre Société. A travers le prisme d'une famille, il évoque ces thèmes qu'il affectionne : la quête du bonheur, l'amitié, la famille, la réussite, les concessions, la résignation. Ses personnages issus de trois générations différentes (grand-parents, parents, enfants) sont ancrés dans la réalité, engoncés dans leur éducation, embourbés dans ce système qui est aussi le nôtre. Ils sont partie prenante de cette société de consommation, jusqu'au jour où l'un d'eux en est exclu. Vient alors le temps du chômage, de ses ravages psychologiques que François Roux décrit avec justesse et sensibilité. S'ensuit une réflexion sur le sens de la vie, la nécessité de se libérer de l'héritage familial, de résister aux pressions sociales pour se recentrer sur l'essentiel et d'assumer ses choix. 

C'est incontestable, François Roux n'a pas son pareil pour raconter des drames humains universels. Son style somme toute assez simple, couplé à une plume parfaitement affutée, ne laisse pas indifférent. Tout ce dont on rêvait est un roman contemporain teinté d'humanité auquel on ne peut que s'identifier. Il interpelle. On le referme avec une furieuse envie de vivre pleinement, d'aller à l'essentiel. 

J’irai donc à l’essentiel. Merci à Babelio pour cette masse critique et aux Editions Albin Michel qui m'ont permis de passer un bon moment de lecture en compagnie de Justine, Nicolas, Alex et les autres...

Belle lecture !