vendredi 22 avril 2016

Mon avis sur "Autopsie d'un père" de Pascale Kramer

Pascale Kramer que j'ai découvert grâce à Babelio et aux Editions Flammarion (que je remercie au passage), compte déjà neuf romans à son actif et quelques prix littéraires. Autopsie d'un père, son dernier opus, est paru en janvier dernier.

Voici quatre ans qu'Ania a coupé les ponts avec son père, Gabriel. Apprenant qu'à la demande unanime de la rédaction, il allait être exclu de l'antenne radio où il travaille,  Ania décide de lui rendre visite. Direction  Les Épinettes, la maison de campagne où elle a grandi. Ania est accompagnée de son fils, Théo. L'ambiance n'est pas franchement aux retrouvailles. Assez rapidement Ania reprendra le RER et rentrera à Suresnes. Le lendemain, Clara, la femme de Gabriel téléphonera à Ania pour lui annoncer que son père s'est suicidé dans la nuit en avalant neuf gros morceaux d'un verre à moutarde. Il est mort seul dans son appartement parisien d'une hémorragie interne. Pourquoi Gabriel, ce journaliste et intellectuel de gauche a-t-il  volontairement mis fin à ses jours ?  Est-ce parce qu'il a publiquement pris la défense de deux jeunes « Français » qui ont massacré un Comorien sans-papiers et qu'il a été renié par la profession et le grand public ? Le corps de Gabriel sera rapatrié à la campagne, aux Épinettes où il doit être enterré. Ania s'y rendra également. Elle va se retrouver avec Clara, cette belle-mère qu'elle ne connaît pas. L'ambiance au village semble tendue. Avec sa position, Gabriel a divisé. Pour se protéger des agressions extérieures, les volets doivent rester fermés, il ne faut pas répondre au téléphone et la date des obsèques doit rester secrète. Mais comment Gabriel a pu en arriver là, lui un intellectuel de gauche ? 

Autopsie d'un père ne répond pas vraiment à cette question. Pas plus que nous ne saurons ce qui a éloigné ce père de sa fille unique. Certes, Ania ne répondait pas aux attentes de Gabriel, elle n'a jamais été brillante, mais cela suffit-il à mener au désamour filial ? Qui est vraiment cet homme qui ne se rappelle pas que Théo, son petit-fils, est sourd ? Gabriel parle à Théo qui ne peut l'entendre, mais Gabriel lui, n'écoute pas sa fille. 

Autopsie d'un père est annoncé comme un roman auscultant une France sous tension et au bord de l'explosion, un roman sur le basculement politique. Je n'ai pas eu ce sentiment. Autopsie d'un père est pour moi un roman familial qui dissèque lentement et avec habileté les relations au sein d'une famille. Si nous comprenons que les opinions de ce père ont évolué au gré des années, nous n'en connaîtrons pas les raisons. Bien que cultivé, cet homme ne semble pas ouvert sur le monde qui l'entoure, pas plus qu'il paraît épanoui. En a-t-il toujours été ainsi ? Sa fille, ne respire pas la joie de vivre. Sa seule satisfaction provient de sa maternité et des liens qu'elle a tissés avec son fils, Théo. Ania est séparée de Novak, le père de son fils. Novak et Théo ne semblent pas très proches. Encore une histoire de désamour filial. Pourquoi en sont-ils tous arrivés là ? 

Bien que n'ayant pas les réponses à nos questions, tout au plus quelques indices sont distillés de-ci de-là, Autopsie d'un père n'en demeure pas moins un roman intéressant à lire notamment parce que  l'auteure avec sa plume parfaitement maîtrisée parvient à nous transmettre des émotions et cette ambiance particulièrement lourde, pesante, chargée de non-dits. Autopsie d'un père est un roman intimiste au style bien singulier. Point de dialogues. Tout nous est narré, décrit avec précision comme si une tierce personne observait les personnages et nous rapportait avec minutie et sensibilité l'environnement, leurs faits, gestes et échanges. Une jolie performance d'écriture.

Encore merci à Babelio pour sa Masse critique qui m'a permis de découvrir cette auteure, sans oublier évidemment les Éditions Flammarion.

Belle lecture !