mardi 23 février 2016

Mon avis sur "Histoire de la violence" d'Édouard Louis

J'ai découvert Édouard Louis en 2014 avec "En finir avec Eddy Bellegueule" son premier roman à forte dimension autobiographique qui a largement suscité la polémique. Lorsqu'en janvier dernier j'ai appris que son second roman était disponible, je n'avais qu'une envie, le découvrir. 
Édouard Louis n'a que 23 ans, un parcours de vie singulier mais surtout une maîtrise parfaite de l'écriture et un style bien à lui.
Deux romans, deux autobiographies. 
Histoire de la violence, est le récit du viol et de la tentative de meurtre dont a été victime Édouard Louis.
 

Nous sommes en 2012. Après avoir réveillonné avec des amis, Édouard Louis rentre chez lui à pied dans la nuit du 24 au 25 décembre pour éliminer les effluves d'alcool. Un beau jeune homme l'aborde à proximité de la Place de la République. Édouard n'a qu'une envie, rentrer. Pourtant, il ne résistera pas longtemps au jeu de la séduction et finira par inviter Reda à monter chez lui dans son studio. La nuit commencera dans les confidences et l'amour, puis basculera quelques heures plus tard, dans l'horreur de la violence. Reda menacera Édouard d'un revolver dans l'intention de le tuer. Il  l'insultera, l'étranglera et le violera. Le lendemain sera consacré aux démarches médicales et judiciaires. Un an après cette nuit d'horreur, Édouard se rendra chez sa sœur, dans sa Picardie natale et se confiera à elle. Commence alors un récit polyphonique et c'est là tout l'intérêt du roman savamment construit par son auteur.

Édouard Louis n'a pas choisi la simplicité pour nous raconter ce qu'il a subi et nous proposer une analyse de la violence. Il se confie à sa sœur, Clara, à qui il raconte avec minutie cette fameuse nuit du 24 au 25 décembre 2012. Puis cette dernière va, avec ses mots, son parler très  populaire, relater à son mari ce que son frère lui a confessé. Enfin l'auteur qui se trouve chez sa sœur dans une pièce à proximité et qui l'entend, va corriger intérieurement le récit de celle-ci et apportera ses propres commentaires et réflexions. Malgré la gravité des propos, Édouard Louis nous livre sans aucune concession, avec beaucoup de pudeur, de puissance et de brutalité son récit et son analyse. Il ne juge pas. Il dissèque. Il tente d'expliquer les différences, toutes les différences. 
Didier rétorquait que je l’oublierais d’autant plus facilement si je portais plainte ; je pensais : C'est faux, c'est faux, il sait que c'est faux et ils veulent t'enfermer dans une histoire qui n'est pas la tienne, ils veulent te faire porter une histoire que tu n'as pas voulue, ce n'est pas ton histoire, et c'est ça qu'il te disent depuis tout à l'heure, c'est ça, c'est ce qu'ils te répètent : porter plainte, ils veulent que tu la portes, que tu portes la plainte sur ton dos et tant pis si je marche courbé pendant des mois, tant pis si je me brise le squelette, tant pis si l'histoire est trop lourde et qu'elle m'écrase les côtes, qu'elle me fissure la peau, qu'elle me rompt les articulations, qu'elle me compresse les organes, et Didier et Geoffroy parlaient et je ne distinguais plus leurs phrases, absorbé par ma colère, je ne les voyais même plus, je sentais seulement leurs silhouettes réprobatrices à côté de moi, ils n'étaient plus Didier et Geoffroy, ils n'étaient plus ces deux personnes qui m'avaient sauvé la vie tellement de fois, ils n'étaient plus, et je pensais : ils sont comme Reda. Ils sont Reda.
Les thèmes abordés dans Histoire de la violence sont très proches de  En finir avec Eddy Bellegueule. On y retrouve l'enfance difficile, la misère sociale, l'intolérance, le racisme et bien sûr l'homophobie. Histoire de la violence est un roman intelligemment construit, par un auteur lui-même intelligent, cultivé, aux multiples références littéraires, que la vie n'a malheureusement pas épargné. 
J'espère simplement qu’Édouard Louis saura se libérer de son enfermement, qu'il en finira vraiment avec Eddy Bellegueule et nous proposera un troisième roman différent, tout aussi savamment construit et merveilleusement bien écrit. Il n'en demeure pas moins que malgré son jeune âge, Edouard Louis est déjà un grand écrivain qui deviendra un très grand écrivain.

Belle lecture !