dimanche 24 janvier 2016

Mon avis sur "Le bonheur national brut" de François Roux

Pour ma première chronique de l'année pour Le livre de Poche, j'ai choisi Le bonheur national brut de François Roux. La tonalité de l'année 2016 est donnée...

Si l'indice communément utilisé pour évaluer la performance et la bonne santé économique d'un pays est le PIB (produit intérieur brut) le Bhoutan, un petit état asiatique coincé entre l'Inde et la Chine, a choisi d'aller plus loin et de mesurer le niveau de satisfaction de la population, le BNB (bonheur national brut). 
Du Bhoutan, il n'est guère question dans Le bonheur national brut de François Roux. D’amitié, d'amour, d'avenir, du devenir, du bonheur oui, c'est tout cela Le Bonheur national brut. A travers le destin croisé de quatre amis d’enfance, Le Bonheur national brut est une fresque sociale, politique et affective de la France de ces trois dernières décennies. Un roman générationnel à la française qui forcément fait écho.

Le Bonheur national brut c'est l'histoire de quatre copains issus de milieux différents, de la première élection de François Mitterrand à celle, 31 ans plus tard, de François Hollande.  
Tout commence le 10 mai 1981, le visage de François Mitterrand se dessine sur les écrans de télévision. La France bascule à gauche. Pour Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, bretons, pas encore le bac en poche, tous les espoirs sont permis. 6 juillet 1981, les derniers résultats du bac tombent. Rodolphe récolte la mention très bien, Tanguy, la mention bien, Paul la mention passable après un repêchage à l'oral, quant à Benoît, il a échoué. Leur avenir professionnel va se dessiner peu à peu. Rodolphe va découvrir l'université et la politique, milieu dans lequel il évoluera. Tanguy en véritable compétiteur va se battre pour réussir les concours d'intégration d'une grande école de commerce et suivre la voie d'un certain Bernard Tapie qu'il admire. Paul, le narrateur, va monter à Paris pour intégrer conformément aux souhaits de son père, la fac de médecine. Il va surtout y découvrir la vie nocturne et s'adonner à ses passions, ses désirs. Quant à Benoît, il ne quittera pas sa Bretagne natale, il aidera ses grands-parents à la ferme jusqu'à ce qu'il découvre son don pour la photographie. Ce quatuor va évoluer, se croiser, se perdre de vue, puis se retrouver à l'aube de leur cinquantaine. Le 6 mai 2012, c'est le visage de François Hollande qui s’affiche sur les écrans de télévision. D'un François à l'autre, trente-et-un ans ont passé. Qu'est-il advenu des rêves, des désirs de ces quatre copains ?  Ont-ils réussi leur vie ? Sont-ils heureux ?
Il est indéniable que l'on reconnaît les vraies amitiés à la facilité qu'elles ont à se reconstruire d'elles-mêmes, immédiatement, malgré le temps qui a endommagé les habitudes. C'est sans doute ce qui a permit à Benoît  d'annoncer :
- J'espère que tu ne vas pas le prendre mal, mais... tu n'as pas l'air épanoui, mon vieux.
Avec n'importe qui d'autre, Tanguy aurait sûrement bondi de sa chaise et quitté la pièce.
- Ça se voit tant que ça ? se contenta-t-il de dire.
- Disons que je t'ai connu plus... radieux.

- Effectivement je ne suis pas convaincu d'être parfaitement heureux, finit par avouer Tanguy.
- Soit dit en passant, je trouve que le bonheur reste un concept assez flou, répondit Benoît en ricanant.
- Même pour toi ? Même toi, tu n'es pas heureux ? insista Tanguy.
- En tout cas j'ai cessé de vouloir l'être complètement. Disons que je m'arrange pour l'être raisonnablement. (p. 476).

Le bonheur national brut est un roman de société. C'est un roman sur la jeunesse, son insouciance, ses envies, ses espérances d'un monde meilleur. C'est aussi un roman sur la vie, les choix, les renoncements que nous devons faire, nos questionnements. C'est un roman sur le temps qui passe, sur la société qui évolue, qui progresse, qui régresse, sur ses maux, le chômage, le Sida, les affaires.
A l'instar d'Une vie Française, le roman de Jean-Paul Dubois qui se déroule de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, L
e bonheur national brut est une véritable chronique générationnelle.
François Roux réussit le pari de mêler le destin individuel  de quatre garçons au collectif d’une époque dont il restitue le climat avec une sagacité et une justesse percutantes. Le style est fluide, plaisant. On ne s'arrête plus de tourner les pages. La vie de ce quatuor, notre vie défile et au final, la fameuse question...  Qu’est-ce que le bonheur ? François Roux termine son roman en nous proposant une réponse "C'est certain, le bonheur n'est pas du tout une affaire sérieuse. C'est même j'en suis convaincu, le seule chose que l'on devrait prendre à la légère".

Une chose est certaine, Le bonheur national brut est un vrai bonheur à lire. Alors, pour être heureux, lisez-le ! Et encore merci au Livre de Poche.

Bonne lecture !