lundi 7 septembre 2015

Mons avis sur "Les enfants du jacaranda" de Sahar Delijani

Le jacaranda, vous connaissez ? C'est un magnifique arbre originaire d'Amérique du sud, doté de superbes fleurs bleues.  Imaginez-vous grandir sous de tels arbres. Saviez-vous que si Les enfants du jacaranda ont grandi à l'ombre des jacarandas, c'est avant tout sans leurs parents.

Téhéran, 1983. Neda naît dans la prison d'Evin. Elle est arrachée à sa mère quelques semaines plus tard. Alors qu’il a 3 ans, Omid est témoin de l'arrestation de ses parents dissidents. Comme d'autres enfants de prisonniers politiques, Neda et Omid seront élevés par leurs proches, à l'ombre des jacarandas. Vingt ans après, leur génération porte toujours le poids du passé, au moment où commence une nouvelle vague de protestations et de luttes politiques... 
Les enfants du jacaranda nous  propulse dans l'Iran post-révolutionnaire. Le peuple iranien se trouve confronté aux fanatiques religieux. Un pays aux prises de l’horreur et de la tyrannie, de la prison et de la guerre et des personnages désirant garder coûte que coûte leur dignité, leur humanité et qui ne cesseront de croire en l'avenir. Mais comment enfant grandit-on dans un tel pays surtout lorsque l'on est privé de ses parents ?
Azar était assise sur le lit et fixait la porte, attendant son bébé qui ne venait pas. Elle se tordait les mains, tremblant de colère et de rage, d'envie et de peur. Les heures passaient et elle commençait à perdre patience. Après avoir senti le bébé vivre et grandi en elle pendant ces neuf longs mois, après l'avoir protégé, après avoir survécu avec lui, il lui semblait fou qu'elle ne l'ait pas encore vu, qu'elle n'ait pas encore pu le tenir dans ses bras. Qu'elle ne sache pas à qui il ressemblait le plus, à elle ou à Ismaël, qu'elle ne soit même pas sûre qu'il soit vivant. Les minutes passaient avec une lenteur exaspérante. Azar regardait la porte et sentait le désir d'avoir son enfant monter en elle, si puissant qu'elle pouvait à peine respirer. (p.32)
Le petit  garçon et la façon qu'il a de courir rappellent à Dante comment il était quand il était enfant. Il courrait de la même façon chaque fois que Maman Zinat ou Khaled Leila l'envoyaient chercher quelque chose à l'épicerie plus haut dans la rue. Il courait jusqu'à la boutique, achetait ce qu'il devait acheter et repartait en courant. Il ne marchait jamais. Les petits garçons ne marchent pas. Ils courent sans cesse, comme si les remous du temps les poursuivaient toujours, tourbillonnant, bruissant. Son regard suit le garçonnet jusqu'à ce qu'il entre dans le magasin. (p.160)

L'auteure, Sahar Delijani
est elle-même née dans la prison d'Evin à Téhéran où ses deux parents étaient enfermés. Elle s'est largement  inspirée par sa propre histoire pour nous raconter l'itinéraire de trois générations d'hommes, de femmes et d'enfants, épris de poésie, de justice et de liberté. Elle nous apporte un témoignage empli de sensibilité et de délicatesse. Les enfants du jacaranda est un roman saisissant à découvrir ne serait-ce que pour nous rappeler d'apprécier jour après jour notre liberté.

Bonne lecture !