vendredi 24 juillet 2015

Mon avis sur "L'Ombre douce" de Hoai Huong Nguyen

"L'ombre douce" est le premier roman de Hoai Huong Nguyen pour lequel elle a reçu pas moins de six prix en 2013.
Française d'origine vietnamienne, l'auteure retranscrit parfaitement la culture vietnamienne des années cinquante ainsi que le climat de la guerre en Indochine française. Son prénom qui signifie  « se souvenir du pays » la prédestinait certainement à écrire ce livre.

1954, dans un hôpital militaire de Hanoï, Yann, un soldat breton, est soigné par Mai. Ils tombent amoureux, mais le père de la jeune fille l'a promise à un autre. Elle s'insurge, elle est bannie de la famille... Ils se marient en toute hâte, avant que Yann rejoigne la cuvette de Diên Biên Phu. Après la défaite de l’armée française, Yann est emmené dans un camp d’internement. 

"L'ombre douce" un oxymore pour décrire la splendeur d'un pays, la douceur des sentiments et la violence de la guerre d'Indochine. L'eau et le feu. Le Yin et le Yang. Et c'est là tout le talent de Hoai Huong Nguyen qui nous dépeint au fil des pages avec beaucoup de poésie et surtout de pudeur le Vietnam d'hier. Outre la violence de la guerre, la condition des filles, l'auteure nous conte avec grâce et subtilité une histoire d'amour intense et absolue, le tout avec beaucoup de retenue, de silence et de pudeur.
Il y a différentes manières de dire non, de prononcer ces trois lettres en miroir au son précis et définitif, ce không qui associe la dureté de la palatale à la rondeur de l'ô. Il y a des non indécis qui se perdent dans le silence et se transforment quelquefois en oui ; et il y a des non qui changent le cours des choses et détruisent parfois tout sur leur passage. Mai n'était pas de ces gens qui ne savent dire non. Elle se disait à elle-même que si elle avait le courage,  et elle aurait le courage de refuser le mariage avec Ushi Lei, il n'y aurait pas de mérite à cela, il n'y aurait qu'une simple volonté de vivre. Car, dans sa situation, refuser ce mariage était pour elle une manière de dire non à la nuit ; et si le oui et le non étaient les deux visages d'une même réalité, il y aurait dans le passage de l'un à l'autre tout le champ des possibles. (p. 43)
 
Il y a de nombreux chemins qui mènent les hommes vers les ténèbres, des raisons compréhensibles et d'autres insaisissables ; des accès de folie et de longues maladies, des suicides réfléchis et d'autres dérisoires. Si l'on pouvait interroger les morts après leur descente aux enfers, certains diraient peut-être qu'ils regrettent, et d'autres qu'ils ont trouvé la paix, une forme de consentement au néant - les âmes perdues, on ne peut pas savoir. Mais lorsque la nuit était allée à la rencontre de Mai, il y avait simplement de la malchance et du malheur. Trop d'attente, de douleur et de honte. Le monstre perfide aurait pu la laisser s'en aller, mais il lui avait tendu la main en souriant, un jeu de dupes, et Mai avait pris cette main sans réfléchir, la main grêle de la nuit - elle avait donné la sienne, alors ce fut trop tard. ( p. 150)

Qui connaît la culture vietnamienne ne pourra qu'être touché par la sensibilité et la délicatesse de ce livre qui résonne tant en moi. Sous fond de conflit, "L'ombre douce" est un hymne à la splendeur et à la douceur du Vietnam ainsi qu'à la grandeur des sentiments.

Un conseil, laissez-vous bercer par les mots, le rythme du récit d'une rencontre entre une vietnamienne et un français.


Bonne lecture !