vendredi 17 juillet 2015

Mon avis sur "L'Éternel" de Joann Sfar

L’Éternel est le premier roman de Joann Sfar.
Joann Sfar, ça vous dit peut-être quelque chose ? 

Joann Sfar est dessinateur, scénariste de bande dessinée mais également réalisateur. C'est d'ailleurs à lui que l'on doit le film en 2010 Gainsbourg, vie héroïque. Grosso modo, tout ce que fait Joann Sfar se transforme en César.  César du meilleur premier film en 2011, puis un an après, César du meilleur film d'animation, pour Le Chat du rabbin.

Et ce premier roman, prix ou pas prix ?

Ionas, violoniste juif ukrainien, doux rêveur mort au combat en 1917, ressuscite sous la forme d'un vampire. Son obsession : retrouver sa fiancée, Hiéléna. Mais dans un monde qu'il hante, Ionas n'a plus sa place. Et boire du sang pour "vivre" le plonge dans des affres de culpabilité. Alors il traverse le monde et les époques, élit domicile à New York. C'est là qu'il rencontre Rebecca Streisand, psychanalyste tout juste veuve d'une célèbre rock star...

A lire la quatrième de couverture, ce livre ne m'attirait pas plus que cela. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurai l'expliquer. Toujours est-il qu'une fois commencé, je ne l'ai plus quitté... 
Tout commence en 1917, sur le front russe. Ionas et Caïn, deux frères juifs d'Odessa, aux tempéraments opposés sont pris dans un traquenard tendu par les Allemands. Ionas, le romantique, meurt. Caïn, le dévergondé -sexuel-, part annoncer la nouvelle à la fiancée d'Ionas, Hiéléna. Évidemment il la séduira, l'épousera et l'enfantera. Ionas quant à lui se relèvera, mais sous les traits d'un vampire. Du statut de mort, il devient immortel et ainsi Ionas traversera le siècle pour se retrouver à New York. Il y rencontrera la jeune veuve d'une rock star et psychanalyste, Rebecca Streisand. 
  - La séance est finie.
A ces mots, il se mit à voler partout dans la pièce. Elle lui indiqua la fenêtre, puisque c'était par là qu'elle souhaitait qu'il sorte.
  - On va se revoir quand ? demanda le monstre.
 - Pas avant la semaine prochaine. Vous comptez à nouveau me faire une dissertation sur mon métier, dit-elle en le raccompagnant, ou vous allez enfin me parler de vous ?
  - Je me méfie, objecta Ionas qui enjambait déjà la fenêtre à guillotine. Si je vous dis trop de choses, vous pourriez me faire du mal.
  - Je m'en fiche du temps que ça prend, c'est vous qui payez.
Elle était contrainte de parler fort car le vampire volait déjà au-dessus du vide.
  - Ha ! Ha ! Si vous acceptiez une invitation au restaurant, je me livrerais plus volontiers.
  - Ça foutrait en l'air la thérapie ! cria-t-elle avant de quitter la fenêtre. Et vous ne mangeriez rien du tout et... moi non plus puisque je suis au régime !
...
  - Et si vous continuez de me draguer de façon aussi lourde, je vous raye de mes rendez-vous !
  - Je ne suis pas lourd, je suis "vintage". Et si vous me rayez, je vous mange
  - Vous ne vous apercevez pas que tous vos comportements sont des boucliers pour ne surtout pas aborder les choses sérieuses ?
  - Mais c'est très sérieux !
  - Votre psychanalyse, c'est pas du tout sûr que ça marche et que ça me fasse du bien.et que ça fasse du bien. Par contre et je peux l'affirmer de façon infaillible..., je sais que si vous acceptiez de m'embrasser, ça produirait un effet dulcifiant, positif, c'est une très vieille médecine que je pratique souvent.
  - Classe ! Parlez-moi de vos autres conquêtes, ça fait hyper envie.
  - Non bien entendu que non vous pensez bien que si je ma donne tant de mal c'est que vous êtes très spéciale, que vous avez un...
  - Tirez-vous ! Mais vous vous entendez !!! J'ai enterré mon mec ce matin ! Ça vous inspire rien ?
  - Je ne vois pas le rapport, répondit Ionas avec le plus grand sérieux.
  - Ah oui ? Si vous mouriez et qu'on essayait de vous piquer votre nana avant même que vous soyez refroidi, vous feriez quoi ?

A cet instant le vampire fit un drôle de tête. Son regard se brouillait. Ça lui évoquait quelque chose. Il se creusa le tête puis il résolut de se concentrer sur le moment présent.(p.279 à 281).

Au final et malgré quelques petites longueurs, L’Éternel reste une sympathique découverte. Efficacement écrit, il est drôle et déjanté un peu façon "Woody Allen".
Bien construit, ce roman est scindé en deux parties. La première se déroule dans les années 1917 et la seconde dans les années 2000.
Vous l'aurez compris, rien ne justifie que L’Éternel soit primé, pour autant, pas de méprise, ce livre mérite d'être lu.
 
Alors puisque c'est l'été voire les vacances, laissez-vous emporter par ce drôle de vampire yiddish.
Et qui sait,
L’Éternel sera peut-être adapté en BD... 

A bon entendeur,  bonne lecture !